#50ansMoris: Chagos, une tragédie qui dure depuis trop longtemps

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Le combat des Chagossiens dure depuis un demi-siècle.

Le combat des Chagossiens dure depuis un demi-siècle.

Septembre 1965. Les leaders politiques de Maurice sont en Grande-Bretagne pour des discussions constitutionnellesà Lancaster House. Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) mène un groupe penchant vers l’indépendance avec sir Abdul Razack Mohamed et Sookdeo Bissoondoyal. Jules Koenig, du Parti mauricien socialdémocrate, est plutôt pour une association avec la Grande-Bretagne.

À cette époque, tout effort politique tourne autour de l’avenir constitutionnel de Maurice, qu’il soit en tant que pays indépendant ou qu’il demeure sous l’emprise britannique. C’est avec cet état d’esprit que les têtes pensantes de la classe politique pré-indépendance discutent avec les Anglais, lors de la conférence constitutionnelle de Lancaster House. Un état esprit dont les Anglais sont parfaitement conscients.

Lors de ces discussions, le 20 septembre 1965, Anthony Greenwood, secrétaire d’État aux Colonies, fait mention d’une possible cession de l’archipel des Chagos pour l'implantation d'une base militaire américaine. Avec l’indépendance clairement en ligne de mire, la cession des Chagos aux Anglais ne pose que peu de problèmes aux politiciens mauriciens. Cependant, avec l’inclusion des Américains dans cette transaction, une grosse compensation financière est attendue. Les discussions n’aboutissent pas.

Comme le raconte Jean Claude de L’Estrac dans son ouvrage L’an prochain à Diego Garcia, le Premier ministre britannique Harold Wilson convoque SSR trois jours plus tard pour tenter de le convaincre. «Le chef du Parti travailliste estime qu’il est placé devant un choix : garder l’archipel des Chagos ou obtenir l’indépendance», explique Jean Claude de L’Estrac dans son livre. Au matin du 23 septembre 1965, en pleine conférence, SSR est convoqué́ au 10, Downing Street. Harold Wilson l’informe que l’archipel des Chagos sera «detached» par un Order in Council. La contrepartie est de trois millions de livres sterling.

Le lendemain, l’express ne sait pas encore qu’on a perdu les Chagos et s’enthousiasme. «Coup de théâtre à Londres : la Grande-Bretagne accorde l’indépendance à l’île Maurice», titre le journal, le vendredi 24 septembre, avec juste un tout petit paragraphe sur les Chagos. C’est l’idée d’un bail qui est mentionnée, mais rien sur la perte de notre souveraineté sur l’archipel.

Le rôle de la classe politique à cette époque est souvent décrié pour le manque de transparence et d’humanité. Comme le souligne l’avoué britannique Richard Gifford dans L’an prochain à Diego Garcia, nos politiciens ne sont pas exempts de tout reproche : «Seychelles et Maurice étaient les deux seuls pays qui connaissaient l’existence de la population chagossienne et ils auraient pu objecter. Leur complicité a été facilement achetée.»

Une complicité que n’hésitaient pas à démontrer nos leaders pendant plusieurs années. Lors d’une conférence de presse en 1980, SSR expliquait clairement que la question de souveraineté sur les Chagos ne se posait pas, étant donné l’accord avec les Britanniques en 1965 et la compensation de trois millions de livres sterling. «Le pays se ridiculiserait aux yeux du monde s’il voulait inclure Diego Garcia dans le territoire de l’État mauricien», disait-il.

Aujourd’hui, le discours a changé. Malgré les remous sur la scène politique, la célébration des 50 ans de l’Indépendance sera historique. Une indépendance qui souffre justement de la situation dans laquelle se retrouvent les Chagossiens. Avec la victoire partielle de sir Anerood Jugnauth à l’Assemblée générale des Nations unies.

Avec 94 votes en faveur de la résolution, 15 votes contre et 65 abstentions, le gouvernement mauricien attend désormais un avis consultatif de la Cour internationale de justice. La démarche de l’État sera possiblement maintenue même si changement de gouvernement il y a l’année prochaine. Il faudra peut-être une solution à cette tragédie avant qu’on puisse vraiment célébrer notre Indépendance.

La une de «l'express» du jeudi 11 novembre 1965. Le gouvernement britannique prend l'engagement de faire des dons additionnels de Rs 40 millions à Maurice

Olivier Bancoult: «Le rêve, c’est de retourner à la maison…»

Olivier Bancoult est le plus loquace des défenseurs de la cause chagossienne. Le porte-parole du Groupe Réfugiés Chagos garde toujours l’espoir dans l'aboutissement de l’action gouvernementale, mais aussi dans la justesse de leur cause.

Que pouvons-nous espérer de la démarche du gouvernement devant la Cour internationale de justice (CIJ) ?

Il est vrai que c’est un avis consultatif, mais nous pensons que ça va faire avancer les choses. Peuimporte la décision des juges, on est convaincu que notre cause est juste. Notre déracinement de notre terre natale est une violation des résolutions des Nations unies. Nos arguments sont convaincants, mais on doit attendre maintenant.

La cause chagossienne a souvent été une succession de déceptions. Quel autre recours avez-vous si l’avis consultatif de la CIJ est en notre défaveur ?

Nous avons plusieurs actions et nous aurons toujours plusieurs actions. Notre revendication est justifiée et nous pouvons difficilement accepter la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui. Les Chagossiens auraient pu comprendre si l’archipel était devenu inhabitable. Mais aujourd’hui, plusieurs étrangers y vivent. C’est extrêmement injuste. Donnez-nous la liberté de rentrer chez nous.

À l’aube des 50 ans de notre Indépendance, est-ce que le rêve chagossien demeure de retrouver votre terre natale ?

Il ne fait aucun doute. Le rêve, c’est de retourner à la maison. Mais aujourd’hui, avec la célébration des 50 ans de l’Indépendance, le rêve chagossien est aussi que le peuple mauricien soit plus conscient de notre combat. On aura besoin du soutien et de l’effort de tout un chacun pour qu’un jour, ce rêve devienne réalité. Ce ne sera pas juste une victoire des Chagossiens, mais de tous les Mauriciens.

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