Passeport remis à un trafiquant: «C’est Mario Nobin qui décide», dit l’ACP Domah

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Le commissaire de police Mario Nobin a signé sur un document permettant à Mike Brass de se rendre à La Réunion.

Le commissaire de police Mario Nobin a signé sur un document permettant à Mike Brass de se rendre à La Réunion.

Comment Mario Nobin, en septembre 2016, a-t-il bien pu accéder à une requête pour  permettre au trafiquant de drogue Mike Brasse de se procurer un passeport pour qu’il se rende à la Réunion ? Mike Brasse s’est fait arrêter à la Réunion avec 42 kilos d’héroïne. L’émission Menteur Menteur mise en ligne hier, vendredi 2 mars, a publié le document signé par le commissaire de police en faveur du trafiquant de drogue. 

Interrogé, le Commissaire de Police affirme avoir accédé à une requête de l’assistant commissaire de police (ACP) Domah, Divisional Commander de la région Nord. Le 5 septembre 2016, ce dernier a écrit une lettre au numéro 1 de la police, dans laquelle il fait part de la perte du passeport de Mike Brasse et la nécessité de ce dernier de se rendre à La Réunion pour prendre livraison de son bateau en réparation, l’Îlot Gabriel. La même embarcation a été utilisée un mois auparavant pour prendre livraison des 42 kilos d’héroïne à Madagascar. L’ACP Domah répond qu’il n’a fait que du «chanelling». «La décision finale revient au Commisaire de Police», se défend-il. 

Pourquoi avez-vous envoyé une lettre au CP concernant le passeport de Mike Brasse ?

Je suis le Divisional Commander de la région Nord. Grand-Baie est sous la juridiction d’un chef inspecteur. C’est lui qui est chargé de mener les enquêtes sur la perte des passeports. La durée d’une enquête de ce type est de deux mois environ. Mais il y a des exceptions dans des conditions spécifiques. À ce moment-là, après un exercice de due diligence, on envoie la requête au CP.

Connaissez-vous Mike Brasse ?

Je ne connais pas la personne en question. C’est un parmi des dizaines de cas qu’on envoie régulièrement au CP. Pas tous les jours, mais dans des cas spécifiques lorsqu’il y a un patient qui doit se faire soigner à l’étranger. Dans ce cas présent, j’ai appris que son bateau était en réparation à l’île de La Réunion. On n’est pas allé vérifier.

De toute façon, on n’a pas les moyens de vérifier s’il s’agit vraiment de réparation de bateau. Après, on envoie le dossier au CP. Ce n’est pas moi qui prends la décision de donner ou pas un passeport.

Dans la lettre envoyée à Mario Nobin, vous dites que Mike Brasse doit voyager en urgence. Or récupérer en bateau ne fait pas partie des urgences citées dans la circulaire du précédent commissaire de police.
 
Le dernier mot revient au CP. J’ai agi à partir des recommandations du chef inspecteur. Je ne suis au courant de rien. Je ne sais pas si l’officier avait de bonnes relations avec Mike Brasse.

Mais c’est vous qui faites la demande ?

Exactement, je ne pouvais pas garder la requête du chef inspecteur. Je devais channel la lettre vers le CP.

Au lieu de channel, vous auriez pu challenge le chef inspecteur, comme stipulé dans la circulaire du CP en 2014 ?

Non, il m’aurait dit qu’il a bien fait son travail et mener l’enquête comme il se doit.

Vous ne nourrissez pas de regrets… Au final, vous avez aidé un trafiquant de drogue.

Non, pas du tout. Si j’avais le moindre doute, si j’étais au courant des informations de la Financial Intelligence Unit concernant un quelconque trafic de drogue, il (NdlR, Mike Brasse) n’aurait pas voyagé. Je n’aurais pas fait de recommandation. Mais je suis content qu’il a été arrêté. Et là, il purge sa peine.

Mais on aurait pu ne pas l’arrêter ? 

Oui, c’est vrai, c’est possible. Je n’étais pas au courant qu’il était surveillé par les autorités réunionnaises.

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