#50ansMoris: les jeux dans le sang…

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Les Mauriciens ont de tout temps été friands des jeux de hasard et d’argent, cela même avant l’indépendance.

Les Mauriciens ont de tout temps été friands des jeux de hasard et d’argent, cela même avant l’indépendance.

«Misez toujours au Pool Joseph Merven et gagnez une fortune.» Le message publicitaire de cette compagnie paru dans l’express du 16 février 1968 est incitatif. Deux pages plus loin, A-1 Pools Ltd lui donne la réplique. «Les fonds du samedi 10 février étaient de Rs 5 123.» Toujours dans le journal du 16 février, la publicité de «Vernons» fait état d’une cagnotte de 300 000 livres sterling au «pool». Il y a de quoi faire tourner les têtes.

«Vernons», «Zetters» ou encore «Littlewoods». Les pools ont marqué plusieurs générations. Tout comme les loteries, qui étaient l’espoir des Mauriciens pour toucher une grosse somme d’argent. Le «billet vert», la loterie «Poupard» et le «Badinaz Merven» font désormais partie de notre patrimoine.

Tout comme la passion du thé, il semble que les paris et les jeux d’argent soient des héritages britanniques. Beaucoup d’entre eux ont été introduits avant l’Indépendance. Le «Badinaz Merven» est l’une des plus anciennes loteries, datant de 1920. Tout commence quand Joseph Merven est appelé à restructurer le Pari mutuel du Mauritius Turf Club, en 1915. Son travail l’emmène en Inde pour offrir ses connaissances à la société indienne qui organise les courses de chevaux. En Asie, il a l’idée de lancer une «sweepstakers», le «Badinaz Merven», une loterie basée sur les résultats d’une activité sportive.

Le premier tirage de la loterie verte a lieu au Champ-de-Mars, un 13 avril 1940.

Quelques années plus tard, cette loterie a une concurrente. En 1929, la loterie «Poupard», avec le même principe de jeu, arrive sur le marché. Pendant pratiquement 90 ans, les deux loteries évoluent côte à côte contre vents et marées. «Le Badinaz Merven a été très populaire. D’ailleurs, il est toujours populaire, malgré les difficultés car nous avons beaucoup souffert avec l’arrivé du loto. Il a fallu évoluer», déclare France Merven, le directeur général de Merven Frères Ltée, qui gère cette loterie. En dépit de l’introduction du loto, la société a voulu garder une tradition familiale.

Cependant, avant l’arrivée de Lottotech sur le marché mauricien, ces deux loteries font face à un autre concurrent, le «billet vert». Il faut un plan d’aide pour les anciens combattants, les exservicemen. L’argent récolté par la vente de cette loterie est destiné aux anciens soldats. Le premier tirage a lieu au Champ-de-Mars, un 13 avril 1940. Une somme de Rs 10 000 est offerte au gagnant du premier lot, tandis que le 2e prix s’élève à Rs 7 000. 80 000 billets sont imprimés pour le lancement de cette loterie. En 1968, elle en est à dix tirages par année. Le billet est vendu à 25 sous.

Au fil des ans, le montant du premier lot connaît des hausses successives. «Depuis 2016, nous accordons davantage de prix à nos clients. De plus, s’il n’y a pas de gagnant du premier lot pendant deux tirages consécutifs, nous sommes certains qu’il y aura un gagnant au troisième tirage», explique Oopmanew Chumun, le secrétaire de la Government Lotteries.

Et les «pools» dans tout cela ? Plusieurs compagnies proposent aux Mauriciens de miser sur des matches football, en choisissant plusieurs permutations, avant l’Indépendance. Cependant, elles cessent leurs activités, sauf la société Pool Joseph Merven Ltée, incorporée au début des années 60 par Roland Merven. Au début, la société est plutôt centrée sur les courses de chevaux, contrairement à ses concurrents. En 1962, elle devient l’agent de «Zetters» pendant plusieurs années, ensuite de «Vernons» et de «Littewoods» après l’achat de ces sociétés qui s’est terminé par une fusion en une unique compagnie de pools, Football Pools, toujours représentée par Pool Joseph Merven Ltée.

Pendant de nombreuses années, les pools ont été l’occasion pour des Mauriciens de gagner un peu d’argent. Chez Pool Joseph Merven Ltée, l’on se souvient des millionnaires. Un Mauricien a touché la somme de Rs 15 millions dans les années 90 et, en 2000, un autre a mis la main sur Rs 10 millions.

Vassen Rengasamy, un as de la loterie et des pools

Vassen Rengasamy a connu la belle époque des «pools» et du billet vert.

«Mo inn bien pik poul.» À 71 ans , Vassen Rengasamy a connu la belle époque des «pools» et du billet vert. «Ti pé zwé Vernons ek mark set draw. Inn bien zwé. Mo ti éna 25-an kan mo inn koumans zwé.» Même si de temps en temps, il prend du plaisir à joueur au «pool », il rate rarement l’occasion d’acheter les billets verts de la Government Lotteries, que ce soit en groupe ou à lui tout seul.

Combien joue-t-il ? «Tout dépend comment je joue. Quelquefois, cela peut varier entre Rs 100 et Rs 500», dit-il. En dépit du fait que Vassen Rengasamy n’a jamais remporté de jackpot, il n’a en aucun cas perdu espoir. «J’ai gagné de petites sommes, mais c’est plutôt une passion pour moi», dit-il.

Le septuagénaire a connu cette période quand les Mauriciens achetaient un journal uniquement pour consulter les résultats des matchs de football britanniques, pour vérifier s’ils avaient coché les bonnes cases. «C’était une autre époque. Un Mauricien qui gagnait aux pools était souvent dans les journaux», se remémore-t-il.

Le jackpot pour le loto

L’arrivée du loto en 2009 a eu un impact sur leurs activités.

Les différents entrepreneurs (loteries) sont unanimes. L’arrivée du loto en 2009 a eu un impact sur leurs activités. Beaucoup de Mauriciens jouer au loto qu’à la loterie. D’après la dernière étude effectuée en 2017 par Lottotech Ltd, 67 % de la population adulte dépense en moyenne Rs 60 chaque semaine au loto.

À part le loto, Lottotech avait aussi proposé des cartes à gratter qui avaient connu un engouement. Toutefois, avec l’arrivée du gouvernement, MSM-PMSD-ML au pouvoir en 2014, le ministre des Finances a banni les cartes à gratter. «Nation zougader!» C’est en ces termes que l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, avait qualifié les Mauriciens qui aimaient les jeux de hasard et d’argent.

Quelques chiffres

Les maisons de jeux et les casinos ont payé Rs 706 millions de taxe en 2017.

Lottotech a versé la somme de Rs 4 milliards au Consolidated Fund depuis son lancement en 2009. La compagnie a également remis au National Solidarity Fund un montant de Rs 300 millions. Cet argent représente le montant de gains non réclamés. Les loteries et les pools ont rapporté respectivement Rs 242 millions et Rs 3 millions à l’État en termes de taxes.

Au total, le gouvernement a encaissé Rs 1,8 milliard de taxe sur les différents jeux d’argent en 2017. En effet, la taxe sur les paris (football et courses de chevaux) ont rapporté Rs 937 millions, comprenant les Rs 3 millions des pools. Les maisons de jeux et les casinos ont contribué pour Rs 706 millions. En 2016, la taxe sur les jeux a rapporté un total de Rs 1,9 milliard.

Coronation: faiseur de millionnaires

Sur la photo de droite, on reconnaît le fondateur de Coronation, Shivduth Moher (au milieu), entre ses frères Vidya et Ram Moher.

Plus de 300 millionnaires. Le vendeur du fameux billet vert de la Government Lotteries, Coronation, est réputé pour avoir vendu le plus grand nombre de tickets gagnants. «Non, je ne dis pas que nous sommes des faiseurs de millionnaires, mais c’est vrai que nous avons vendu beaucoup de billets du premier lot», nous dit Satish Moher, un des gérants de Coronation, assis sur un tabouret au marché central de Port-Louis.

Un peu tard, son frère, Varun Moher, nous donne le chiffre. «Cela fait six ans que nous avons cessé de compter. Plus de 300 personnes qui ont acheté leurs tickets chez nous sont des millionnaires», dit-il. Coronation écoule 54 % des 3 millions de billets émis par la Government Lotteries. Le nombre restant est vendu par d’autres détaillants à travers l’île.

Ce vendeur de loteries a toute une histoire. La première échoppe a été aménagée par Shivduth Moher. Pourquoi donc Coronation ? «C’était peu de temps après le couronnement de la reine Elizabeth II en 1952. C’est pour cette raison qu’on s’appelle Coronation», explique simplement Satish Moher.

Bien plus tard, à la fin des années 70, les trois fils du fondateur, Satish, Varun et Shrad, prennent la relève. «Il fallait relancer l’entreprise. Une deuxième échoppe est ouverte, toujours au marché de Port-Louis», ajoute Satish Moher. Petit à petit, l’entreprise familiale s’est bâti une réputation. Des joueurs de différents coins de Maurice venaient à Port-Louis pour acheter leurs billets verts chez Coronation afin d’augmenter leur chance de devenir millionnaire.

L’entreprise était florissante. Pour satisfaire la demande du public, les frères Moher devaient faire l’acquisition de huit véhicules pour vendre des billets dans différentes régions du pays, évitant ainsi à beaucoup de leurs clients de se déplacer à Port-Louis. Il a eu également une échoppe à Curepipe. «Les billets étaient épuisés deux à trois semaines après leur mise sur le marché», se rappelle-t-il.

Malheureusement, cette période est révolue. Le nombre d’échoppes mobiles a été réduit de moitié. Cependant, Coronation jouit toujours d’une bonne réputation. Des inconditionnels du billet vert continuent à se rendre chez ce revendeur, avec le rêve de devenir millionnaire…

À la Une de «l’express» de ce vendredi 16 février 1968.

Rs 35 000 ont été versées à la Croix Rouge par la Chambre de commerce et d’industrie, l’Association des banques et l’Association des producteurs sucriers pour venir en aide aux réfugiés. Un autre titre, le paquebot «Andes» est arrivé à Port-Louis. Une image qui peut choquer : «l’express» publie la photo des posters de femmes aux seins nues placardés dans la cabine du sous-marin «Warspite», en escale à Maurice.

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Retour dans l’histoire. Que s’est-il passé dans l’année 1968, année durant laquelle le pays a accédé à l’indépendance ? Quelle évolution depuis ce temps ? Nous vous proposons une série d’articles et de photos en marge des 50 ans d’indépendance de Maurice.

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