#50ansMoris: sobre cérémonie pour le lever du drapeau à Rodrigues

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Quand le quadricolore a-t-il flotté pour la première fois dans le ciel rodriguais ? Les avis divergent. Un témoin de l’époque raconte, photo à l’appui.

Le sujet fait toujours débat. La cérémonie du lever du drapeau a-t-elle eu lieu le 12 mars 1968 à Rodrigues ? Quelques personnes maintiennent qu’elle a eu lieu une année plus tard en raison de protestations à Port-Mathurin. «Non ! La cérémonie officielle a eu lieu le même jour qu’à Maurice. Depuis ce jour, le drapeau a toujours flotté à Rodrigues», répond Sandragassen Anthony, l’un des derniers témoins de mars 1968.

Âgé de 89 ans, l’habitant de Port-Mathurin était bien placé pour connaître cette partie de l’histoire. Ancien policier à la retraite, il était le photographe attitré de la force policière. Crimes, vols, accidents et événements historiques, il était toujours sollicité.

Dans sa maison à Port-Mathurin, il dépose fièrement quelques clichés originaux sur la table pour prouver qu’il était bien là. «Ce sont des photos de la cérémonie du lever du drapeau que j’ai prises moi-même», dit-il. L’on y aperçoit des scouts en avant-plan à côté d’un homme en costume regardant un policier, le quadricolore au bout d’un mât.

L’homme c’est Jocelyn Forget, magistrat et commissaire civil à l’époque. Le chef de la police, un certain Lubin, est présent. «Ces photos ont été prises le soir du 12 mars 1968 avant minuit quand le calme est revenu sur Port- Mathurin. Il n’y avait pas grand monde», se remémore Sandragassen Anthony.

Cependant, feu Ben Gontran, qui était une figure emblématique, a une autre version. Dans son livre Sir Ben, il affirme que le 12 mars 1969 «des gens venus de Port-Mathurin ne cachaient pas du tout leur intention d’empêcher la cérémonie du lever de drapeau».

Demande de boycott

Les Rodriguais ont l’intention d’exécuter l’ordre donné par Gaëtan Duval 16 mois plus tôt quand il avait demandé aux Rodriguais de boycotter l’Indépendance, lit-on. Mais en réalité les choses ont évolué. En 1969, sir Gaëtan Duval est membre du gouvernement de la coalition.

Le récit de Ben Gontran corrobore avec celui de Sandragassen Anthony pour tout sauf la date. «Le 12 mars 1968, j’étais au Port- Mathurin avec tous mes collègues policiers. Nous étions tendus sachant qu’il y avait un risque de débordement, mais il fallait préparer la cérémonie », raconte l’octogénaire.

Le déroulement du lever du drapeau devait se faire sur un court de tennis, à côté du poste de police, là où se tient aujourd’hui le bloc administratif du gouvernement régional de Rodrigues.

«Il y avait un groupe d’opposants à la cérémonie qui s’était massé non loin de là. Parmi eux, des partisans du PMSD», se remémore Sandragassen Anthony. Ils ont à l’oeil le flagman, le policier Luc Capdor. Quelques personnes essaient de lui arracher le drapeau, mais les policiers interviennent.

«On a dû utiliser du gaz lacrymogène pour disperser la foule. Il y avait aussi quelques arrestations, mais on les a relâchés par la suite.» Le calme ne reviendra en ville que dans l’aprèsmidi.

Sandragassen Anthony est resté au poste jusqu’à fort tard, sur les instructions de ses supérieurs. Et pendant la nuit, une cérémonie se tient en toute sobriété. «J’avais un vieil appareil photo en ma possession. C’était difficile de prendre de belles photos la nuit», raconte-t-il.

Mais il n’a pas manqué l’occasion d’en faire. La pellicule a été développée dans un studio de la police à Port-Mathurin. Photographes et historiens ont pris des clichés de ces photos. Ces trésors sont précieusement conservés dans un classeur, à l’abri du temps.

Sandragassen Anthony, l’ancien combattant

Cet ancien policier a aussi été dans l’armée de Sa Majesté. Comme son père avant lui pour la Première guerre mondiale, Sandragassen Anthony a servi dans la Seconde guerre mondiale. Il était basé en Israël. De retour à Rodrigues, il a encore une fois imité son père en intégrant la police. Celui-ci, né à Maurice, avait été transféré à Rodrigues dans les années 20 et y est resté jusqu’à sa mort.

Claude Wong So: «L’île ne pourra se développer seule»

Quel a été le rôle de Rodrigues dans la période post-Indépendance ?

Ce n’est pas un secret que la majorité de Rodriguais avait voté contre l’Indépendance en suivant le PMSD. Au fil des années, les choses ont changé.

L’île Rodrigues a joué son rôle post-Indépendance. Sa population a pris part aux activités pour aider le peuple, ils ont intégré la République. J’ai suivi ce cheminement en tant que haut fonctionnaire. La République a su leur renvoyer l’ascenseur.

Vous parlez de quoi exactement ?

Il y a eu l’Autonomie de Rodrigues en 2002. J’ai été un témoin privilégié de ce changement puisque je suis devenu le premier Island Chief Executive. Les différents gouvernements régionaux ont su faire progresser Rodrigues au sein de la République. Celle-ci a su répondre à leurs attentes.

N’empêche que l’île a du mal à se développer. Comment voyez-vous l’avenir de Rodrigues ?

Il faut voir le contexte géopolitique. L’île est loin de tout pôle de développement économique. Elle ne pourra se développer seule sans travailler avec les autres. L’installation du câble optique est déjà un point de départ. Cela ne doit pas être la solution finale.

Il faut trouver ce qui permettra à Rodrigues de se tenir debout sur ses propres pieds. Tout le monde dit qu’il fait bon vivre à Rodrigues, mais il faut savoir comment attirer ces élites voyageuses ou ces têtes pensantes de la planète.

Il manque quoi exactement ?

Un déclic. Avec les fonctionnaires qui partent à la retraite le plus tard possible, les jeunes ont du mal à trouver du travail. Ceux qui ont du potentiel préfèrent rester à l’étranger. Ce sont les habitants qui doivent se pencher sur un modèle économique le plus adapté pour eux.

Les 50 ans de l’Indépendance en peinture

Ils sont nombreux à avoir répondu à l’appel de la commission d’Art et culture. Artistes professionnels, peintres amateurs ou encore élèves en arts des divers établissements de l’île ont exécuté des oeuvres aux couleurs du quadricolore. Les tableaux sont exposés à la bibliothèque publique de Port-Mathurin.

Les fonctionnaires préfèrent en débattre

La Rodrigues Government Employees Federation célébrera les 50 ans de l’Indépendance à sa façon le 12 mars. «50 an lindependans Moris, 50 an dominasyion Rodrig ? Ki perspective?» C’est le thème choisi pour un débat. Avec le soutien de plusieurs organisations non gouvernementales, la fédération invite le public à son siège à l’Independance House à Mont-Lubin afin de participer à l’évènement.

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