Base militaire aux Seychelles: les détails de l’accord avec l’Inde divulgués

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Cet accord était jusqu’ici classé secret d’État.

Cet accord était jusqu’ici classé secret d’État.

Alors que l’accord Maurice-Inde pour la construction d’une piste d’atterrissage, d’une jetée et d’autres infrastructures à Agalega demeure toujours secret, celui signé en janvier entre les Seychelles et la Grande péninsule pour l’installation des infrastructures militaires à l’île Assomption a été dévoilé au grand jour, mercredi.

Non, ce ne sont pas les autorités seychelloises qui se sont décidées à rendre public l’accord intégral signé avec l’Inde en janvier. C’est plutôt un internaute anonyme se présentant comme Partu Kote, qui a dévoilé au grand jour cet accord sur 20 ans pour l’installation des infrastructures militaires sur l’île Assomption. Un accord qui jusqu’ici était classé secret d’Etat. Comme dans le cas de Maurice.

Ce n’est pas tout. En outre d’une version initiale de l’accord signé entre le Premier ministre indien Narendra Modi et l’ex-président seychellois James Michel, en 2015  ainsi qu’une lettre secrète envoyée à l’Inde, cet utilisateur anonyme a aussi posté, mardi, sur YouTube, une vidéo de 9 minutes et 20 secondes intitulée The mother of all cons, Assomption, The Case of a nation being lied to. (C’est le lendemain qu’elle a pu être visionnée).

La vidéo montre notamment les plans en images de l’aérodrome et d’autres infrastructures militaires prévues sur l’île Assomption et qui figurent dans le Classified Detailed Project Report commandé par l’Inde et transmis au gouvernement seychellois.

Ces révélations font grand bruit dans l’archipel. A tel point que selon la Seychelles News Agency, les autorités ont dès le lendemain initié une enquête pour remonter à la personne qui, disent-ils, ont violé la loi sur le secret et la Constitution en partageant ces accords et ces plans officiels qui ne sont pas censés être du domaine public.

Selon le site d’information, seuls le ministère des Affaires étrangères, le bureau du procureur général, la maison d'État et le bureau du médiateur conservent ces documents.

Comme à Maurice pour Agalega, les installations militaires de l’Inde prévues sur l’île Assomption ne font pas l’unanimité aux Seychelles. Depuis la signature de l'accord révisé, des citoyens font entendre leur voix.

A l’instar de Ralph Volcere, patron et rédacteur de l’hebdomadaire Seychelles Independent et chargé de communication du Save Aldabra Island Group (A savoir qu’Assomption est l’île la plus proche avec une piste d’atterrissage du plus grand atoll corallien surélevé du monde). Avec un groupe de protestataires, il manifeste chaque samedi dans la capitale de l’archipel, à proximité du Victoria Clock Tower.

Joint au téléphone hier, Ralph Volcere raconte que c’est après les manifestations de SAIG que le gouvernement seychellois a décidé d’organiser des réunions d’explication dans plusieurs régions de l’archipel.

«Nous sommes contre l’installation de tout pouvoir militaire sur le territoire seychellois qui nous mettrons en conflit avec d’autres pays comme la Chine, que ce soit sur une base permanente ou semi-permanente Nous avions l’information que le gouvernement ne nous disait pas toute la vérité sur la base militaire. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé au gouvernement une copie de l’accord», fait-il ressortir.

Commentant la vidéo avec tous les détails des plans et les accords confidentiels qui ont fuité sur Internet dès mardi, le patron de Seychelles Independent soutient que les Seychellois savent aujourd’hui que le gouvernement leur a caché plus de 50% des informations.

«Ils nous ont induit en erreur en disant que les plans attendent d’être ratifiés. Les informations qui ont fuité démontrent que tel n’est pas le cas et que les installations couvrent plus de la moitié de l’île Assomption alors qu’ils parlaient d’un quart avec, pour le reste, un développement touristique», souligne notre interlocuteur.

SAIG poursuit leur mouvement de protestation dans la capitale seychelloise aujourd’hui «même si le leader de l’opposition Wavel Ramkelawan dont le parti est majoritaire au parlement  a dit qu’il ne soutiendra pas le projet dans sa forme actuelle». La balle, dit-il, est maintenant dans le camp du gouvernement.

Nous avons essayé en vain de joindre le secrétaire d’Etat Barry Faure, au téléphone, à plusieurs reprises hier.  

L’accord signé entre l’Inde et les Seychelles fait état notamment:
 


- de l’installation des facilités d’accostages pour des navires de 7 000 tonnes. 
-une cale sèche pour la réparation des plus petits bateaux. 
-la réparation et l’agrandissement de la piste d’atterrissage actuelle 
-la construction d’une nouvelle piste longue de 2 700 mètres accompagnée d’un hangar, entre autres. 
-la création d’une clinique, d’une salle des contrôles pour les activités aériennes et maritimes. 
-infrastructures pour le stockage du fioul 
-des bureaux et des appartements pour les résidents de l’île. 
-les infrastructures appartiennent aux Seychelles. 
-la gestion des infrastructures est faite par les deux pays 
-l’Inde doit consulter les Seychelles avant d’engager l’entrepreneur.


l’Inde doit : 


-soumettre aux Seychelles les données recueillies après les études hydrographiques. 
-faire le design et la construction des infrastructures après l’approbation du Joint Monitoring Committee. 
-Financer aussi dépenses récurrentes.

Les Seychelles doivent faciliter la réalisation de l’EIA qui se fera par une personne indépendante. Démarche qui sera au frais des Indiens. 

- L’Inde fera une évaluation détaillée de l’île avec l’aide d’experts pour préparer le design du projet. Des membres du gouvernement indien peuvent visiter l’île et les Seychelles doivent donner des documents nécessaires à cette démarche. 
- Les travaux doivent commencer au plus tôt et finir 24 mois après l’octroi du contrat. 


LES ARMES NUCLEAIRES : 


- Le gouvernement indien n’a pas le droit de laisser accoster un navire transportant des armes nucléaires.
-Il ne peut pas, non plus, utiliser ces infrastructures pour des besoins d’opérations nucléaires. 
-Le gouvernement indien ne doit pas utiliser les infrastructures à des fins de guerres.  
-Le gouvernement indien ne peut stocker des armes, des munitions dans les infrastructures. 
-L’Inde est d’accord que tous les navires ou les avions qui utiliseront les infrastructures devront se soumettre aux règlements en vigueur aux Seychelles. 
-L’inde est aussi d’accord pour informer les Seychelles avant qu’un navire ou qu’un avion n’approche l’Assomption. 

  
DUREE DE L’ACCORD : 


- L’accord est valide pour 20 ans à partir de son entrée en vigueur. 
- L’accord se renouvelle automatiquement pour 10 années supplémentaires si aucun des partis ne signifie son intention de résilier l’accord par écrit 12 mois avant que le contrat n’expire. 
-Les Seychelles peuvent, dans des cas exceptionnels, suspendre l’utilisation des infrastructures jusqu’à ce que les problèmes liés à ces circonstances exceptionnelles soient réglées. 
-Les deux parties doivent se consulter rapidement pour que les opérations reprennent. 

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