Pitch Venkatasawmy: «Nombreux sont nos compatriotes qui sont en train de perdre le sens de l’éthique»

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Pitch Venkatasawmy, ancien président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC)

Pitch Venkatasawmy, ancien président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC)

Cet ancien syndicaliste, qui a occupé de hautes fonctions au sein de l’État, ne pense pas raccrocher de sitôt. À 80 ans, Pitch Venkatasawmy continue à animer la plateforme de réflexion Think Mauritius.

Kumaraswamy Venkatasawmy, affectueusement appelé Pitch, qui a fêté ses 80 ans le 11 décembre dernier, fait toujours preuve d’un esprit alerte. L’ancien président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC) continue à observer le comportement des Mauriciens et se désole de la perte des valeurs. «Nombreux sont nos compatriotes qui sont en train de perdre le sens de l’éthique», se lamente Pitch Venkatasawmy.

L’ancien syndicaliste a fait le constat de cette dérive depuis un moment. C’est d’ailleurs ce qui le pousse, avec quelques amis, à fonder Think Mauritius en 2010, un groupe de discussion et de proposition qui se penche sur l’évolution de la société mauricienne. «Avec quelques amis, dont Rajah Pillay et Feisal Jeerooburkhan, on se retrouvait au bureau de Kee Chong Li Kwong Wing, qui n’était pas encore député, pour confronter nos observations. C’est là qu’est né Think Mauritius.» D’autres personnalités se joignent à eux par la suite.

Le think tank, dit son porte-parole, travaille en ce moment sur une communication qui présentera une vision de ce que pourrait être la République de Maurice dans les années à venir. «Nous plaçons cette réflexion dans le contexte du 50e anniversaire de l’Indépendance. Comme les autorités prévoient d’échelonner les célébrations sur plusieurs mois, nous comptons organiser des débats publics pour sensibiliser les Mauriciens aux enjeux que nous aurons identifiés», assure l’ancien syndicaliste.

Pitch Venkatasawmy explique le dysfonctionnement noté aujourd’hui par une défaillance dans notre système d’éducation. Enseignant pendant trois ans au collège Royal de Curepipe au début de sa carrière, notre interlocuteur avance sans crainte que «l’éducation n’est plus ce qu’elle était dans le temps». «Aujourd’hui l’école fabrique des techniciens pour un job, mais ne forme plus des citoyens responsables. On n’enseigne plus les valeurs dans nos écoles.»

Programme gouvernemental

Depuis son retour au pays au début des années 60 après des études en science à l’université de Manchester, Pitch Venkatasawmy se passionne pour le social. Au début des années 70, il est embauché sur contrat par l’agence onusienne Food and Agriculture Organisation (FAO), pour une mission locale.

Malgré un travail très prenant, l’ancien syndicaliste trouve le temps pour réfléchir en compagnie d’autres compatriotes à l’avenir du pays. C’est ainsi que, sans être encarté au Mouvement militant mauricien, il se retrouve membre du comité Planning de ce parti. «Avec Paul Bérenger, Prem et Vidula Nababsing, Zeel Peerun, Abed Peerally, feu Bernard Wiehe et d’autres camarades, on élaborait le programme gouvernemental», se souvient Pitch Venkatasawmy.

À la fin de son contrat avec la FAO, le chercheur intègre les services météorologiques. Il adhère au syndicat de la fonction publique et très vite, devient vice-président de la FSSC.

En ce temps-là, le fonctionnaire livre de très belles batailles en compagnie de syndicalistes chevronnés dont Cyril Canabady, Jack Bizlall et Clément Mootoo. Quand ce dernier prend congé de la FSSC en 1976, pour se porter candidat aux élections générales, Pitch Venkatasawmy accède à la présidence de la fédération. Il y reste jusqu’en 1985.

Dans les années 70-80, la FSSC est à la pointe du combat. Elle remporte des victoires historiques : le 13e mois, la compensation salariale, la création du Pay Research Bureau. L’ancien président de la FSSC se souvient particulièrement de la période de marasme quand le pays avait connu deux dévaluations de sa monnaie. «La dévaluation de la roupie par 20 % puis 10 % avait considérablement entamé le pouvoir d’achat du travailleur mauricien. C’est alors qu’on a formé le Front syndical national pour contraindre le gouvernement à instaurer les négociations tripartites», rappelle Pitch Venkatasawmy, tout heureux que le mécanisme fonctionne toujours.

L’ex-syndicaliste semble infatigable. Malgré son âge, il ne compte pas s’arrêter. «On continuera à réfléchir et à sensibiliser les Mauriciens aux enjeux cruciaux pour le pays. Il faut qu’on soit plus nombreux», dit-il. L’invitation est lancée !

Son parcours

1963-66 : Enseignant au collège Royal de Curepipe
1966-68 : Au service de la FAO pour une étude sur les ressources en eau à Maurice
1968 : Rejoint les services météorologiques à Vacoas
Début des années 70 : Élu à la direction de la FSSC
1976-85 : Président de la FSSC
1988-95 : Conseiller au ministère des Finances
1995-1997 : Adjoint au directeur de la météo
1997-2000 : Membre de la Public Service Commission
2000-2005 : Conseiller au ministère de la Formation et de la productivité
2010 : Un des fondateurs de Think Mauritius

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