#50ansMoris - Théâtre mauricien: de la lumière à l’ombre

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La foule présente à la représentation de la pièce «Zozef ek so palto larkansiel» au Plaza, en 1990.

La foule présente à la représentation de la pièce «Zozef ek so palto larkansiel» au Plaza, en 1990.

1955. L’année de gloire du théâtre à Maurice. La saison s’étale sur environ quatre mois. Un temps consacré autant au théâtre que pour les rencontres mondaines de la bourgeoisie… qui ne se fait pas prier pour montrer sa dernière toilette. Sur scène, quand ce n’est pas une troupe internationale qui évolue, ce sont les membres de cette même bourgeoisie qui se produisent sur les planches. Avec l’Indépendance, c’est l’avènement du théâtre populaire ainsi que du théâtre en créole, qui démocratise l’accès à cette activité…

«Avant lIndépendance, entre 1955 et 1958, ce sont surtout les riches Franco-mauriciens qui pratiquaient le théâtre. La plupart des pièces étaient en français», relate Gaston Valayden, dramaturge et acteur. Chaque année, le théâtre de Port-Louis, surtout, s’anime pendant la saison.

À cette époque, il n’y a presque pas de production mauricienne. Les troupes mauriciennes reprennent les pièces de grands écrivains. Shakespeare, Corneille, ou encore Molière sont les auteurs le plus souvent joués. Pour ceux qui se trouvent au bas de l’échelle, le spectacle est surtout d’aller admirer la bourgeoisie qui se rend au théâtre.

Avec l’Indépendance, le théâtre prend son essor. «Le gouvernement avait créé un ministère dont le but était de s’occuper de la promotion des arts et de la culture», explique Gaston Valayden. C’est dans les années 1970 que l’activité théâtrale atteint son summum à Maurice, précise Philippe Houbert, metteur en scène et acteur.

Bien que la société des metteurs en scène remplisse le calendrier théâtral tout l’an, ces années voient l’apparition du théâtre populaire. La société des metteurs en scène présente, durant toute l’année, des pièces pour tous les goûts : du théâtre de boulevard aux pièces policières en passant par les classiques.

Le théâtre populaire est, lui, plus proche du peuple. «Il se rapprochait des gens, dans les campagnes. Cependant, l’initiative n’a pas été assez soutenue par les autorités locales», raconte Philippe Houbert.

Un peu plus tard, vers la fin des années 70, la troupe Stanley commence aussi à présenter des pièces à Re 1 et Re 0,50 l’entrée pour les moins fortunés. «Des fois, la municipalité de Beau-Bassin–Rose-Hill mettait gratuitement le Plaza à la disposition de la troupe. Nous n’avions qu’à payer pour le personnel pour leurs heures supplémentaires. Serge Constantin nous a bien aidés dans ces moments», raconte Gaston Valayden.

C’est aussi vers les années 80 que le théâtre en créole devient acceptable à Maurice. Dev Virahsawmy est considéré comme le père du théâtre en créole. «Auparavant, le créole n’était pas reconnu par les autorités mauriciennes. L’on utilisait le créole plutôt pour les comédies. Kreol ti konsidéré pou fer boufon ou komik. Ti éna zis bann ti sketch an kreol. Sé Dev Virahsawmy ki fer nou pran konsians ki dram kapav éxisté an kreol», soutient Gaston Valayden. D’ailleurs, ajoute-t-il, quand, dans les années 70, Dev Virahsawmy décide de monter sa pièce Li, à l’université, «bann lotorité iniversiter réfiz donn nou lasal Octave Wiehe. Alor nou finn transform lasal étidian an enn lasal téat».

Le père Gérard Sullivan s’adresse au public après la représentation de «Zozef ek so palto larkansiel».

Aujourd’hui, les acteurs et metteurs en scène s’accordent à dire que le théâtre mauricien est à son niveau le plus bas. «Les gens qui sont nommés aux Arts et à la culture viennent souvent de castes qui ne sont pas représentées au gouvernement et il faut les caser quelque part. Il faudrait nommer quelqu’un qui soit vraiment cultivé», martèle Gaston Valayden. Et d’ajouter que le système éducatif doit également être revu. «En 2014, on a dit qu’on allait introduire le théâtre à l’école. Où en sommes-nous aujourd’hui ?»

Un point que rejoint Philippe Houbert. Ce dernier se souvient que c’est à l’école qu’on lui a inculqué l’amour cet art. Mais, pour lui, il faut surtout qu’il y ait les infrastructures nécessaires pour promouvoir le théâtre. «Estce qu’on attend qu’un joyau comme le théâtre de Port-Louis s’écroule complètement ?» s’insurge Philippe Houbert.

Lindsay Min Fa dans la pièce «Zozef ek so palto larkansiel»
en 1990, une pièce biblique montée par Gérard Sullivan.
1973. «Piège pour un homme seul» de Robert Thomas
avec Gaston Valayden dans le rôle principal.
La pièce «Disons tout de même à notre santé», joué en
1969, par avec Paulo Eynand, René Antelme et Odile Dalais.
Lindsay Min Fa dans «Zozef ek so palto larkansiel», en 1990.
Rajen Surnam, Gaston Valayden et Géraldine Yvon
dans la pièce «Piège pour un homme seul», en 1973.
Représentation de «La Traviata» par une troupe française, en 1972.
Gérard-Philippe Bosquet, Jacqueline Vaizon et Christian
Hitillambeau dans «Le Monsieur qui attend», en 1969.
En une de «l’express» du 6 mars 1968 : le journal parle de la présence des représentants étrangers aux fêtes de l’Indépendance. Une pratique adoptée par les dirigeants
successifs, suscitant par moments la polémique.
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