Lauréats des années 1950-1960: que sont-ils devenus ?

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Ambiance au RCPL après la proclamation des résultats, le lundi 5 février.

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Pierre Dinan en 1956

Élève au collège du Saint-Esprit, Pierre Dinan (photo) devient lauréat en 1956. «J’étais classé ex aequo dans la filière classique avec un autre garçon du collège Royal de Curepipe, qui se nommait Margéot», se souvient-il. Pierre Dinan avait commencé à travailler comme enseignant au sein de son collège quand il décroche la bourse. Destination : l’Angleterre, pour des études en économie, matière qu’il n’avait jamais apprise sur les bancs de l’école.

À l’époque, précise-t-il, la filière classique comprenait principalement l’anglais, le français, le latin, le General Paper et les mathématiques en subsidiaire. Pierre Dinan s’embarque alors pour cette filière inconnue, en 1958, à la London School of Economics. Il effectue trois années universitaires et trois autres de pratique.

Rentrant à Maurice en 1964, il travaille à la Mauritius Agricultural Bank. «Cette instance avait été créée pour financer la culture, notamment celle de la canne. C’était une période où on venait de subir les cyclones Carol et Alix. J’étais nommé Investment Officer», confie l’économiste. En 1967, Pierre Dinan est employé par la Chambre d’agriculture. Il se charge surtout du département de l’économie et des finances.

Après huit ans, le lauréat intègre la West East Ltd, «la plus grosse entreprise sucrière de Maurice, comprenant Médine et Fuel». Puis, en 1985, il devient partenaire au sein de la firme De Chazal Du Mée. En 1992, le département offshore y voit le jour. Notre interlocuteur s’en occupera en sus de l’économie. Et en 2005, Pierre Dinan prend sa retraite, tout en restant actif dans ses analyses économiques dans les médias.

Surendra Bissoondoyal en 1957

«Il n’y avait pas de télé à l’époque. Les résultats sont arrivés au collège. C’était la joie», raconte Surendra Bissoondoyal (photo), lauréat du collège Royal de Port-Louis en 1957. Se distinguant du côté moderne, il met le cap sur l’Angleterre pour des études de médecine.

«En 1958, j’avais embarqué sur un navire en même temps que Pierre Dinan. Le bateau transportait marchandises et passagers vers Marseille. Puis, on prenait un train pour l’Angleterre, un autre navire et un deuxième train pour finalement débarquer à la gare Victoria, à Londres», confie-til. Ce voyage avait duré 25 jours, avec des temps d’arrêt entre les passages.

Débutant ses études de médecine au Queen Mary College de l’université de Londres, il change de filière un mois et demi plus tard. «Je n’aimais pas la médecine. Il fallait découper des poissons pour la pratique. Aussi, j’ai opté pour les mathématiques», se remémore-t-il.

Après trois ans, il obtient son diplôme et enseigne dans une école secondaire. Rentrant à Maurice en 1965, il devient enseignant au collège Royal de Port-Louis. Après quatre ans, il poursuit avec le Teachers’ Training College, à Beau-Bassin. Ensuite, il adhère à une formation en mathématiques modernes en Australie et continue sa carrière dans l’enseignement au sein de l’établissement.

En 1974, Surendra Bissoondoyal reçoit une autre bourse pour un diplôme en Education Administration à l’université de Leeds. Il est de retour en 1975. C’est là que le Mauritius Institute of Education est fondé. Il y est recruté comme secrétaire. En 1984, le lauréat devient directeur du Mauritius Examinations Syndicate et prend sa retraite en 1997.

Un an plus tard, il est nommé Pro-Chancelier à l’université de Maurice, puis conseiller au ministère de l’Éducation, alors dirigé par Steven Obeegadoo, jusqu’en 2005. Et depuis mars 2015, Surendra Bissoondoyal est le président de la Tertiary Education Commission.

Monica Maurel en 1963

C’est une femme de lettres et de cœur. En 1963, Monica Maurel (photo), élève du collège Lorette de Curepipe, est lauréate dans la filière classique. «J’étais ravie. Mes parents allaient immigrer en Australie. Ça m’arrangeait bien de ne pas devoir y aller», soutient-elle. La boursière part à l’université d’Exeter, en Angleterre, pour sa licence en lettres.

Ce parcours est suivi d’un Post Graduate Certificate en éducation à l’université de Nottingham. Elle enseigne alors à Loughborough, en Angleterre, pendant un an. Parallèlement, elle se marie et revient à Maurice en 1968. En 1969, elle est enseignante au collège Lorette de Curepipe. Au bout de cinq ans, elle est nommée Careers Officer au sein du Youth Guidance Service du ministère de l’Emploi.

Travaillant comme Personnel Officer pour le groupe Rogers à partir de 1977, Monica Maurel perd son emploi en 1982, ère de la grande récession. Mais elle n’en démord pas. «Il faut se réinventer», lâche-t-elle. Elle fonde alors une firme, CCL Management Consultants, dont elle sera la directrice.

De 1997 à 2004, Monica Maurel est directrice du Robert Antoine Sugar Industry Training Centre. Entre-temps, en 1997, elle est une des chevilles ouvrières dans la fondation de l’association Friends in Hope. Celle-ci assiste les personnes atteintes de maladies mentales et leur famille. Monica Maurel y a occupé la présidence et y est désormais bénévole.

Être lauréat: Une garantie de succès ?

La majorité des lauréats réussissent-ils leur parcours ? Selon Jocelyn Chan Low, lauréat en 1975 du collège Royal de Curepipe, «il y a eu quelques rares cas où il n’y avait pas de réussite». Mais dans la majorité des cas, le succès est établi. «Être lauréat donne un avantage, notamment lorsqu’il y a un emploi dans la fonction publique ou une compétition», précise-t-il, en ajoutant que c’est une garantie de qualité, dépendant des résultats universitaires suivant la bourse.

Abondant dans le même sens, Pierre Dinan soutient que la plupart des lauréats réussissent, excepté «un ou deux cas où il y a des claquages». «Je me souviens d’un jeune lauréat qui était parti et c’était durant la guerre. À son retour, il avait l’esprit tourné. Il est décédé aujourd’hui.»

Pour sa part, Monica Maurel affirme que ceux qui réussissent sont majoritairement ceux qui ont une vie plus équilibrée. «La réussite est un grand mot. On peut ne pas y parvenir matériellement, mais d’une autre manière. Certains lauréats peuvent avoir du mal à trouver un travail après mais il n’y a pas de tracer studies pour voir ce qu’il advient d’eux.»

De son côté, Surendra Bissoondoyal déclare que même si la majorité des lauréats réussissent, il n’y a pas de garantie. «Cela dépend de ce que vous faites. La vie n’est pas une ligne droite. Il y a des obstacles, des imprévus. Cela dépend des choix que l’on fait.»

Le HSC à 13 ans : enfance sacrifiée ou éveillée?

Cette semaine, Sharmeen Choomka, 13 ans, a étonné plus d’un en décrochant son Higher School Certificate (HSC). Faut-il pousser un adolescent à de telles épreuves académiques à cet âge ? Les avis sont partagés.

Pour Jocelyn Chan Low (photo), historien et ancien lauréat, il faut peser le pour et le contre. «Cela dépend de la personnalité de l’enfant. Est-ce qu’en travaillant pour ces examens, il sacrifie son enfance ? Avant, on faisait sauter les classes. Mais après, on a trouvé que pédagogiquement, il fallait un bon développement. Cela pouvait raccourcir l’enfance.»

Sharmeen Choomka a eu son HSC à l’âge de 13 ans.

De son côté, Monica Maurel affirme qu’il faut bien comprendre le cas en question. «Il faut savoir si les parents ont fait pression, si l’enfant est surdoué, etc. Si c’est le cas, il faut s’en occuper, mais en veillant à son équilibre psychologique et en prévenant tout problème de personnalité.»

Pierre Dinan partage également cette préoccupation. «Je ne suis pas psychologue, mais généralement, il faut faire attention et protéger ces enfants. Mis à part le cas de cette adolescente, il y a celui du petit Michaël-Angelo Mootoo. Cela peut être difficile, psychologiquement, pour l’enfant.»

Pour Surendra Bissoondoyal, les étapes menant à la participation de l’enfant à ces examens sont cruciales. «Est-ce à l’école ? Au privé ? Comment cela s’est fait ? Il faut comprendre la situation», souligne-t-il.

Comment tout a commencé ?

Selon Jocelyn Chan Low, le système de lauréats a été introduit durant la période britannique, plus précisément en 1815, comme indiqué par l’ouvrage Mauritius Illustrated : Historical and Descriptive, Commercial and Industrial Facts, Figures and Resources, d’Allister Macmillan (2000). Deux bourses britanniques étaient alors accordées aux meilleurs élèves du collège Royal. Exclusivement masculines, elles comprenaient les filières classique et moderne.

Mais avant d’entrer en lice pour cette bourse, les élèves du côté classique devaient réussir au London Matriculation Examination et ceux de la filière moderne, au Senior Cambridge Local Examination. Très convoitées, ces bourses étaient d’une valeur de £ 1 150 chacune. Principalement, les champs d’études privilégiées par les lauréats étaient la chimie et les langues.

Luciano Azor, lauréat de la SSS Triolet.

Graduellement, le système de bourses a évolué, passant à deux par filière. Une distinction était faite entre les instituts d’État, dont les collèges Royal de Curepipe et de Port-Louis, et du privé, comme le collège du Saint-Esprit et le Saint-Joseph. En 1956, une démocratisation a eu lieu, intégrant tous ces établissements sur une liste commune.

À la même période, le Queen Elizabeth College (QEC) accueillait sa toute première lauréate, une demoiselle Venkatasamy. L’évolution du système s’est enchaînée avec la mise sur pied de collèges et de filières additionnelles. Au QEC, les nouvelles filières artistiques et techniques apparaissent dans les années 70, avec une à deux bourses octroyées aux collégiennes.

Les changements se sont enchaînés au fil des années. Ainsi, pour la cuvée 2017, deux SSR National Scholarships, 16 bourses de l’État et 26 autres additionnelles ont été attribuées. Les filières sont ainsi passées à quatre : les sciences, l’économie, l’art et le côté technique.

Rs 173 millions par an aux boursiers

La dotation budgétaire prévue par le ministère de l’Éducation pour financer les études des lauréats jusqu’au 2e cycle (undergraduate) s’élève à Rs 173,1 millions par an. Les bourses sont réparties comme suit : 44 basées sur les résultats obtenus par les élèves aux examens du Higher School Certificate et 24 bourses basées sur les résultats et des critères sociaux. Sans oublier les lauréats des quatre cuvées précédentes.

Nombre de bourses

SSR National Scholarships

Deux bourses d’excellence (un garçon et une fille) dans la filière scientifique

State of Mauritius Scholarships

16 bourses d’excellence ( huit garçons et huit filles) dans quatre filières (Sciences, Économie, Arts, Technique)

4 Additionnal scholarships

26 bourses basées sur les résultats

24 bourses basées sur les résultats et des critères sociaux.

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