Comment une écolière s’est retrouvée la tête coincée dans des barreaux

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«Ma fille allait sauter du balcon de l’école et personne n’a jugé bon de me prévenir !» s’écrie Diana.

«Ma fille allait sauter du balcon de l’école et personne n’a jugé bon de me prévenir !» s’écrie Diana.

Elle en tremble encore. Il en aurait fallu de peu pour qu’elle perde sa fille, lâche Diana, encore sous le choc. La petite Gaëlle (prénom d’emprunt), âgée de 9 ans, aurait tenté de se «suicider» lundi 12 février, alors qu’elle se trouvait à l’école.

Qu’est-ce qui lui est donc passé par la tête ? Était-ce un appel à l’aide ? La petite a-t-elle voulu attirer l’attention ? Les suppositions vont bon train dans les milieux concernés. Ce qui est sûr, c’est que Gaëlle a eu la tête coincée dans les barreaux de la main-courante des escaliers. Candide, l’écolière qui est en Grade 5 lâche: «Mo’nn rod zeté...»

Comment tout s’est déroulé

La tête penchée, un sourire embarrassé sur les lèvres, la petite hésite. Finit par murmurer qu’elle a été rabrouée brutalement par son institutrice. «On était en classe d’ICT. Mon ordinateur s’est éteint. J’ai demandé à ma Miss si elle pouvait le rallumer pour moi», dit-elle.
Sa Miss l’a-t-elle fait ? Non, aux dires de Gaëlle. «Li’nn dir mwa si mo pa konn alim mo zafer momem. Li’nn dir mwa si mo sourd, mo pa tandé...» Une réprimande que la fillette a eu du mal à supporter. D’autant que sa Miss ne l’aime pas, elle en est persuadée. «Kan mo rant dan so klas, li get mwa traver Miss-la…»

Le drame

Alors, Gaëlle a demandé la permission de sortir de classe. Expliquant avoir prétexté qu’elle devait se rendre aux toilettes. «Mo’nn sorti dan klas mo’nn rant dan leskalié ek mo latet inn kwinsé.»

Précisant, «mo’nn rant ladan akoz mo Miss inn kriyé ek mwa». De toute façon, clame Gaëlle, avec défiance, elle n’aime pas son école. «Personn pa koz ek mwa.»

Agressée par d’autres élèves

Serait-ce parce qu’en 2016, la fillette aurait été agressée par cinq camarades de classe ? À l’époque, la même enseignante avait été impliquée. Elle aurait laissé les enfants sans surveillance.

La mère de Gaëlle dit, elle, croire en ce que lui dit sa fille. «Elle n’irait pas inventer pareille histoire.» De faire ressortir que la petite «n’a jamais eu un tel comportement depuis cinq ans qu’elle fréquente cet établissement». Diana révèle avoir retrouvé la petite en pleurs lorsqu’elle est venue la voir à l’école à midi, comme elle le fait chaque jour.

«Kan mo’nn al get li, li ti pé ploré, li’nn dir mwa so Miss inn kriy ek li. Elle a eu honte devant ses camarades de classe.» Une question trotte dans la tête de cette mère de famille. «Ki ti pou ariv mo zanfan si pa ti éna sa bann baro-la ?» Elle est d’autant plus remontée que personne ne l’a alertée après «l’incident». «Ma fille allait sauter du balcon de l’école et personne n’a jugé bon de me prévenir !»

«Ma fille allait sauter du balcon de l’école et personne n’a jugé bon de me prévenir !» s’écrie Diana.

Dupée au poste de police

Après que Gaëlle lui a avoué ce qui s’était passé, Diana dit s’être immédiatement rendue dans le bureau du maître d’école. Ce dernier n’avait pas été informé de l’incident. La mère s’est, par la suite, dirigée vers le poste de police de la localité pour y faire une déposition. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu.

Sur place, relate Diana, l’officier de service lui aurait demandé de signer un document, stipulant qu’elle annulait la plainte qu’elle avait faite en 2016 quand sa fille avait été agressée. «Comme je ne sais pas lire, l’officier m’a, entre autres, expliqué que c’était pour dire que j’acceptais de mettre fin à l’affaire de 2016 et que j’acceptais de dire que ma fille et les quatre ou cinq autres enfants qui l’avaient agressée sont devenus amis. Li’nn dir mwa pa traka éna enn bout li pou met manti manti ladan», affirme Diana.

Elle accepte de signer. Or, l’officier n’enregistrera pas sa déposition. Au contraire, il l’accompagnera à l’école de sa fille pour y rencontrer le maître d’école et l’enseignante. «Zot inn fer mwa res déor ek mo tifi. Misié lapolis-la inn rant dan enn klas avek bann profeser ek met dékol pou kozé.» À l’issue de cet aparté, Diana avance que le maître d’école lui aurait dit qu’il demanderait à l’enseignante de lui présenter ses excuses.

Travailleuse sociale et CDU

Des excuses, toutefois, Diana n’en veut pas. «J’ai refusé car si ma fille était morte, cela n’aurait rien changé !» insiste-t-elle. La jeune femme ne comprend pas non plus pourquoi la police a refusé de prendre sa déposition lorsqu’elle s’est rendue au poste. Elle veut également savoir de quoi le policier et le maître d’école ont discuté et pourquoi elle ne pouvait y assister.

Comme personne ne semblait vouloir prendre ce cas au sérieux, Diana a fini par solliciter l’aide d’une travailleuse sociale de la localité. L’officier de police, poursuit-elle, lui aurait demandé de se rendre à la Child Development Unit (CDU), sans enregistrer sa déposition. Ce n’est que tard dans la soirée de lundi qu’elle a finalement pu porter plainte.

Dans un premier temps, les policiers en poste lundi soir ont démenti le fait que leur collègue a refusé d’enregistrer la plainte de Diana. Faisant comprendre qu’il fallait que la CDU soit mise au courant au préalable. Ajoutant, par ailleurs, qu’ils venaient de prendre leur service et qu’ils ne pouvaient répondre à la place de leur collègue.

Du côté du ministère de l’Éducation, une source autorisée a indiqué, dans la soirée de lundi, que l’incident n’avait pas encore été rapporté mais que le nécessaire serait fait pour connaître les circonstances entourant cette affaire.

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