Langue créole: un parcours encore semé d’obstacles

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Une table ronde a été organisée dans le cadre de la journée de la langue maternelle, ce mercredi 21 février.

Une table ronde a été organisée dans le cadre de la journée de la langue maternelle, ce mercredi 21 février.

Parler des avancées de la langue créole, c’est passer une série d’étapes, «inimaginables il y a 15 ans». Surmonter des blocages politiques et institutionnels, pour réaliser des actions que l’on disait, «impossibles», résume Arnaud Carpooran, Dean de la faculté de Social Sciences and Humanities à l'université de Maurice et président du Creole Speaking Union. C’était lors d’une table ronde organisée dans le cadre de la journée de la langue maternelle, ce mercredi 21 février.

Cette table ronde, tenue à la salle du conseil de la mairie de Port-Louis, avait pour thème, «50 an lindepandans, 50 an deba ek aksion an faver rekonesans lang kreol : ki bilan, ki perspektiv ?» autour de la table, outre Arnaud Carpooran, Nita Rughoonundun-Chellapermal, responsable du Kreol Unit du Mauritius Institute of Education, Alain Ah Vee de Ledikasyon Pu Travayer (LPT), Rabin Bhujun de ION News et Bruno Raya, artiste, producteur, animateur, membre de OSB Crew.

Invité à analyser les «blocages» rencontrés à l’université de Maurice -avant la conception du dictionnaire et l’inclusion des modules de créole dans le cours de français- Arnaud Carpooran affirme que, «le processus de décolonisation est encore en cours, 50 ans après l’indépendance. Cela arrive que des universitaires soient conservateurs. Ils pensent à leur pré carré, leur carrière. C’est ce que certains m’ont dit : «to pa per to karyer ? Tonn al fer doktora lafrans» Même dans ma famille on me l’a dit».

A l’inverse, Nita Rughoonundun-Chellapermal soutient n’avoir rencontré aucun obstacle au MIE. «Bien au contraire. Personne ne nous a montré comment écrire en créole, ni comment utiliser le créole dans les réunions officielles. Tou dimoun inn rant ladan simp». Cependant, elle souligne qu’une étude avait montré que «90% des universitaires étaient contre la langue créole».

LPT a 40 ans. Son objectif de départ est l’alphabétisation. Pour Alain Ah Vee, il y a toujours une confusion autour de l’action du LPT. «On pense que nous enseignons le créole, alors que, nou montre lir-ekrir». Selon lui, le langage est lié aux questions de pouvoir. Il explique qu’en même temps que certains militent en faveur du créole, il y a aussi un discours selon lequel maitriser l’anglais et le français constituent un avantage social. «Le créole est né au temps de l’esclavage, qui est l’absence totale de pouvoir. Nous sommes maintenant dans un système d’esclavage économique

Pour sa part, le journaliste Rabin Bhujun estime que l’arrivée des radios privées a joué un rôle majeur dans l’avancée du créole. «Cela correspond à une plus grande utilisation de la langue dans les médias mainstream.» Il estime que les annonceurs dirigent dans une certaine mesure la manière dont le créole est utilisé dans les médias. Exemple : l’utilisation de l’accent aigu, au nom de la compréhension du lecteur. Alors que cela ne figure pas dans la graphie officielle. «Le rôle des médias passe par la propagation de la forme standard du créole».

Enfin, l’artiste Bruno Raya a fait sourire et rire l’assistance en comparant le ghetto créole- le langage de son quartier, Plaisance, Rose-Hill- avec le «queen créole», la version embourgeoisée. Il dit noter avec satisfaction que des hommes politiques, qui sont contre l’entrée du créole au Parlement par exemple, adopte ce langage dès qu’il s’agit de haranguer les foules.                   

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