#50ansMoris: sous-vêtements, les dessous de l’histoire

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Le 19 avril 1991, l’express consacre une page aux seins.

Le 19 avril 1991, l’express consacre une page aux seins.

«Baskins», «démizipon» ou encore «lamores»… Des sous-vêtements d’un autre temps que portaient nos grands-parents il y a quelques décennies. 50 ans après, ces mots ont quasiment disparu du créole et des magasins, remplacés par les strings et autres «jockstraps». Si la quantité de tissu a diminué, les prix, eux, ont grimpé. Retour sur cette évolution…

Dimanche 25 février. Une pub dans Week-end vante les mérites des brassières de la marque Actress. La publicité est illustrée par un dessin d’une femme portant un soutif pointu, de style «bullet bra», très à la mode en Occident après la guerre.

Au fil des années, les sous-vêtements ont évolué, passant du jupon à la lingerie fine.

La poitrine est totalement recouverte. Le prix n’y est pas mentionné, mais à l’époque un soutien-gorge pouvait coûter jusqu’à Rs 25, donc, pas accessible à toutes les catégories de la population. La majeure partie de la population, à cette époque, fabriquait leurs propres sous-vêtements.

France, 81 ans, en parle. «On ne sortait jamais de la maison sans un demi-jupon ou un jupon», relate-t-elle. Un demi-jupon, explique l’octogénaire, est une petite jupe que les femmes portaient sous leurs jupes et robes. Ce sous-vêtement était taillé comme un short et servait à cacher la forme des culottes sous les vêtements. Le jupon avait la même fonction. Les deux étaient taillés dans du coton fin et bordés de dentelle.

Concernant le haut du corps, hors de question de dépenser des fortunes dans les soutiens-gorge, appelés alors «brassières». Il y avait également les «baskins», une combinaison qui faisait office de demi-jupon cousu avec un débardeur en haut pour soutenir les seins.

«Il y avait deux boutons sur le côté du short pour faciliter le passage aux toilettes», précise France. Tout cela se faisait à la main. Une tendance se dessine peu à peu : les «baskins» pour la haute société. Jupon à plusieurs couches de tulles amidonnés avec un bustier pour sortir et bouger tout en préservant la décence.

#Freethenipple

Au fil des années, la situation économique du pays évolue, ainsi que les sous-vêtements. Il a cependant fallu attendre 23 ans après l’Indépendance et 77 ans après la création du soutien-gorge pour que la première boutique de lingerie ouvre à Maurice. Avant, il fallait se contenter des «kilot granmer» et brassières fonctionnelles. Ce n’est que lorsque l’enseigne Une Histoire d’Amour ouvre ses portes, en 1991, que la mode, en matière de sous-vêtements, est arrivée.

Le début des années 90 représente un tournant. La mode s’internationalise et les seins se libèrent. «Le soutif a, certes, connu une évolution. L’objet est passé de fonctionnel à sexy. Mais ce n’est qu’en 1993, lorsque Vivienne Westwood a lancé le look des sous-vêtements qui se portent sur les vêtements, que c’est vraiment devenu une tendance», souligne David Stafford, styliste.

Ce n’était cependant pas le début. La révolution avait commencé avec Jean Paul Gaultier, en 1990, lorsque le créateur a réinventé le «bullet bra» pour Madonna. Victoria’s Secret, marque de lingerie créée en 1977, commence à prendre de l’ampleur à cette époque et diversifie ses activités.

On en parle librement dans la presse. Le 19 avril 1991, l’express consacre une page aux seins. «Les plus sexy sortent carrément en soutien-gorge de satin à porter avec une jupe droite moulante ou un pantalon cigarette», peut-on lire ce jour-là. Les seins ne sont plus tabous, tout comme la lingerie.

Si, à l’époque, les jeunes filles ne portaient que ce que leurs mamans achetaient pour elles en termes de sous-vêtements, les jeunes femmes vont de plus en plus vers la lingerie. Une Histoire d’Amour, qui comptait deux branches en 1993, est un succès et s’étend rapidement. Les pubs commencent à apparaître dans les journaux. «Je me souviens d’un dimanche où il y avait une brochure de quatre pages dans un journal. Aussitôt le journal en main, les hommes allaient à cette page avant même d’avoir payé», raconte un monsieur, qui faisait partie de la bande.

Fin des années 90, la lingerie a gagné Maurice. Le soutien-gorge n’est plus fonctionnel. Tout en soutenant les seins, il les met en valeur. Les culottes, qui autrefois étaient couvrantes, ont maintenant une coupe qui prend la forme des fesses. Même le string a trouvé une clientèle. «C’était l’époque où les femmes ont commencé à vraiment avoir une vie mondaine moderne. Il ne fallait pas que la forme de la culotte soit vue à travers la robe et le string était l’élément parfait», dit David Stafford, précisant que les soutiens-gorge strapless ont fait leur apparition au même moment.

Mais le revers de la médaille est l’objectification de la femme. Lorsque les premières pubs pour lingerie sont apparues dans la presse, quelques mouvements sont montés au créneau, dénonçant l’objectification de la femme. Mais pour Nirvana Varma, féministe et travailleuse sociale aux côtés des femmes, ce n’est pas le cas. «C’est une forme de libération. C’était une période d’évolution créative et artistique qui s’inscrivait dans l’émancipation de la femme», affirme-t-elle.

Et les hommes ?

À Maurice, tout a commencé par le «lamores», un boxer large qui allait jusqu’au genou. Le slip est arrivé bien après, dans les années 70, et a été adopté pour une liberté de mouvement. En Occident, c’est la forme des costumes, tenue masculine universelle, qui a connu une modernisation dans les années 20. Les étoffes sont remplacées par des tissus plus légers. Le modèle «Palm Beach» prend le dessus, et la coupe oblige une évolution du sous-vêtement. Le slip est né.

Aujourd’hui, les hommes font autant attention à leur image que les femmes. «Nous sommes dans un monde du paraître, chacun veut mettre son corps en valeur», explique Gérald Li Yan, créateur de sous-vêtements pour hommes.

L’île compte de plus en plus de métrosexuels, ou d’hommes qui soignent leur apparence. David Beckham, qui a popularisé le concept, a lui-même sa propre ligne de sous-vêtements.

La genèse

Le soutien-gorge a été créé en 1914 par la marque Kestos, mais ce n’est qu’en 1930 que les soutiens-gorge deviennent primordiaux. Madame Grès sort sa collection de drapés légers, et il n’est pas question d’avoir un corset en dessous. Pas question de sortir sans sous-vêtements non plus, et l’alternatif a été le soutien-gorge.

Quant au string, il a fait sa première sortie en 1920, dans une pièce du dramaturge Earl Carrol. Mais c’était loin d’être un accessoire de mode. Il a fallu attendre les années 1970, en Occident, lorsque la forme de la culotte était considérée comme un fashion faux pas, pour qu’il se démocratise.

Radha Ramen: «Les Mauriciennes voulaient du changement et plus de couleurs»

Vous êtes le propriétaire des magasins «Une Histoire d’Amour». En 1991, Maurice était encore plus conservateur qu’aujourd’hui. Comment avez-vous été accueilli ?

Arrivés avec le bon produit au bon moment, nous étions agréablement surpris par la forte demande en lingerie féminine pas très conventionnelle, avec ses formes nouvelles, ses couleurs moins classiques et ses matières avec des effets de voilage et de transparence. Nous avions l’impression que les Mauriciennes voulaient du changement et plus de couleurs dans leur vie.

Dans les années 90, à quoi ressemblaient les sous-vêtements pour femmes ?

L’ancienne génération, qui a connu les moments difficiles de l’après-guerre, avait une considération purement fonctionnelle pour la lingerie, voire pour les vêtements en général. C’est une génération qui s’habillait sur-mesure et vénérait leurs «modistes». Leurs sous-vêtements se résumaient à quelques culottes et quelques «brassières» en noir, blanc et chair dans des matières pas très nobles. Les formes étaient plutôt enveloppantes.

L’apparition du string à Maurice s’est passée comment ?

La culotte féminine, longtemps enfouie dans les fonds de tiroir, est entrée en grande pompe sur le marché de la lingerie sous toutes ses formes, en passant par la culotte montante, la culotte ventre plat, la culotte échancrée ou high-legs, le tanga, le slip taille basse, le shorty, le panty, le slip taille basse et le string.

Aujourd’hui, la mode chassant la mode, le shorty a pris le dessus sur le string. Retour de la culotte grand-mère pour bientôt ?

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