Danny Philippe: «L’écart qui se creuse encore plus entre les riches et les pauvres ne m’étonne pas»

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Danny Philippe, travailleur social

Danny Philippe, travailleur social.

On célèbre ce mardi 20 février la Journée mondiale de la justice sociale. Danny Philippe, travailleur social, évoque l'inégalité de développement à Maurice.

Quel est votre constat en ce qui concerne la justice sociale à Maurice ?

Il y a certaines choses qui ont été faites pour qu’il y ait plus de justice sociale, mais il reste encore beaucoup d’efforts à déployer, notamment en ce qui concerne la pauvreté. Les derniers événements de ce début d’année nous ont montré des facettes de notre système qui ne sont pas correctes, comme cette manière de donner quelque chose aux gens, mais avec une attitude «akoz ki a fer» ou encore mal leur parler.

Il y a aussi les longères qui ont été construites à Baie-du-Tombeau depuis le cyclone Hollanda pour héberger les familles sinistrées et elles y sont toujours. Comment se fait-il que tous les gouvernements successifs depuis 1994 n’ont pas jugé important de donner un logement décent à ces personnes ?

Ce genre d’inégalités se voit aussi dans le développement des régions et des quartiers du pays : des smarts cities et des villas sont construites dans certains alors que d’autres restent dans l’extrême pauvreté.

«Il y a, par exemple, les logements sociaux qui ont été créés sans prendre en considération les gens qui vont y vivre.»

Qu’est-ce qui pourrait apporter plus de justice sociale, selon vous ?

Il faut qu’il puisse y avoir un dialogue entre les stakeholders et la société civile afin qu’il y ait davantage de justice sociale. Ce qu’on constate c’est que souvent un petit groupe de personnes prend des décisions et les impose aux autres.

Il y a, par exemple, les logements sociaux qui ont été créés sans prendre en considération les gens qui vont y vivre. La Valette est un exemple concret : les résidents n’ont toujours pas de contrat qui leur permettrait de faire des travaux et d’agrandir leur maison alors que leurs enfants grandissent et que leur espace de vie diminue.

Quand je vois le développement qui se fait à l’intention des riches et celui qui se fait pour les pauvres ou même les gens de la classe moyenne, l’écart qui se creuse encore plus entre les deux ne m’étonne pas.

«Ce n’est qu’après le début des travaux à la promenade Roland Armand qu’un ministre vient montrer les alternatives qui s’étaient présentées.»

Comment peut-on agir pour inverser cette tendance ?

Il faut penser au développement pour tous, pas pour un seul groupe de personnes : les smart cities, ce ne sont pas les familles pauvres qui vont en profiter, leurs moyens ne le leur permettent pas. Elles ne peuvent même pas choisir ce qu’elles vont manger, certaines ne sont jamais allées au Caudan ni dans un centre commercial.

À ces gens-là, il faut offrir les facilités de base, comme l’accès aux services de santé, les loisirs près de chez eux. Il faut aussi que le gouvernement cesse de ne communiquer que quand cela l’arrange et de tenter de faire passer cela pour un dialogue. Par exemple, on apprend dans la presse étrangère qu’Agalega est appelé à devenir une base militaire indienne alors qu’on affirme le contraire à Maurice. Autre exemple, ce n’est qu’après le début des travaux à la promenade Roland Armand qu’un ministre vient montrer les alternatives qui s’étaient présentées.

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