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Situation dans les shelters: une prise en charge inadéquate

13 février 2018, 20:37

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Situation dans les shelters: une prise en charge inadéquate

Situation critique. Dans les shelters, la révolte des pensionnaires est chose commune. Rien que le week-end du 10 et 11 février, celui de La Colombe a été saccagé. Comment expliquer ces révoltes ? D’abord, l’approche pédagogique utilisée pour aider les enfants «beyond control» fait sourciller. Selon le responsable d’une organisation non gouvernementale (ONG), qui a souhaité garder l’anonymat, l’approche utilisée avec ces enfants laisserait à désirer. «Les enfants qui vont dans ces shelters ont vécu des choses tragiques. Certaines sont enceintes de leur père, d’autres ont été violées par des hommes de 40 ou 50 ans leur aîné», confie le responsable de l’ONG. De fustiger : «Un psychologue les voit 15 minutes par semaine pour leur dire de ‘fer bon zanfan’. Ce n’est pas un accompagnement ça.» 

Selon lui, il est tout à fait normal que ces enfants ayant vécu des choses «inimaginables» aient un caractère atypique. Le responsable de l’ONG dénonce, dans la foulée, le fait que des adolescents sont envoyés à l’hôpital psychiatrique Brown-Séquard à tout va. Sans oublier les calmants «forts» qu’on leur prescrit. 

Mais selon un Fact-Finding Committee datant de 2015, le problème serait la surpopulation des shelters. Notamment à La Colombe, foyer fondé en 2008 et géré par l’État. D’une superficie de 975 m², il accueillait jusqu’à 130 enfants et adolescents, d’un à 17 ans. Si aujourd’hui cet abri accommode une cinquantaine d’enfants pour une capacité de 61 lits, ce nombre est toujours jugé trop élevé. «Il faut créer de petites unités avec 14 à 15 adolescents, au maximum, pour une meilleure prise en charge», indique Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children. 

Ses propos sont rejoints par la responsable d’un foyer à Port-Louis. «Nous pouvons accueillir 36 enfants et avons 17 carers. Il ne faut pas emprisonner les enfants. Ils ont besoin d’un espace adéquat. Au cas contraire, ils peuvent se rebeller.» D’ailleurs, l’étroitesse des chambres et des couloirs des foyers avait été discutée par le FactFinding Committee. 

À ce jour, il nous revient qu’il n’y a pas de règlement concernant la construction des shelters. Par exemple, certains disposent de lits individuels, alors que d’autres proposent des chambres partagées. Plusieurs foyers n’ont pas d’espace extérieur et n’autorisent pas de sortie aux pensionnaires, avancent certains gestionnaires. 

«On avait commencé par une petite maison. Après, on a augmenté la capacité et aménagé un jardin ainsi que d’autres facilités pour que les enfants se sentent bien et à l’aise. De ce fait, ils peuvent bouger aisément et être éduqués. Il serait peut-être temps d’avoir des normes communes pour certaines infrastructures, comme l’espace extérieur», soutient Sheela Baguant, présidente du Shelter for Women and Children in Distress Trust, qui encadre 31 enfants. 

Par ailleurs, le ratio du personnel est aussi décrié. Le Fact-Finding Committee a noté un nombre insuffisant de personnel dans les abris, comme à La Colombe (avec un superviseur pour 15 jeunes) et à La Cigogne (qui disposait d’un seul employé pour une douzaine d’enfants, dont un sujet à handicap). 

À une question sur la réglementation, Rita Venkatasawmy appelle à la concrétisation du Children’s Bill. Car même si la Convention des droits des enfants a été ratifiée, il n’a pas force de loi.

Des consultations à l’agenda

Comment mieux utiliser les partenariats pour contrer les abus sexuels contre les enfants ? Et que faire pour améliorer les interventions et apprendre de l’expertise des autres ? Les 14, 21 et 28 février 2018, ces questions seront largement débattues au bureau de l’Ombudsperson. L’instance organise trois séances de consultation, de 13 heures à 15 heures. La prévention des abus sexuels ainsi que la réhabilitation seront au centre des échanges. Suivant ces sessions, des recommandations seront faites aux autorités concernées.