#50ansMoris: le monde, si loin, si près

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La crise estudiantine de mai 1975, à Maurice. Des événements qui ont marqué un tournant dans l’histoire du pays.

La crise estudiantine de mai 1975, à Maurice. Des événements qui ont marqué un tournant dans l’histoire du pays.

De l’Indépendance à aujourd’hui, la «perle de l’océan Indien» n’est pas restée insensible aux grands bouleversements du monde. Des révoltes estudiantines en France à la crise financière de 2008, où l’actualité internationale a secoué l’île, elle s’est fait moteur du changement.

Éloigné mais pas isolé, Maurice n’a pas été épargné par les grands événements qui ont fait l’histoire ces 50 dernières années. Révoltes, guerres, récessions et catastrophes naturelles, certains moments-clés de l’actualité internationale ont eu un impact sur le pays alors en pleine construction de son identité nationale.

 Mai 68, mai 75 En 1968,

 alors que Maurice fête encore son Indépendance, la France s’apprête à connaître la première révolte estudiantine de son histoire. Visant d’abord les universités parisiennes, cette révolte se transforme rapidement en conflit politique et social, et gagne peu à peu le monde ouvrier ainsi que le reste du territoire. Le mythe de la société apaisée, portée par l’essor de la société de consommation, se brise.

Sept ans plus tard, Maurice connaît son mai 75, avec la révolte des collégiens, descendus dans la rue pour une éducation gratuite et le droit de vote à 18 ans. Un Mai 68 mauricien ? «Oui et non», répond Steven Obeegadoo, membre du Mouvement militant mauricien (MMM), et présent en 1975 dans les rangs des protestataires. Oui, car «c’est une révolte des jeunes contre la hiérarchie et que ce sont des jeunes revenus de 1968 qui vont lancer le MMM et la centrale syndicale General Workers Federation, ainsi que la prise de conscience politique qui va aboutir à mai 1975», explique-t-il. «Mais à y voir de plus près, tant pour ses revendications que ses auteurs, nous sommes dans une révolte mauricienne et qui plus est limitée au système éducatif.»

Le tsunami de 2004, en Indonésie, a donné naissance à l’Indian Tsunami Warning System. Il veille presque à la minute à toutes les secousses de l’océan Indien. 

Quelques mois après les protestations de 20 mai 1975, le droit de vote passe de 21 à 18 ans, tandis que les frais de scolarité au secondaire et à l’université sont déclarés gratuits un an plus tard. Si l’ancien ministre de l’Éducation reconnaît que le modèle éducatif a fait de réels progrès en matière de qualité des programmes, beaucoup reste encore à faire : «Sur dix enfants mauriciens qui entrent à l’école, seuls huit obtiendront le certificat de fin de cycle primaire, cinq le School Certificate et deux le Higher School Certificate. Je pense que cela démontre l’iniquité d’un système encore dysfonctionnel.»

11 septembre : l’effroi 2001.

Deux avions s’écrasent sur les tours du World Trade Centre à une heure d’intervalle. En cette matinée ensoleillée du 11 septembre, les images du drame font rapidement le tour du monde. Acte de terrorisme, cet attentat contre les États-Unis est un symbole envoyé au monde entier : la première puissance du monde, que l’on croyait inviolable, se retrouve tout à coup vulnérable à un des actes les plus barbares. Au total, près de 3 000 victimes et plus de 6 000 blessés issus de 93 pays différents. Une fois n’est pas coutumes l’express barre sa une avec cette nouvelle internationale, tant son ampleur est grande et choquante. «La témérité des responsables de ces attentats suicides nous laissait tous sidérés», rappelle Cassam Uteem, président de Maurice au moment des faits. Un choc qui pousse le pays à se positionner rapidement et avec précipitation, selon l’ancien président, pour qui la loi Prevention of Terrorism Act (PoTA), votée en 2002, est «mauvaise». «Je n’étais pas contre une loi antiterroriste et je ne le suis toujours pas. Mais je n’étais pas disposé à donner mon aval à une loi scélérate qui contenait des clauses antidémocratiques», explique-t-il aujourd’hui. En cause, le pouvoir accordé aux policiers d’arrêter un individu sans mandat, en se basant sur le critère de la «suspicion».

Les attaques terroristes contre le World Trade Centre.

Démissionnaire après avoir refusé deux fois de donner son assentiment à cette loi, Cassam Uteem n’a pas de regret : «Je n’ai pas changé d’avis depuis mon refus, en tant que président de la République, de donner mon accord à la législation originale.» Il rappelle que des pays comme l’Inde ou l’Afrique du Sud ont, eux, «fait voter des lois antiterroristes qui ne sont pas incompatibles avec leur système démocratique».

Quand le danger vient de la mer «Avant 2004, très peu de gens connais- saient ce qu’est un tsunami. Même nous, à la météo, nous avions une idée, mais nous ne pouvions imaginer son ampleur», raconte l’ancien directeur de la météo, Subiraj Sok Appadu. Au petit matin du 26 décembre 2004, à 7 h 58, heure de Jakarta, un puissant séisme de magnitude 9,3 frappe l’océan Indien au nord de l’île de Sumatra, en Indonésie.

Conséquence : une onde de vagues partant de l’épicentre, appelée tsunami, se répand dans tout l’océan Indien. Elle atteint jusqu’à 30 mètres de hauteur. Le tsunami fera près de 250 000 disparus. Il reste à ce jour la plus grande catastrophe de l’histoire.

«À Maurice, nous avons été très prudents. Nous avons essayé de prévoir ce qu’il allait se passer. Même les touristes ont été évacués de la plage par les forces policières», se souvient Subiraj Sok Appadu. Si l’île a été globalement épargnée par la vague destructrice, elle s’est depuis armée contre de possibles répliques. «Maintenant, il y a l’Indian Tsunami Warning System, basé en Inde. Il est chargé de veiller presque à la minute toutes les secousses de l’océan Indien. On a des instruments pour détecter les secousses à Maurice, à Rodrigues et à Agale- ga», affirme l’ancien chef de la météo. Sans parler du tsunami warning system diffusé depuis parmi la population. Le tsunami n’est pourtant pas le seul problème environnemental auquel la République doit faire face. Érosion, sécheresse, montée des eaux, inondations... Subiraj Sok Appadu appelle à plus de vigilance. Mais il reconnaît que des avancées importantes en matière de prédictions météorologiques ont été accomplies. «Entre ce qu’on était en 1968 et ce qu’on est aujourd’hui, il y a un monde de différence.»

 2008, le krach

À l’automne 2008, le monde de la finance tremble. Après la crise des subprimes (NdlR, un subprime est un crédit qui se distingue des autres par le fait qu’il est attribué à des personnes dont les revenus laissent penser que le remboursement sera plus compliqué. La banque prend, donc, des risques et demande en contrepartie une compensation financière en appliquant un taux d’intérêt plus élevé. Source : l’internaute) de 2007, qui sonne le glas des spéculations immobilières à risque aux États-Unis, les secteurs bancaires se retrouvent bouleversés par l’éclatement de la bulle financière américaine. La crise se propage dans tous les pays du monde. «La crise financière de 2008 n’a pas eu d’impact direct conséquent pour Maurice, sauf que tout ralentissement sur le flux d’investissements transfrontaliers a des répercussions sur notre secteur du global business», analyse Milan Meetarbhan, ancien ambassadeur de Maurice aux Nations unies et ancien directeur de la Financial Services Commission. Au contraire, le krach boursier a eu des effets positifs pour Maurice, qui a profité de l’essor d’une finance plus responsable.

«Les décisions prises au niveau du G7, G20 et autres instances composées essentiellement de pays industrialisés et l’action entreprise par la suite d’une main de fer par l’Organisation de coopération et de développement économiques dans le sillage de la crise ont eu un impact important sur le développement des centres financiers à travers le monde et, en particulier, dans les petits États», explique-t-il. «Ces centres n’avaient pas de responsabilité particulière dans ce qui a causé la crise, mais elle a été un prétexte pour lancer l’assaut contre les centres financiers accusés de harmful tax competition.»

Aujourd’hui placé parmi les plus grandes places boursières de l’océan Indien, Maurice investit à l’étranger, en particulier vers l’Afrique, même si les clauses «pour la protection des investissements et (…) de double imposition, se feront sentir» rappelle Milan Meetarbhan. Reste le problème de «l’érosion de la confiance des investisseurs étrangers» qui est, selon lui, à imputer à la mauvaise gérance des autorités mauriciennes.

La une du 1er mars 1968 : «L’express» s’intéresse aux tensions à Rodrigues sur le logement et l’emploi. Le Premier ministre dément aussi des rumeurs sur l’envoi de renforts mauriciens chez les troupes britanniques et sur le renvoi de l’Indépendance. Autres sujets abordés : la commercialisation de la pomme de terre en voie d’être régulée, la Maison de la culture est sur le point d’être construite et la télévision fête ses trois ans.

Résident du «Village mondial»

Passer en revue les unes des journaux de 1968, c’est aussi replonger dans la pagaille au niveau de la maquette des débuts de la presse indépendante. À une époque où Maurice n’est encore qu’un petit point sur la carte aux yeux du monde, actualités nationales et internationales se cô- toient en première page. Ainsi, peuton lire d’emblée les dernières actualités de Hong Kong, caracolées aux derniers préparatifs de l’Indépendance de Maurice. Cinquante ans plus tard, les nouvelles nationales priment. Oust ! l’actualité internationale, qui se retrouve relayée aux dernières pages. Ironie du sort, Maurice n’a jamais été plus connecté au monde. Avec le développement des communications et d’Internet, les Mauriciens ont, eux aussi, rejoint le «village mondial», selon la célèbre expression du théoricien de la communication, Marshall McLuhan. Un changement d’échelle qui n’est pas sans conséquence, puisque d’isolé Maurice est passé à un pays ultra connecté, et donc soumis bien plus qu’avant aux soubresauts de l’actualité internationale.

1968-2018: la mondialisation change l’échelle des relations

«Miracle économique», «perle de l’océan Indien», Maurice est aujourd’hui le symbole d’une réussite économique et sociale comparé à ses voisins d’Afrique et de l’océan Indien. Face aux grandes puissances, comme les États-Unis ou la Russie, qui ont occupé largement l’espace des relations internationales de 1968 à nos jours, Maurice a, pour l’heure, toujours su tirer son épingle du jeu. Comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe, lorsque l’île, importatrice de pétrole koweïtien, retient son souffle face à l’agression de l’Irak. «La guerre du Golfe a failli provoquer de graves conséquences pour Maurice et quelques autres pays de notre région élargie» raconte Jean Claude de l’Estrac, ancien ministre des Affaires étrangères. À cet instant, un embargo sur la vente de pétrole de la Kuwait Petroleum Corporation est décrété par les Nations unies et les chefs de la diplomatie mauricienne vont s’activer en double front. «Le représentant de Maurice auprès de l’ONU, le Dr Satteanand Peerthum, sera très actif», se rappelle Jean Claude de l’Estrac. Lui-même ira à New York plaider la cause mauricienne auprès du secrétaire général des Nations unies et à Taëf, en Arabie saoudite, pour solliciter l’aide des dirigeants du Koweït. «Nous serons reçus par le prince Abdallah. La sanction sera levée, le pays a poussé un soupir de soulagement.» Dépendante de l’aide publique au développement, à l’aube de son indépendance, Maurice a su gagner en puissance grâce à une diplomatie tournée vers l’économie. «Avec l’industrialisation, la diversification économique, la croissance, la diplomatie se focalise davantage sur les besoins de développement et la recherche de partenaires susceptibles d’accompagner les nouvelles ambitions», explique Jean-Claude de l’Estrac, pour qui cette posture n’a rien de nouveau. Mais si évolution économique il y a eu, elle s’est accompagnée d’une prise de conscience politique de la place qu’occupe Maurice sur la scène internationale. Pour preuve, la position de Maurice lors du vote sur la résolution visant à condamner le choix des États-Unis sur le changement de statut de Jérusalem. Malgré les menaces de diminution des fonds alloués à l’ONU, Maurice s’est joint aux 128 pays contre la position américaine, loin de tout intérêt économique finalement.

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