#50ansMoris: le gandia jadis légal à Maurice

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Le 10 novembre 1983, l’express consacre pas moins de trois articles à des arrestations pour possession de cannabis.

Le 10 novembre 1983, l’express consacre pas moins de trois articles à des arrestations pour possession de cannabis.

Premières médiatisations

Fin des années 1983. Les articles parlant de gandia sont de plus en plus présents dans la presse. Le 10 novembre 1983, l’express consacre pas moins de trois articles à des arrestations pour possession de cannabis. À l’époque, c’était la brigade des moeurs qui arrêtait les drogués. Et, les journaux ne publiaient que des brèves çà et là, mentionnant uniquement des arrestations.

Le 27 décembre 1985, avec la soumission du rapport du Select Committee sur la drogue, présidé par Madan Dulloo, le traitement des affaires de drogue prend une autre ampleur. Le rapport indique que Maurice produit 80 % de sa consommation de gandia. Le reste est importé de La Réunion, de l’Afrique de l’Est et de l’Inde. Mais il ne faut pas croire que ceux qui cultivent le gandia n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins de toute la population. «Le gandia de qualité supérieure, produit à Maurice est exporté, soit à travers des touristes de passage au pays, ou sur des bateaux en rade de Port-Louis. Les recettes obtenues de ce trafic sont en devises», précise le document.

La culture de gandia à Maurice était alors en pleine expansion. Sur les six premiers mois de l’année 1985, la police procède à la saisie 49 942 plants, tandis que l’année précédente, elle en avait saisi 59 096. Mais quelques années plus tôt, soit en 1982, le chiffre était de 4 562. Face à l’ampleur de la situation, le Select Committee est mis en place.

Si les délits mineurs associés au gandia ne sont pas tout le temps rapportés dans le journal, les choses vont changer en 1986. «Nous avions classé les drogues en trois catégories : les drogues douces, les drogues dures et les psychotropes et aucune n’était tolérée», souligne Madan Dulloo.

En 1986, l’affaire Amsterdam Boys éclate. Parler du fléau de la drogue devient une nécessité. Petit à petit, l’on se rend compte de l’étendue des dégâts liés au brown sugar et à l’héroïne. Le 24 mai 1986, la police procède à une saisie record pour l’époque. 5,5 kg de gandia de premier grade, appelé «jatta», sont découverts à Vallée- des-Prêtres. La valeur de la marchandise est estimée à Rs 500 000, soit, Rs 90 le gramme. Aujourd’hui, le prix oscille entre Rs 2 000 et Rs 3 000. Le même jour, la police fait une autre saisie. Elle intercepte 500 g d’héroïne, qui se vendait alors à Rs 300 le gramme. Quelques jours après, la même valeur de gandia est saisie dans le sud de l’île.

Le fléau de la drogue prend de plus en plus d’ampleur. Et le Premier ministre de l’époque, sir Anerood Jugnauth, cède aux pressions des backbenchers du MSM et instaure la commission Rault. La conclusion de ses recherches : «Gandia is easy to cultivate in Mauritius and grows almost anywhere. One enterprising producer even tried to make it grow on the Coin de Mire.» Ce qui témoigne de la demande…

Que dit la loi ?

«Lorsque les travailleurs engagés sont arrivés à Maurice, ils sont venus avec leurs graines de cannabis, car la consommation est traditionnelle», explique Selven Govinden, porte-parole du groupe Cannabis Legalization and Informative Movement. C’était en 1834. Mais la consommation n’est pas légale à Maurice. En août 2016, Danielle Selvon avait déposé un document devant la commission d’enquête sur la drogue. Selon ses recherches, il a fallu attendre 1883 pour que les autorités britanniques changent de tactique et légalisent l’importation et la vente aux consommateurs sur ordonnance. La raison évoquée est que «the operation of the law hitherto prohibiting the importation and sale of Gandia has not been satisfactory; and it is considered expedient to authorise the importation and sale of the said drug under certain conditions». Les consommateurs peuvent s’en procurer librement dans les échoppes, sans pour autant avoir le droit d’en cultiver, histoire de ne pas faire de concurrence à la canne à sucre.

L’importation se fait de la Grande-Bretagne et de l’Inde. À Maurice, le produit est pesé par les douaniers et une taxe y est associée. De plus, le cannabis n’est pas seulement utilisé pour la consommation, mais sert aussi à fabriquer des tissus. Les consommateurs ont pu fumer à l’aise jusqu’en 1934. Les Britanniques interdisent une nouvelle fois l’importation et la consommation. Mais la raison est loin d’être sanitaire. Danielle Selvon explique qu’à cette époque, le développement industriel et les lobbys ont finalement eu raison de la production de cannabis. En 1925, un traité international l’interdit. La Dangerous Drugs Ordinance de 1934 scelle le destin du cannabis à Maurice. Il a fallu attendre 1986 pour que le sujet revienne sur le devant de la scène. Suivant les saisies de plus en plus médiatisées, le Dangerous Drugs Bill est voté en juin 1986. À ce jour, le cannabis est toujours considéré comme une drogue dangereuse.

L’importation

Les défenseurs du cannabis ne cessent de le répéter : il y a plusieurs types de cannabis. «Le cannabis médical, par exemple, ne procure pas d’intoxication et est très efficace pour soigner plusieurs maladies, dont l’épilepsie», explique Kunal Naik du Collectif urgence toxida. Mais les autorités ne fléchissent pas. Ce n’est pas pour autant que l’importation est interdite.

Certes, l’ordonnance de 1934 et la loi contre les drogues empêchent l’importation. «Pourtant, en dépit de son interdiction sous le DDA, le Cannabis sativa L est mentionné dans nos tarifs douaniers 34, comme cela se fait à l’international pour le chanvre industriel. Et le ‘hemp’ est mentionné par Enterprise Mauritius dans une brochure qu’elle distribue pour vanter les produits de notre industrie textile dans les foires internationales, comme cela a été fait en mars de cette année (NdlR, 2016) en Afrique du Sud», a fait ressortir Danielle Selvon, au Parlement, en août 2016. La députée avait même posé une question à sir Anerood Jugnauth, mais ce dernier avait nié les faits toujours présents sur le site de la MRA, 84 ans après l’interdiction.

Les chiffres

Entre 1990 et 2002, les offenses enregistrées sous la Dangerous Drugs Act par rapport au gandia augmentent de 135 %, passant de 541 cas à 1 273 cas enregistrés par la police. Pour la même période, les offenses en rapport avec l’héroïne font un bond de 500 %, passant de 292 à 1 675 cas. En 2012, le nombre de délits liés au gandia passe à 2 340, la majeure partie étant pour la possession, alors que les cas impliquant les importateurs, revendeurs et consommateurs d’héroïne se chiffrent à 448. En 2016, 1 920 cas de cannabis sont enregistrés par la police tandis que les arrestations liées à l’héroïne sont au nombre de 843. Depuis le début de l’année, l’ADSU a arraché 157 plants de gandia et ont saisi 1,5 kg de cette drogue. Mais un des plus gros coups de l’ADSU reste les 1 700 plants, d’une valeur de Rs 18 millions, et les 54,5 kg de gandia découverts l’année dernière.

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