Aide humanitaire: la solidarité mauricienne au service des Syriens

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Kusumanjali et Teekshana Ramkhalawon, deux cousines, sont en charge de la collecte de dons dans l’Est.

Kusumanjali et Teekshana Ramkhalawon, deux cousines, sont en charge de la collecte de dons dans l’Est.

Un samedi matin, alors qu’ils se réveillent à peine, les deux enfants de Raziana la voient en pleurs devant la télé. Cette mère de famille ne peut empêcher ses larmes de couler devant une émission sur la Syrie. «Des enfants qui meurent de faim, des femmes qui subissent des violences atroces, des innocents qui n’ont jamais voulu cette guerre, mais qui en subissent les conséquences. Comment rester insensible face à cela ?» se demande-t-elle.

Comme elle, nombreux sont les Mauriciens touchés par le sort des civils dans la Syrie en guerre. Impossible de rester les bras croisés. C’est ainsi que des gens se sont regroupés pour rassembler des donations destinées aux Syriens. Raziana a pris contact avec un de ces groupes, dont la plupart des membres sont des jeunes, qui fait des collectes de denrées alimentaires et autre matériel de première nécessité pour les envoyer en Syrie. Cette aide humanitaire est une initiative de trois organisations non gouvernementales (ONG), nommément MKids Organisation, Giftbox4Syria et Together We Care.

Afin de faciliter la collecte des donations, le groupe a mis sur pied un réseau autour de l’île. Kusumanjali Ramkhalawon, 21 ans, et sa cousine Teekshana Ramkhalawon, 19 ans, sont en charge du point de collecte dans l’Est. «Nous avons une pâtisserie familiale où j’aide tous les jours. Du coup, c’est là-bas que les gens viennent remettre les donations et où on les entrepose», explique Kusumanjali.

La jeune fille raconte que c’est tout naturellement qu’elle s’est jointe à l’initiative pour aider les Syriens. «On ne peut rester insensibles quand on voit ce qui s’y passe. Nous sommes tranquilles dans notre pays et nous ne manquons de rien. Alors aidons ces personnes qui en ont réellement besoin tant qu’on le peut», lance la jeune femme.

Elle explique que le groupe a également organisé des collectes de vivres pour les Rohingyas qui ont dû trouver refuge au Bangladesh après le massacre au Myanmar. «Ce n’est pas une question de religion, de race ou de couleur de peau. C’est plutôt l’envie d’aider des êtres humains, comme nous», conclut-elle.

Comment se fait le transfert des vivres de Maurice à la Syrie ? L’Imam Arshad Joomun, l’un des fondateurs de MKids et membre du conseil des religions, explique que les conteneurs avec les donations sont envoyés en Turquie. De là-bas, c’est une ONG britannique, L’International Humanitarian Relief UK, associée à l’UNICEF, qui s’occupe du transfert jusqu’en Syrie, ainsi que de la distribution sur place. «Tout est filmé, tout est dûment enregistré. Sur des vidéos postées sur les réseaux sociaux, des Mauriciens ont même reconnu les affaires qu’ils ont envoyées lors des collectes les années précédentes», indique-t-il.

Le religieux explique également que l’initiative reçoit le soutien des autorités qui sont au courant de chacun des actions prises. «Que ce soit du ministère des Affaires étrangères ou du Prime Minister’s Office, nous avons beaucoup d’aide, surtout lorsqu’il s’agit de faire des démarches avec les autorités turques pour le transfert.»

D’autre part, l’Imam Arshad Joomun indique que tout est fait sur une base de volontariat par de jeunes étudiants, ce qui élimine presque tous les coûts administratifs. Quant aux donations en argent, elles sont utilisées pour payer les frais de transport, de conteneurs et d’expédition.

Pour l’exercice actuel, le groupe a déjà reçu des donations qui pourraient potentiellement remplir deux conteneurs de 40 pieds, indique le coordinateur du projet, Yasseer Ellahebokus, 22 ans. La collecte se poursuivra jusqu’au 31 mars. Par la suite, c’est à la mosquée de Bois-Pignolet, à Terre-Rouge, que seront entreposées les denrées jusqu’au 10 avril, date à laquelle les conteneurs quitteront le port en direction de la Turquie.

Le conflit en résumé

La guerre en Syrie trouve ses origines dans le Printemps arabe, en 2011. Les citoyens se révoltent contre le régime du gouvernement dirigé par Al-Assad et réclament davantage de démocratie. Mais cela dégénère en un conflit armé avec, d’un côté le régime d’Al-Assad, et de l’autre les rebelles.

Sauf que cela ne restera pas aussi simple. Des groupes extrémistes, comme le Daech, qui ne sont ni du côté des rebelles ni du peuple, veulent s’emparer du pouvoir. Les forces militaires de plusieurs pays, comme la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Turquie, l’Iran et la Russie sont aussi présentes en Syrie. Alors que les quatre premiers pays défendent les rebelles contre le régime, la Russie et la Turquie soutiennent le régime d’Al-Assad.

Cette guerre a détruit des villes entières en Syrie, avec le bombardement des écoles, des bâtiments publics ainsi que des hôpitaux. La guerre d’Alep a vu la destruction de la plus grande ville de Syrie avant la guerre. Plus de cinq millions de civils syriens se sont enfouis de leur pays afin d’échapper au massacre.

Selon UNICEF, 342 enfants ont été tués durant les deux premiers mois de 2018 et 803 autres ont été grièvement blessés. Le réseau syrien pour les droits humains, qui recense les morts dans le conflit syrien, dénombre 10 204 civils décédés en 2017. Parmi eux, 2 298 étaient des enfants et 1 536 des femmes. Le site dénombre plus de 500 000 morts depuis le début de la guerre, en 2011. Les conflits sont concentrés, à ce jour, dans la ville de Ghouta, dans le sud-ouest de la Syrie.

En février, le régime d’Al Assad a décidé de lancer une offensive afin de reprendre le contrôle de cette région. On décompte plusieurs centaines de civils morts chaque semaine depuis février.

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