#50ansMoris: des souvenirs encore verts pour Vasoodev

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Pour Vasoodev Purbhoo, «tou ti pli bon avan», même à Port-Louis.

Pour Vasoodev Purbhoo, «tou ti pli bon avan», même à Port-Louis.

Ce jour-là, Vasoodev Purbhoo, 66 ans, s’en souvient comme si c’était hier. «Mes oncles habitaient à la rue Saint-Denis, à proximité du Champ de Mars. J’étais déjà allé chez eux avant. Mais ce jour-là, je suis tombé amoureux de la ville», dit-il d’une voix pétillante. Que s’est-il passé ? Vasoodev Purbhoo ne se l’explique pas. Il se souvient qu’il avait décidé, ce 12 mars 1968, de rester à Port-Louis. Peut-être était-ce l’ambiance électrique qui y régnait, peut-être à cause de l’aventure que représentait un nouveau départ pour le pays, il ne saurait le dire. «Mais une chose est sûre. Mahébourg, sa lépok-la, ti éna zis kann ek lamer. Pa ti kouma lavil. Saki ou pé trouvé zordi-la, touris tou sa, pa ti éna sa», relate le sexagénaire. Et de préciser, au passage, que sa famille possède un hôtel dans la région aujourd’hui…

Et lui, qu’a-t-il fait une fois les célébrations de l’Indépendance terminées ? Vasoodev Purbhoo raconte qu’il a travaillé. À Mahébourg, il avait commencé à apprendre un métier, celui de tailleur. Après le passage du cyclone Carole, son école avait été abîmée et les classes ne duraient qu’une demi-journée par jour. Détestant l’oisiveté, il avait commencé à apprendre à manier ciseaux, dé à coudre et mètre de tailleur. Son oncle l’envoya donc travailler avec un tailleur. Deux ans plus tard, Vasoodev Purbhoo ouvrait son atelier à la Rue Wellington. Presque cinq décennies plus tard, il y est toujours.

Mais il n’était pas resté à Port-Louis uniquement pour le travail. La capitale avait une âme, elle vivait, même le soir, dit le sexagénaire. «Contrairement à aujourd’hui», lance-t-il, dépité. Le jeune homme qu’il était à l’époque aimait sortir, allait prendre une glace chez M. Habib, qui avait une bicyclette et qui annonçait sa venue à coup de klaxon. «Tout le monde le connaissait à Port-Louis, vous avez dû en entendre parler ! Mais il n’y avait pas que lui !» dit Vasoodev Purbhoo.

À Port-Louis, en 1968, les jeunes jouaient au foot dans la rue, allaient voir les chevaux s’entraîner, se baladaient sans se soucier de la sécurité. Alors qu’à Mahébourg, il n’y avait pas tout ça. Il passe deux ans à vanter les mérites de sa capitale à ses frères, qui finissent par céder et le rejoignent à Port-Louis. Ce déménagement a même aidé l’un d’eux, car en allant chercher du travail, l’employeur lui a demandé d’où il venait. Comme il n’était plus d’une «bitasion», il a eu le job. De plus, il a été scolarisé jusqu’en Form IV, donc il n’y avait aucune raison pour qu’il soit refusé.

Ces souvenirs sont encore frais dans la mémoire de Vasoodev Purbhoo. Le jeune homme qu’il était à l’époque a laissé la place à un vieil homme avisé. Il a eu l’occasion de tomber amoureux, encore. Celle qui fait battre son cœur depuis 1980, c’est Mala. Ils se sont mariés en 1982. Ou était-ce 1983 ? «Pa sa ki konté» de toute façon, se dépêche de dire le sexagénaire. Et ce n’est pas Mala qui va le contredire.

Pour le sexagénaire, «tou ti pli bon avan», même à Port-Louis. On n’a qu’à poser les questions aux jeunes de 1968. «Avant, les gens faisaient attention à leur manière de s’habiller. Un costume devait être impeccable, enn pli pa ti bizin éna», indique-t-il. Les gentlemen de l’époque sortaient souvent en costume et il fallait que la couture soit solide pour durer au moins 30 ans. Et cela, à Rs 35 le tissu et Rs 15 la couture.

«Aujourd’hui, les jeunes ne font pas attention. Népli rapiésé aster, kan éna linz désiré, nou kol fit. Bann-la em kontan koumsa», dit-il. Mais attention, ce n’est pas un mal. Cela lui fait moins de travail et sa clientèle est très satisfaite. Au point où elle lui interdit deprendre sa retraite. «Bé mo va res-la ankor impé lané ziska zot less mwa alé», dit-il, avec le sourire. Histoire de profiter encore un peu de sa capitale, son premier amour…

Marie-Claire et les savates Dodo font la paire

Elle porte un haut noir en ce vendredi matin. Mais Marie-Claire Namaseevayen voit la vie en couleurs. Malgré des hauts et des bas, son métier de vendeuse de savates et de chaussures la botte toujours autant, même après 25 ans. Rencontre avec une dame qui a la «tong» bien pendue et qui «crocs» la vie à pleines dents.

À 61 ans, elle ne tient pas en place. «Pa kapav res lakaz, bizin bouzé, travay.» Il y a fort, fort longtemps, elle faisait du porte-à-porte, vendait des chemisiers et des tailleurs. Puis, elle a trouvé savates et chaussures à son pied, ainsi qu’un étal à la foire de Quatre-Bornes. Désormais, le mardi et le vendredi, elle est assise là, sur son tabouret, en attendant les clients. «Travay pa pé tro marsé, mé bizin trasé. Mo bolom lamem li ousi…»

Dans ses veines, du sang rouge. Mais aussi bleu, jaune et vert. Marie-Claire est farouchement patriote. «Mo kontan mo péi mem si parfwa lavi dir. Mo santi mwa bien kot mwa. Nou enn zoli péi, nou kamarad ar tou kominoté, nou tou disan mélanzé. Nou éna zoli laplaz ek mem si éna enn-dé latet brilé, nou viv an pé…»

Il n’y a pas que dans les paroles qu’elle promeut le «Nou Moris pli zoli». Ses savates Dodo, même si elles ne sont plus fabriquées localement, elle tient à les présenter aux clients. Il n’est pas question de les plumer. Pour Rs 75, Mauriciens et touristes ont un morceau de notre culture accroché aux orteils. Les chaussures pour dames colorées, ce sont les cordonniers bien de chez nous qui les fabriquent. «Mo protez bann-la lerla, sakenn gagn solavi.»

Marie-Claire, elle, est debout dès que la lune va se coucher. L’habitante de la ville des Fleurs arrive au marché à 6 heures, elle repart à 18 heures. Quand elle ne travaille pas, elle chouchoute ses huit petits-enfants, âgés de 4 à 21 ans, que lui ont donné ses quatre enfants.

Son chiffre d’affaires lui en fait-il voir de toutes les couleurs ? Ça dépend des jours. «Mo travay Rs 2 000 parla, par zour. Mé ladan, bizin tir kas pou asté marsandiz ek kas transpor.» Au final, il ne lui reste pas grand-chose, pas de quoi rester à la maison avec les doigts de pieds en éventail. «Enn sans mwa ek bolom gagn sati larzan pansion-la, lerla kapav débat.»

Ses projets futurs ? Voir grandir ses petits-enfants. Et puis, faire une petite croisière. Pour cela, il faudrait qu’au niveau des finances, ça soit moins galère. En attendant, Marie-Claire se contente avec joie de contempler notre belle mer.

Nou fier nou Morisien

Christine Benedict, mère de famille

«Mo fier mo enn Morisien parski monn né dan sa ti paradi-la. Mo kontan so lamer, so montagn, bann fasilité ki ganyé, bann aktivité ki fer. Mo rapel kan mo ti pé al lékol, gagn enn gato, enn ti sopinn coca. Zordi, mem inn gran, nou ankor fet lindépendans. Mo b a n n zanfan gagn zot ti pavion dan lékol. Nou met gro pavion lao lakaz.»

Ravi Rathoar, éboueur

«Mo bien fier ki Moris finn gagn so lindépandans. Nou bann gran-paran finn bien lité pou nou ariv kot nou été zordi. Je suis très fier de notre drapeau national et je peux vous dire que nous n’avons rien à envier aux autres pays du monde. Nous arrivons très bien à vivre paisiblement avec toutes les cultures, sakenn respekté so kamarad. Nou osi ed lézot kan bizin. Nous avons des plages à faire rêver les plus riches. Ce qui me fait me sentir mauricien ? Ki dan nou ti zil nou konn valer partaz, lamour ek linité. Mo pa pou kit moris pour rien au monde. Monn né la, mo pou mor la.»

Cindy Saminaden, 39 ans, «Ti Madam netwayé»

«Wi, mo bien kontan mo zoli Moris. Kan mo get lézot péi, kot éna lager, disan tousala, gagn bien sagrin. Isi, malgré nou éna problem, nou péna bom pé tom lor nou latet. Apré, nou éna sans, lékol pa péyé, transpor ek lopital gratis. Déor, bann-la bizin péyé é bann ti dimounn pli soufer lerla.»

Wilson Etty, 74 ans, travaillait dans la construction

«Je suis fier d’être Mauricien car ici, il fait bon vivre, il y a la tranquillité. L’endroit que j’aime le plus, c’est PortLouis, on y trouve de tout. Quand je me rends à la banque, je fais un saut par le bazar. Je prends mes légumes, ma tisane, enn bon ver alouda ! Je me rappelle quand j’étais petit, on assistait à de grands matches de foot au stade de St-François, ti pé sant pik so ourit pou Fire Brigades gagné ! Et il y a aussi le Maiden, une journée de sortie en famille qu’on ne ratait jamais. Tout le monde convergeait vers le Champsde- Mars, c’était comme une fête foraine, c ertains y campaient presque ! Aujourd’hui, je suis fier du développement qui se fait dans mon pays.»

Claude Petit Jean, 56 ans, fleuriste

«Mo fier mo enn Morisien parski isi, c’est la nation arc-en-ciel, tout le monde vit ensemble, en harmonie. J’aime les paysages, les Mauriciens et leur gentillesse. Pour l’Indépendance, ce sera beau de voir toute la nation célébrer ensemble.»

Hassen Aulleaur, planteur

«Mo fier mo Morisien é ki nou finn gagn lindépandans. Car je suis sûr que si nous étions toujours tutelle britannique, nous n’aurions pas la même liberté d’expression. Nous sommes, depuis 50 ans, des gens autonomes. Ce que j’aime avec Maurice ? Notre pluralité culturelle. Tou kiltir kotwayé, sé séki fer boté nou ti zil. Kan éna divali, mo vwazin pou vinn kit gato ek kan éna mo fet, sé mwa ki al kit gato. Péna pli zoli ki sa. Nous, Mauriciens, avons aussi le sens des responsabilités envers notre prochain. Durant les moments durs, par exemple pendant une catastrophe naturelle, tou pou met lamin a lapat pou personn pa dormi san manzé.»

Vimi Simla Tany, 44 ans, maraîchère depuis qu’elle a 17 ans

«Je suis fière d’être Mauricienne, car je suis née sur cette île. Ici, la famille est primordiale, il y a une entente et une coopération entre voisins qui n’existent plus ailleurs. J’aime tout dans cette île. Nous avons toutes les facilités qu’il faut !»

Amina Thupsy, 74 ans, retraitée

«Je suis née et j’ai vécu ici, entourée d’amis et de voisins de toutes les communautés. Malgré tou séki finn pasé avan, nou finn touzour viv ansam. Pa parski nou péna swa, mé parski nou fier nou zoli péi… Nou viv korek, samem nou lafors. Wi, nou Moris pli zoli !»

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