Me Razack Peeroo: «Le respect des valeurs citoyennes se fait rare»

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Me Razack Peeroo, SC, ancien ministre et ancien speaker de l’Assemblée nationale.

Me Razack Peeroo, SC, ancien ministre et ancien speaker de l’Assemblée nationale.

Le chef de l’étude A.R.M.A. Peeroo parle avec la même franchise qu’on lui a toujours connue. Le politiquement correct, c’est le cadet de ses soucis quand il donne son avis. L’ancien ministre dit le fond de sa pensée, comme il estime devoir le faire.

«J’ai peur pour l’avenir», dit-il sur le ton de la confidence. Razack Peeroo est-il pessimiste ? «Non, je suis tout simplement réaliste. Maurice a connu le développement, certes. Mais sur des questions fondamentales, nous avons reculé.» L’homme de loi regrette que le vivreensemble d’antan disparaît. «Aujourd’hui, il y a moins de courtoisie et moins de solidarité. Le Mauricien ne sourit plus. Tout le monde est tout le temps pressé», poursuit-il.

Razack Peeroo trouve dramatique que 50 ans après l’Indépendance du pays, il n’y a pas un art de vivre mauricien. «Le respect des valeurs citoyennes se fait rare et les composantes de la nation mauricienne sont ellesmêmes subdivisées. Aujourd’hui, il semble que nous perdons le sens du bien commun», constate l’homme de loi.

Quelle est la cause de tous ces maux ? «C’est la perte des valeurs morales sous la pression du besoin de la réussite à tout prix», affirme le Senior Counsel. «Aujourd’hui, l’intérêt individuel prime sur tout. On veut tous être un winner, quitte à prendre des raccourcis pour y arriver.»

L’ancien speaker trouve que c’est notre système d’éducation, avec le Certificate of Primary Education et ses corollaires, qui ont engendré cette mentalité. «Combien c’est déplorable de voir que pour faire admettre son enfant dans une star school, un parent fournit une fausse adresse et apprend à son enfant à mentir dès son plus jeune âge», regrette notre interlocuteur. «Plus tard, c’est la course vers un bon collège et un bon rang aux examens avec, en ligne de mire, l’obtention d’une bourse d’étude afin de devenir un professionnel.»

Venir en aide aux défavorisés

Comme tout le monde ne peut être gagnant, il y a beaucoup de perdants, estime l’ancien ministre. Et c’est justement le sort de ceux qui sont laissés en bordure de route qui a poussé Razack Peeroo à s’engager en politique. «Avant de partir à Londres pour mes études, j’ai été enseignant dans un collège privé. Quand j’ai vu les humiliations subies par les enfants défavorisés, je me suis dit qu’à mon retour, je m’engagerai pour leur venir en aide.»

C’est ainsi qu’à peine deux ans après son retour au pays, Razack Peeroo est candidat du Parti travailliste (PTr) dans la circonscription no15 (La Caverne-Phoenix) aux élections générales de 1976. Il se fait élire aux côtes de Kailash Purryag et Iswardeo Seetaram. Le destin a voulu que ces trois députés soient plus tard élus, à des moments différents, président de l’Assemblée nationale.

En 1979, Razack Peeroo est nommé ministre du Travail. Il assume ces fonctions jusqu’en 1982, quand le gouvernement sortant est balayé par le premier 60-0 de l’histoire. L’ancien ministre prend du recul et se concentre sur sa profession. Il revient en politique en 1989, à la demande de sir Satcam Boolell, qui avait, entre-temps pris, la direction du PTr.

Aux élections générales de 1991, le candidat rouge au no15 est battu. Cependant, il entre au Parlement comme député correctif et devient le Whip de l’opposition. Quand le PTr, en alliance avec le Mouvement militant mauricien, remporte les élections de 1995, l’élu Razack Peeroo devient Attorney General et ministre de la Justice.

Par la suite, l’homme de loi prend à nouveau ses distances de la politique active. C’est en 2012 qu’il est désigné pour succéder à son ancien colistier Kailash Purryag à la présidence de l’Assemblée nationale. Il y restera jusqu’en 2014.

À 72 ans, l’ancien speaker ne fera plus de politique active. «Je reste un travailliste, mais je n’irai pas faire de réunions. J’ai le sentiment d’avoir bien servi mon pays et demeure un observateur bien ancré dans la population, toujours à l’écoute des compatriotes.»

Son parcours

1972 – Termine ses études de droit à Londres ;
1974 – Intègre le barreau mauricien ;
1975 – Commissaire à la municipalité de Vacoas-Phoenix ;
1976 – Élu dans la circonscription no15 ;
1979-1982 – Ministre du Travail ;
1991-1995 – Député correctif et Whip de l’opposition ;
1995-2000 – Attorney General & ministre de la Justice ;
2012-2014 – speaker ;
2012 – Président du SADC Parliamentary Forum.

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