Promenade Roland Armand: «On détruit des pans de murs la nuit comme des voleurs»

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«Les pierres taillées qui constituaient le Tunnel et le mur de la promenade Roland Armand ne sont pas protégées par la National Heritage Act car elles ne sont pas classées patrimoine», selon la National Heritage Foundation.

«Les pierres taillées qui constituaient le Tunnel et le mur de la promenade Roland Armand ne sont pas protégées par la National Heritage Act car elles ne sont pas classées patrimoine», selon la National Heritage Foundation.

La promenade Roland Armand n’est plus. Les travaux de démolition ont commencé. Si le ministère des Infrastructures publiques a déjà fait savoir qu’il y aura un Parc Roland Armand à Rose-Hill et que plusieurs arbres de la promenade y seront transférés, il n’empêche que les amoureux du patrimoine ne cessent de crier au scandale. Pour cause : les pierres qui sont enlevées de la promenade ne sont pas marquées.

«Il faut savoir où ces pierres sont entreposées et ce qu’il en adviendra», dit Adi Teelock, responsable du collectif 270 Lavwa. Elle a prévu d’adresser une lettre à la National HeritageFoundation et aux ministères concernés pour savoir où elles sont entreposées, car elles ne sont pas marquées et, de ce fait, il est possible qu’elles disparaissent dans la nature. «On savait tous que la promenade allait être démolie, mais pas à cette vitesse et sans penser à tous ces détails. Le Tunnel a disparu en un week-end», déplore-t-elle, faisant référence au petit pont en pierre qui est le vestige des trains à Maurice. Ces pierres intéressent aussi les amoureux du patrimoine, et tous se posent les mêmes questions. Outre Le Tunnel, le mur en pierre qui longeait la promenade a aussi été démoli.

Ce n’est pas la première fois que Thierry Le Breton, de l’association SOS Patrimoine, tire la sonnette d’alarme sur la disparition de notre patrimoine. «Il faut qu’il y ait un moyen de savoir où ces pierres vont», lance-t-il. Sans traçabilité, il est possible qu’elles finissent chez des particuliers.

D’ailleurs, il n’y a pas que les pierres de la promenade Roland Armand qui le tracasse. Lors des travaux à la Gare Victoria, d’autres pierres ont été emportées, alors que le flou entoure ce qui s’est passé et ce qui a été récupéré de la destruction de La School. De plus, le responsable de l’association déplore le silence des habitants de la ville en ce qui concerne ces destructions. Cependant, Thierry Le Breton n’exclut pas d’avoir recours à la justice pour qu’il n’y ait pas de pillage de ces vestiges, précisant néanmoins qu’il n’est pas toujours évident d’aller de l’avant dans ce genre de cas.

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Alexandre Barbes-Pougnet revient, quant à lui, sur les actions qui peuvent être entreprises au niveau légal. «Il faut savoir que celui qui vend et achète ces pierres sont tous deux passibles de poursuite», fait-il ressortir. Selon le juriste, dans ce genre de cas, les pierres sont taillées et revendues aux particuliers. «Le plus gros site qui a été pillé est La Poudrière, et on sait tous où ces roches ont atterri...» poursuit-il. En ce qui concerne le recours, le gouvernement ou encore, une association enregistrée peut saisir la justice.

Mais du côté de la National Heritage Foundation, le discours est tout autre. Selon un officier, «les pierres taillées qui constituaient le Tunnel et le mur de la promenade Roland Armand ne sont pas protégées par la National Heritage Act car elles ne sont pas classées patrimoine». Quant au préposé au ministère des Infrastructures publiques, il a fait savoir qu’il y a certes un plan pour l’utilisation de ces pierres sans toutefois donner davantage de précisions.

Le métro ne fait cependant pas que des mécontents. En effet, certains ne voient aucun inconvénient au fait que la promenade cède sa place au profit du tramway – à condition que le parc Roland Armand se concrétise. Mais ces avis ne font pas le poids face à ceux qui sont contre le projet.

Sur le Net, ils sont nombreux à dire qu’ils n’ont toujours pas compris comment une décision aussi importante a été prise à la hâte. «Sans être contre le progrès du pays je pense qu’il devrait y avoir un moyen de préserver mieux le patrimoine», estime une internaute.

D’autres sont nettement plus virulents. «Le mur à côté du couvent de Lorette de Rose-Hill a disparu. Depuis des années, tout le monde l’admirait. Ce n’était pas qu’un mur, c’était une partie de la ville. Où est l’institution qui doit protéger le patrimoine ?» fustige une habitante de la région. «La démolition a commencé, mais aucun parti au pouvoir n’a cru bon communiquer un minimum sur ce qui se passe», déplore un autre usager de la ville.

Contacté, Dev Sunnasy, qui côtoie Rose-Hill au quotidien, va, lui, plus loin en affirmant que «ce qui se passe à Vandermeesch et sur la promenade Roland Armand est un vrai désastre écologique, un lieu de vie est en train d’être détruit et en toute impunité». D’expliquer que «le projet le plus important du pays» est réalisé dans «l’opacité la plus totale, sans aucune consultation publique et sans communication. Comme des voleurs de nuit, on détruit des pans de murs, que vous découvrez le lendemain».

Sans se défiler, il poursuit que «pour les 50 ans d’anniversaire de notre indépendance, on viole notre démocratie en s’esquivant d’un Environmental Impact Assessment». Réduisant, ainsi, les citoyens au silence. «On nous dit que des experts ont tout étudié et recommandé. Donc, nous citoyens incultes, fermons-la.»

Dev Sunnassy est, par ailleurs, catégorique : le gouvernement ne respecterait pas son manifeste électoral. Il en cite certaines lignes : «consolider la démocratie», «garantir les droits fondamentaux de la population», «participation active de nos concitoyens» et «assurer la transparence, la redevabilité et l’efficience». Et conclut : «Je ne vois point de ces beaux mots dans les actions.»

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