Alice au PEI des merveilles !

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L’atmosphère du «garden-party» du Réduit, cette année, ne sera pas aussi légère que celle de 2017.

L’atmosphère du «garden-party» du Réduit, cette année, ne sera pas aussi légère que celle de 2017.

Du «Temple du Soleil», vous aurez «l’Oreille cassée», à force d’entendre que chacun doit assumer ses responsabilités. Voilà l’autre variance de «laissez l’enquête se faire» lorsque face à un scandale, il est difficile de trouver quelque parade. Des expressions qui prennent l’allure d’un mantra qui est répété pour semer un flou dans l’opinion en attendant que les choses se décantent : des expressions qui laissent libre cours à l’imagination populaire pour tirer ses conclusions sur telle affaire qui éclabousse la réputation du pays, celle de ses dirigeants, mais aussi – cela, on a tendance à l’oublier – celle du peuple.

Dans tous les scandales que le pays a connus, la pensée populaire octroie le blâme, le plus souvent, à une seule personne, dont la photo, dans toutesles coutures (rien à voir avec celles des couturiers de grande marque) fait la une des journaux et dans les médias sociaux. Une seule personne porte la responsabilité des maldonnes, des écarts à l’éthique, et se trouve seule à subir l’opprobre du public et des adversaires politiques. L’opinion la lapide jusqu’à ce qu’elle démissionne.

Peuple, médias, politiciens qui lapident ont le beau rôle de vilipender et de causer mille désagréments à celui ou celle qui a fauté, qui a dilapidé. Mais ils oublient que le, ou la, coupable n’est jamais seul. Il n’y a pas d’unique responsable. Tous coupables, devonsnous pouvoir dire à ceux qui pointent du doigt qu’un seul ou deux complices, et qui refusent d’admettre que tout scandale n’est que le fruit d’un système. Un acte de corruption ne peut marcher sur un seul pied ! L’histoire des «Bijoux de la Castafiore» ne s’écrit dans une seule ligne, avec un seul personnage !

Dans tous les cas, il y a autour du coupable visible, du menteur ou du voleur évident, une ou plusieurs personnes ayant une contribution directe dans la perpétration du crime ou du délit. Puis, dans un cercle plus étendu, on trouve d’autres personnages, ceux qui même n’ayant pas participé à l’acte corrompu, l’ont néanmoins encouragé et facilité, en ouvrant les portes des ministères, des institutions, des salons, ou encore qui ont défendu le malfrat en abusant de l’autorité que leur confère leur position dans la hiérarchie du pouvoir.

Mais lorsque survient le lynchage public, ceux-là sont épargnés par une opinion qui ne voit pas plus loin que les mots des journalistes décrivant les frasques. Le public lui, se laisse aller par ce qui attise plus sa curiosité que sa révolte.

C’est pour dire qu’un acte répréhensible ne saurait être vu en isolation. Derrière toute fraude ou escroquerie, il y a tout un système, une organisation, des mécanismes qui se mettent en place : une personne seule ne peut rien faire si autour, se trouvent des hommes et des femmes intègres, refusant de participer à la combine.

Il y a toujours des courtisans et des courtiers, des rôdeurs et des complaisants qui prêtent main-forte aux jeux truqués. Pas besoin des «Sept boules de Cristal» de notre Christine, presque nationale, pour percer ce «Secret de la Licorne».

L’île noire

Et puis, il y a l’ambiance dans le pays, la culture rattachée au pouvoir qui de plus en plus nous fait voir que la mission politique est devenue le sésame à l’enrichissement douteux. Nous sommes en pleine déchéance politique, et celle-ci a démarré très longtemps. Et, il n’y a pas que «Le Trésor de Rackham le Rouge» qui doit nous interpeller : «Les crabes aux pinces d’or» existent depuis des décennies.

L’atmosphère qui règne chez nous est le fruit d’un système politique, construit sur des années, encouragé par un peuple qui est autant responsable. Eh oui, nous sommes bien en présence d’un peuple admirable, ou plutôt, un peuple admiratif… Au pays des merveilles !

Les articles parus sur cette sombre affaire qui blesse le pays avaient attiré un nombre record de commentaires dans les journaux en ligne. Tous les intervenants condamnaient les actes perpétrés et demandaient à notre «Étoile Mystérieuse» d’avoir le courage de partir. Mais pratiquement tous ceux qui accusaient, se réfugiaient dans l’anonymat, derrière des pseudonymes pour cacher leur identité. Voilà le symbole du courage et de l’engagement du peuple !

Et ne soyons pas étonnés, puisque nous parlons de cartes, de voir qu’ils seront nombreux à attendre avec impatience leurs cartes d’invitation pour aller s’agenouiller devant Alice, avec ses beaux bijoux, dans son merveilleux jardin du Réduit, lors du garden-party dans quelques jours.

Elle ne se gênera pas à les décorer de médailles illégitimes. Voilà notre roman national, notre bande dessinée coloriée, poudrée et maquillée, elle aussi. Vous parlez d’indignation, de conscience, d’engagement chez le peuple ? Il vous faudra repasser ! Féerique, n’est-ce pas ?


(NdlR, Tintin au pays de l’Or Noir , Le Temple du Soleil, l’Oreille Cassée, les Bijoux de la Castafiore, Les Sept boules de Cristal, Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge, Le crabe aux pinces d’or, L’île Noire, l’Étoile Mystérieuse sont des titres des BD de Tintin)

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Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

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