Vente d’os de dodos, again...

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Encore un os de dodo vendu ? Quand cela s’arrêtera-t-il ? Depuis 2013, ce sont donc plus de cinq ventes qui ont eu lieu dans la région de Londres. Aucune entre 1934 et 2013… Comment expliquer cette soudaine avalanche de ventes en si peu de temps et dans la même région ?

Mais ce coup-ci, pour la première fois, ressort un nom, celui du vendeur, Errol Fuller, auteur d’un livre sur le dodo et ami personnel de Julian Hume, paléontologue bien connu à Maurice, ils ont même écrit un livre ensemble… Extincts birds, édité en 1987 et réimprimé en 2000… Errol Fuller fut d’ailleurs également le Conservateur d’autres ventes précédentes d’ossements de dodo… Notamment celle de 2016, lorsqu’un squelette entier inconnu à ce jour, complet à 95 %, fut mis en vente et acquis pour plus de 20 millions de roupies sans qu’on puisse connaître le nom du vendeur... 

Les journalistes y allèrent de leurs commentaires… 

«When Summers Place Auctions revealed in August what was about to go under the hammer, there was an overwhelming response.
Director of the West Sussex auction house Rupert van der Werff said the news was greeted with huge interest, amazement, continued questions about who had put it together - and a certain amount of envy.
He said: "It's very unlikely another one will ever appear on the open market. It's not just a once-in-a-lifetime chance - it's a 'once' chance."
The auctioneer admitted that keeping the collector's identity secret had contributed to the intrigue surrounding Tuesday's sale.
»

De fait, malgré nos demandes, le nom du vendeur ne fut jamais mentionné… 

Le journaliste Harry Cockburn de conclure l’article de L’Independent :
«The last time an almost complete dodo skeleton was available was in 1914, when a skeleton was sold to Cardiff Museum, which paid £350 for the remains. Summers Place Auctions estimates that would be roughly £5m today.»

Dans un second article publié quant à lui dans le County Times, West Sussex, sous la plume de Sarah Page en date du 28 août 2016, celle-ci n’hésite pas à citer Errol Fuller, lui-même, alors officiellement le Conservateur de la Vente Summer’s Place:
«Dodo skeletons are extremely rare. It is currently owned by a private collector who has bought bones from private collections and auctions for decades. He spent years adding to his collection which he started in the 1970s and it was only in the early 2000s that he realized he had enough bones to construct a skeleton. He then meticulously reassembled them to create as complete a specimen as possible.»

Quelle perspicacité, n’est-ce pas?
Sans jeu de mot, la plume m’en tombe...
En peu de lignes, voilà une version qui en dit long…
Premièrement parce qu’elle contredit les informations données par Christie’s en 2013 à l’effet qu’aucune vente d’ossements n’avait eu lieu dans le monde depuis 1934… C’était une fierté de la célèbre Salle des ventes londonienne qui s’en servit alors comme principal argument de vente !
D’où proviennent donc les ossements dont parle Errol Fuller et qui sont censés avoir été acquis méticuleusement, avec patience et dévotion dans les années 70 par ce collectionneur génial et fortuné, aujourd’hui à même de pouvoir reconstituer un dodo entier ! S’il n’y a eu aucune vente entre 1934 et 2013 selon Christies, comment prétendre que le squelette entier en vente fin 2016 ait pu faire l’objet d’achats avisés d’ossements épars lors de ventes qui n’ont donc jamais existé !

Revenons-en à Errol Fuller, qui, en l’occurrence, change de casquette et devient aujourd’hui vendeur lui-même.
Né en 1947, il s’intéresse au dodo depuis longtemps, puisque son ouvrage entièrement consacré au sujet, Dodo – From Extinction to Icon, a paru en 2002 Chez Harper Collins. Dans son ouvrage, qui possède la meilleure iconographie sur le dodo, ne figure pas le fémur qui vient de se vendre. Par contre, d’autres ossements possédés par des collections publiques sont bien présents. Pourquoi n’avoir pas montré le fémur en question en 2002, s'il en était propriétaire ? Errol Fuller n’avait en effet aucune raison de ne pas le montrer dans son livre… Or il ne le fit pas… La meilleure raison permettant logiquement de penser qu’il ne le présenta pas dans son livre est la plus simple… Qu’il nous suffise donc de considérer le fait que sans doute Errol Fuller n’en était pas encore propriétaire, l’ayant sans doute acquis depuis…

Julian Hume le paléontologue est un ami très proche d’Errol Fuller l’écrivain, tous deux passionnés de dodos. Ils ont écrit plusieurs livres ensemble et se connaissent très bien.

Julian Hume est un paléontologue spécialisé sur la faune des Mascareignes. En matière de dodo, il en connaît un rayon… D’ailleurs, n’était-il pas sur toutes les fouilles de la célèbre Mare-aux-Songes, de 2005 à 2011… ?
L’os vendu la semaine dernière, comme le squelette vendu en novembre 2016, comme tous les os vendus depuis 5 ans, ... est noir, il provient donc de la Mare-aux-Songes, comme tous ceux trouvés sur place à ce jour qui sont tous devenus noirs… Serait-il possible de savoir d’où, de quelle vente, M. Errol Fuller tenait-il ce fémur ? Comment l’a-t-il acquis ? A ces prix-là, nous sommes en droit de savoir.

Bien sûr, comme l’affirme pompeusement la salle des ventes, il s’agit toujours d’un os provenant de la fouille de 1865… 

Quelle mine extraordinaire cette fouille de 1865 !!!! … Effectivement, tous les os qui se vendent en Angleterre depuis 5 ans proviennent tous sans exception de cette fouille de 1865… Etrange cependant qu’il ne s’en soit vendu aucun entre 1934 et 2013…

… Mais ce qui me rend le plus triste, c’est que ce trafic ait lieu sans que le gouvernement mauricien daigne lever le petit doigt… Que fait notre haut-commissariat à Londres ? Regardera-t-il éternellement passer les plus anciennes reliques de notre pays, notre emblème national qui plus est, sans broncher, sans demander aucun compte, jamais ?
Et ce dodo entier vendu en novembre 2016, le squelette le plus complet à ce jour !... Jamais mentionné précédemment, jamais évoqué nulle part, plus complet que le plus complet des squelettes existant !!!!! 95 % … Qui dit mieux ? 

Rappelons que jusqu’à cette vente, ne sont répertoriés dans le monde que 7 squelettes reconstitués, dont on connaît l'origine pour chacun d'entre eux !...

D’un seul coup d’un seul, en veux-tu en voilà, il en pleut de partout à Londres… 
Qu’attendra-t-on donc pour mener ou diligenter une enquête sérieuse ? Pourquoi pas une commission rogatoire. De qui avons-nous donc si peur ?

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