#50ansMoris: ces métiers qui disparaîtront dans moins de 50 ans

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Un métier qui a disparu, celui de cueilleuse et de ramasseuse de feuilles de tabac. À une période, cette industrie avait le vent en poupe.

Un métier qui a disparu, celui de cueilleuse et de ramasseuse de feuilles de tabac. À une période, cette industrie avait le vent en poupe.

Forgeron, cordonnier, mécanicien de bicyclette, tailleur de «ros kari» ou encore horloger… Des métiers très populaires dans les années 60-70 mais que pratiquement plus aucun jeune ne veut faire. Les quelques personnes qui les pratiquent ont plus de 50 ans et elles ont surtout pris la relève de leurs parents, avec amour et passion. Mais ces professions sont condamnées à disparaître…

Ces travailleurs d’un autre temps ont presque tous des enfants, mais aucun d’eux ne veut emboîter le pas à leurs parents. Ce n’est pas une question d’argent, mais ils ne veulent pas se salir les mains ou, encore, auraient une certaine honte de pratiquer de tels métiers. Et pourtant, ils sont très bien payés de nos jours, car ils sont en grande demande.

Nous avons rencontré quelques personnes qui résistent avec beaucoup de passion et qui disent gagner bien leur vie.

Les cordonniers de la gare Victoria

Gino Vegrange et Jimmy Gentille ont décidé d’embrasser le métier de cordonnier depuis une quinzaine d’années. Ils sont basés à la gare Victoria, à Port-Louis. Abrités sous une petite tente, ils réparent des chaussures sous le regard de centaines de passants. Habitants de Résidence Vallijee, ils ont appris ce métier dans un atelier situé à Cassis.

S’ils ont décidé de venir travailler dans la capitale, c’est parce qu’ils pensent qu’ils peuvent se faire une plus grande clientèle. Qui sont leurs clients ? «Ce sont surtout ceux qui viennent travailler à Port-Louis.» Ils racontent que ce sont souvent des employés de bureau qui ont un malheur de voir un jour leurs chaussures se décoller. «Il y en a beaucoup chaque jour. Sa bann soulié sorti Lasinn-la pa fasil sa. Souvan zot dekolé.»

Et, eux, ils recousent ces chaussures. Une paire coûte d’ailleurs entre Rs 250 et Rs 300. Avec un coup de neuf pour Rs 100, le client est sûr de porter une paire de chaussures sans aucun souci. Gino Vegrange raconte que récemment, une touriste arrivée à Maurice par un paquebot, a dû avoir recours à ses services. «Kouma li rant kot lagar, so tenis dékolé ek lerla li dimann dimounn kot li kapav gagn enn kordonié. Linn vinn kot mwa. Li finn alé bien satisfé.»

Ces deux cordonniers affirment que les jeunes ne veulent plus faire ce métier. «Zot gagn onté.» Et pourtant, ces deux-là gagnent bien leur vie. Leur seul souhait est qu’ils obtiennent un meilleur emplacement pour travailler. Ils ont entrepris des démarches auprès de la municipalité de Port-Louis, mais jusqu’ici, rien n’a encore été fait.

Issoop Tagally, réparateur de bicyclettes

«L’atelier bicyclette Baba.» Après le jardin botanique de Pamplemousses, c’est sans doute le lieu le plus connu de ce village. Car cela fait plus de 60 ans que s’y trouve un atelier de réparation de bicyclettes. Il se trouve juste à la croisée des chemins, devant le jardin, soit entre la route menant vers Centre-de-Flacq et celle allant vers Mapou.

Il s’agit d’une vieille structure en bois et en tôle, qui est resté inchangé. Le premier à «kol fit» était connu comme Baba, une figure populaire du village. Il n’est plus de ce monde mais la relève est assurée. C’est Issoop Tagally (photo) qui a depuis pris les rênes.

De vieux vélos et des pièces détachées sont empilés un peu partout. Le gérant effectue le «dévoilage» d’une jante et nous raconte son métier. «J’ai tout appris avec Baba, mon patron. Du graissage, au dévoilage, en passant par la réparation d’une crevaison.» Cet habitant de Pamplemousses soutient qu’il n’y a plus de jeunes qui veulent embrasser cette profession. «Zot palé sal zot lamé.» Et ils exigeraient un salaire même quand ils sont en apprentissage.

Y-a-t-il encore des clients ? «Absolument. Ici, c’est comme une clinique pour bicyclettes. On répare, on repeint et on peut même monter un vélo à partir de différentes pièces.» Même s’il n’y a plus autant de bicyclettes comme autrefois, chez l’atelier Baba, il y a toujours des clients. De plus, ils n’attendent pas trop longtemps pour faire réparer leurs vélos. Pas plus de deux jours !

Lallman Jagessur, horloger chez Poncini

Il a 78 ans et a passé 40 anschez Poncini, à Port-Louis, comme horloger. Cet habitant de Centre-de-Flacq, qui tient une horlogerie chez son fils, à Terre-Rouge, a débuté sa carrière à l’âge de 17 ans. D’abord, Lallman Jagessur a été chez un bijoutier. Pas pour longtemps. «Ti pé tro kokin. Préfer mo al aprann orlozé.»

Notre honnête homme se rend alors chez le magasin Brijmohun, à Port-Louis pour apprendre cette profession qui le fascine toujours. Pourquoi à cet âge travaille-t-il encore ? «C’est avant tout une passion. J’ai ouvert un petit atelier chez mon fils pour la poursuivre.»

Il reconnaît que son art ne rapporte plus beaucoup. «Aster gagn klian zis pou sanz pil. Tou mont Quartz zordi. Zot asté sa Rs 100 é kan pil fini, zot vinn sanzé.» C’est très rare qu’il a des réparations à apporter à une montre, encore moins à une horloge. Depuis qu’il a ouvert son horlogerie, il n’y a eu aucun jeune qui s’est manifesté pour apprendre ce métier.

Georges Labelle, sculpteur de «ros kari»

Georges Labelle 50 ans habite à Bois-Marchand, non loin du cimetière. Souvent, des «tombalisetes» choisissent de s’installer à côté des grands cimetières. Georges Labelle en fait partie. Toutefois, il se souvient que quand il faisait son apprentissage, il y avait beaucoup de commandes pour fabriquer des «ros kari» ou «ros lavé».

Mais aujourd’hui, il reçoit à peine trois ou quatre commandes par mois. Le lave-linge et des équipements électro-ménagers ont remplacé ces «roches taillées». Mais Georges Labelle affirme qu’il y a quand même des familles aisées qui ont un lavoir avec une «ros lavé».

«Lontan, pou fer enn ros kari, nou servi zis marto ek sizo. Mé zordi, nou ena grinder.» Une «ros kari» peut coûter entre Rs 800 et Rs 1 000. Il affirme qu’il n’y a aucun jeune qui veut apprendre ce métier. «Kouma zot vini, zot anvi koné komié pou pey zot !»

Ramesh Bidessie, le tailleur «kasé-ranzé»

Sur la route principalesortant de St-Joseph, versTerre-Rouge, on trouve uneenseigne : «Ramesh Tailleur».Elle existe depuis plus de 40 ans.Si aujourd’hui, Ramesh Bidessie est désormais en charge del’atelier, et il a lui-même appris le métier d’un certain «Ramesh».

«Mo ti konn li par Johnny», (comprenez par là qu’il est boiteux).Après quelques années, il est devenu tailleur et, aujourd’hui, à 54 ans, il fait encore ce travail. Néanmoins, il concède que c’est un métier qui ne rapporte pas autant. «Les Mauriciens, en particulier les jeunes, aiment le prêt-à-porter. Ils ne viennent plus chez le tailleur. Ce sont des gens de plus de 50 ans qui viennent chez moi pour surtout coudre un pantalon en toile.»

Il ajoute, «koutir-la pa parey sa. Kot tayer, ou gagn li zist, alor ki dan magazin souvan li inpé long ou serré». Aujourd’hui, ils sont nombreux qui font appel à lui «pou kasé ranzé», c’est-à-dire, entre autres, rendre des pantalons «slim». Il n’utilise plus le «karo tayer» et il a trois machines à coudre. S’il ne reçoit pas autant de commandes toute l’année, par contre, en décembre et en janvier, avec la rentrée des classes, il en obtient plusieurs pour confectionner des uniformes scolaires.

Lui aussi est d’avis que pas beaucoup de jeunes s’intéressent à ce métier. «On voit rarement des tailleurs particuliers. Ils préfèrent travailler dans des usines.»

Roger Julien, forgeron depuis 53 ans

Si vous passez par la rue La Poudrière, à Port-Louis, il se peut que vous remarquiez pas une forge. Elle a l’air perdue entre les grands bâtiments du centre-ville. Mais cette forge y est depuis au moins 70 ans.

C’est Roger Julien (photo), 65 ans, qui dirige le petit atelier. À l’âge de 12 ans, il a appris à manier le marteau et l’enclume. Habitant Tranquebar, dans la banlieue portlouisienne, il s’est joint à l’atelier juste après des études primaires, à l’école De La Salle. Un de ses frères et son neveu y mettent également la main à la pâte. Lorsque son père est décédé en 2002, Roger Julien a pris la direction de l’atelier, en compagnie de son frère.

Il a quand même apporté une certaine innovation. La forge fonctionnait auparavant avec du charbon de terre et, aujourd’hui, elle marche à l’électricité. Mais pour le reste, il n’y a eu aucun changement. La vieille enclume est encore là.

Toutefois, Roger Julien n’obtient plus les mêmes commandes d’antan. Comme pour aiguiser le ciseau du maçon. «Zordi, zot al kinkayri pou asté enn lot.» Par contre, il obtient de grands travaux, comme la fabrication de portes modernes en fer forgé, qui peuvent coûter jusqu’à Rs 50 000.

Roger Julien a déjà travaillé pour de grandes compagnies et un de ses meilleurs souvenirs est l’aménagement d’un des plus beaux étals, au Jardin de Pamplemousses, lors d’une foire agricole en 1976. Cependant, il affirme qu’il ne croit pas en la relève par les jeunes.

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