Menon Munien: «Des enfants sortant du primaire sont accros aux drogues»

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Menon Munien, ancien recteur du collège St Mary’s et chairman de Volunteer Mauritius.

Menon Munien, ancien recteur du collège St Mary’s et chairman de Volunteer Mauritius.

Alors qu’une vidéo montrant deux jeunes sous influence de drogues synthétiques a récemment fait le buzz sur Internet, plusieurs cas sont recensés en milieu scolaire. Mal encadrés, mal éduqués, 10 % des jeunes seraient touchés par ce fléau, estime Menon Munien. Le point.

Comment réagissez-vous face à la vidéo postée sur la Toile montrant deux jeunes drogués au synthétique ?
Voir deux jeunes qui fument, sous une boutique, et qui ne savent plus ce qu’ils font… Je ne suis pas choqué. Cela montre que les adolescents sont livrés à eux-mêmes. On dit trop souvent qu’ils n’ont pas de repères. Mais ils ne peuvent en avoir par eux-mêmes.

Le guidance des parents et des enseignants, entre autres, est nécessaire. Le système éducatif est bousillé. Les parents et les professeurs ont beaucoup de difficultés. Donc, si on remettait ce système en place, on pourrait mieux faire face aux défis.

Quelle est l’étendue de l’abus des drogues dans les collèges ?
Je n’ai pas fait de recherche, mais on me dit que 10 % de nos enfants sont directement concernés. Ce serait bien de faire une étude pour connaître l’ampleur réelle. Un enfant dans une famille ou un collège avec ce problème-là, c’est déjà alarmant à mon avis. Il aurait fallu que les parents, instituts, etc. agissent. Ce n’est pas lorsqu’on verra 100 000 enfants affectés que l’on va se mettre en marche.

À quel âge les jeunes commencent-ils à se droguer ?
Nous avons des enfants dans le secondaire qui ont touché à la drogue, mais on dit que le phénomène est en train de se rajeunir. Aujourd’hui, des enfants sortant du primaire en sont accros.

À quoi est dû ce rajeunissement des consommateurs ?
C’est toujours le manque d’encadrement des enfants. Ils apprennent avec des pairs, imitent, singent ce qu’ils voient sans savoir ce qui est nuisible à leur santé. D’une part, il faut favoriser la répression des revendeurs de drogue.

D’autre part, il faut favoriser la prévention, l’explication des méfaits pour la capacité de jugement. Ce n’est pas parce que l’on me vend de la drogue dans une tabagie que je suis obligé d’en acheter. L’éducation doit inculquer ce discernement.

Parallèlement, on assiste à la féminisation des utilisateurs de ces drogues. Pourquoi ?
La ligne de démarcation garçons-filles n’est plus valable. Les filles vivent les mêmes expériences que les garçons, sinon plus. Elles ont les mêmes moyens, voire plus. Avant, on disait que les filles restaient à la maison, et que les garçons sortaient plus et étaient davantage exposés à la drogue. Ce n’est pas vrai du tout aujourd’hui. L’expérience de vie est la même pour les deux catégories. Évidemment, ils sont tentés de la même manière.

Ce double phénomène vous inquiète ?  
Tout est inquiétant… Il faut plutôt dire que nous sommes en train de rater l’éducation de tout le monde. Lorsque l’on parle d’éducation à Maurice, on pense que cela veut dire passer le School Certificate, le Primary School Achievement Certificate, etc. Il y a des gens qui les ont passés sans arriver, aujourd’hui, à parler convenablement à leurs proches à la maison. L’éducation de base n’a pas été faite. On a cru que cette acquisition-là se fait naturellement dès la naissance. Or, la manière de vivre ne vient pas automatiquement.

Les laboratoires représentent des salles d’expérimentation et de fabrique des drogues synthétiques. Où est donc le contrôle dans les collèges ?
Il y a déjà un contrôle. En tout cas, sur le papier. Il y a une manière d’utiliser le matériel de laboratoire. Tout comme Internet. Avant de donner l’accès à cet outil informatique aux enfants, il faut instaurer des règles. Pareillement, il faut leur instaurer des règles dans un laboratoire. Évidemment, on trouve plus facile de briser les règles que de les respecter.

Le problème, c’est que les enfants sont mal encadrés et mal éduqués. Au laboratoire, il faut leur faire comprendre le fonctionnement des substances, ce qui est nocif, entre autres. Il faut instaurer cette prise de conscience.

Certains collégiens sont également fabricants et dealers de drogue. Comment cesser ce cercle vicieux ?
Quand on arrive à l’étape de fabrication pour vendre, on est passé de l’autre côté de la barrière. Il faut de la répression. Il faut aussi que les lois soient appliquées avec force. Chez les consommateurs, il y a des gens qui sont tombés dans la marmite, qui veulent s’en sortir et qui n’y arrivent pas. L’opportunité de pouvoir s’en sortir doit exister. Il faut axer sur la prévention et le curatif.

L’éducation est cruciale. Nous avons fait déjà un travail pour la cigarette et savons que cela a reculé. On devrait pouvoir le faire pour la drogue. Toutes les stratégies doivent être soutenues avec plus de temps, d’énergies et de moyens. J’ai beaucoup d’espoir que nous sommes capables de faire cela.

Bio express

Ayant grandi à Rose-Belle, Menon Munien a étudié au collège Royal de Curepipe. En 1978, il devient enseignant au collège du Saint Esprit et y est nommé recteur adjoint en 2000. En 2002, il part au Rodrigues College, où il assume la fonction de recteur. De 2004 à 2006, il est le principal du collège du Saint Esprit à Case-Noyale. Recteur du collège St Mary’s de 2006 à 2008, il assume ensuite la responsabilité du projet des écoles de la Zone d’éducation prioritaire au ministère de l’Éducation. Parallèlement, Menon Munien est président de Volunteer Mauritius depuis 2014 et du National Corporate Social Responsibility Committee depuis 2017.

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