Ranini Cundasawmy: un combat juste ?

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Polyvalente, Ranini Cundasawmy pratique plusieurs arts martiaux mais la discipline qui lui a valu la notoriété est la boxe française.

Polyvalente, Ranini Cundasawmy pratique plusieurs arts martiaux mais la discipline qui lui a valu la notoriété est la boxe française.

Depuis quelques jours, un élan de sympathie s’est créé autour de Ranini Cundasawmy qui revendique son droit de participer aux Championnats du monde de muay-thaï sans être affiliée à une fédération. Sa démarche est-elle justifiée ? Explications…

Qui est Ranini Cundasawmy ? 
Ranini Cundasawmy est âgée de 33 ans. Polyvalente, elle pratique plusieurs arts martiaux mais la discipline qui lui a valu la notoriété est la boxe française. En 2014, elle a remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde assaut à Rome. Après la boxe française, la tireuse s’est initiée au muay-thaï. 

La sportive a été médaillée d’or aux Championnats du monde de la World Muaythai Federation en Pro-Am chez les -46 kg en 2017. Lors de la même compétition, elle a aussi décroché une médaille d’argent en amateur chez les -48 kg. C’était l’année dernière et elle souhaite renouveler l’expérience, cette année. La 15e édition de cette compétition se tiendra à Bangkok, en Thaïlande. 

Où se situe le problème ? 
Ranini Cundasawmy veut participer aux Championnats du monde de muay-thaï de la World Muaythai Federation (WMF) à travers l’association Undisputed Alliance. Ce groupe a lancé un crowdfunding pour récolter Rs 223 412 afin de financer le déplacement de la tireuse, de deux autres tireurs, Facson Perrine et Stephano Batour, ainsi que de l’entraîneur, Patrick Cundasawmy. Selon sa page officielle, elle a récolté Rs 64 150 à hier. 

Elle a eu recours au crowdfunding car elle n’a pas droit à une subvention de l’État à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). La raison : elle ne fait partie d’aucune fédération nationale reconnue. 

Néanmoins, elle souhaite participer à une compétition de muay-thaï organisée par une fédération internationale, également non reconnue par les deux instances suprêmes du sport mondial, le Comité international olympique (CIO) et la Global Association of International Sports Federations (GAISF) anciennement connue comme le SportAccord. 

À quoi servent une fédération et une licence ? 
Une fédération nationale doit être affiliée à sa fédération internationale. Cette dernière doit être reconnue par le Comité international olympique ou la GAISF. C’est la fédération qui délivre la licence sportive. 

Une licence sportive permet la participation aux compétitions de la fédération reconnue. Elle se différencie de la simple adhésion à un club. Un certificat médical est obligatoire pour l’obtenir. 

Avec la licence, le sportif est couvert par une assurance médicale. En sports de combat, la licence est aussi le passeport médical. Il contient l’historique de l’athlète. Dans le cas des sports de combat, cette formalité est importante pour la sécurité du boxeur dans le cadre de son suivi médical. Par exemple, un KO force l’athlète à observer un temps de repos selon la gravité et la fréquence de la blessure. Comme Ranini Cundasawmy n’est pas affiliée à une fédération elle n’a pas de licence. 

Quelle est la fédération responsable du muay-thaï à Maurice ? 
Officiellement, le kickboxing et ses disciplines assimilées sont régis par la Fédération mauricienne de Kick-boxing et Disciplines assimilées (FMKBDA). Créée en 1993, la fédération est reconnue par le MJS depuis 1997. Elle est affiliée à la World Association of Kick-boxing Organisation (WAKO) depuis 1998. 

Depuis 2011, une fédération parallèle s’est formée, la fédération muay-thaï et disciplines assimilées. Cette dernière est également en quête de reconnaissance auprès du MJS. 

Le rôle du ministère de la Jeunesse et des Sport
C’est le MJS qui a la responsabilité de définir les grands objectifs de la politique nationale du sport. Il fixe le cadre juridique, notamment à travers la Sports Act. Cette loi a été amendée par le précédent ministre, Yogida Sawmynaden. La Sports Act 2016 a été promulguée le 12 janvier dernier. 

Selon la Sports Act, si une fédération veut une subvention de l’État, il faut qu’elle soit considérée comme «nationale». Les conditions d’éligibilité d’assistance aux fédérations sportives nationales ont été énoncées dans l’article 10 de la Sports Act 2016. La fédération doit agir en conformité avec la nouvelle loi en vigueur et soumettre une demande d’assistance au ministère. Cette demande doit être accompagnée des documents appropriés pour prouver la conformité avec la Registrar of Associations Act. 

Qu’en pense le MJS ? 
Contactée hier, l’instance précise qu’aucune demande écrite et officielle de Ranini Cundasawmy ne lui est parvenue jusqu’ici. La boxeuse et son entraîneur, qui est aussi son époux, Patrick Cundasawmy, ont effectivement eu une rencontre avec le ministre des Sports, Stephan Toussaint, début janvier 2018. 

Il avait été convenu que Ranini Cundasawmy soumette une demande officielle. L’importance qu’elle rejoigne une fédération reconnue avait été évoquée. Néanmoins, la tireuse avait déjà exprimé sa réticence. Elle avait demandé à ce qu’une exception soit faite dans son cas mais le MJS veut agir en conformité avec la Sports Act. 

Le cas Facson Perrine 
Un nom connu fait partie de la liste de tireurs en quête de financement pour le déplacement en Thaïlande. Il s’agit de Facson Perrine, vice-champion du monde 2013 de la WAKO dans la catégorie des -63,5. 

C’est au sien de la FM- KBDA que Facson Perrine s’est fait un nom. Mais en 2015, il a été suspendu par la fédération pour indiscipline. Le comité disciplinaire présidé par l’ancien magistrat Denis Vellien avait établi que le tireur a effectivement fauté par son absence à l’entraînement national sans raison valable. Les absences injustifiées du tireur avaient été recensées lors des trois derniers mois de l’année 2014 par la fédération. 

Avant sa suspension, Facson Perrine avait notamment marqué les esprits avec une victoire à la Coupe du monde de Hongrie chez les juniors en 2011. Il a aussi été champion d’Afrique 2011 et 2012.

Ranini Cundasawmy: «Nou fer nou ti zafer trankil»

Ranini Cundasawmy a un avis bien tranché sur le sport ainsi que les structures nationales et internationales. Qu’elle ait tort ou raison, elle l’affirme, elle ne fera aucune concession.

Vous menez actuellement une campagne active sur les réseaux sociaux. Expliquez-nous cette bataille?
Nous récoltons des fonds pour participer aux championnats de la World Muay Thai Federation. Nous sommes trois tireurs, Facson Perrine, Stephano Batour et moi, ainsi que l’entraîneur Patrick Cundasawmy à vouloir participer aux Championnats du monde de muay-thaï amateur et professionnel. La somme recherchée est de Rs 223 412. Après la compétition du 11 au 19 mars, je prévois de faire un stage de 44 jours. L’équipe est soute- nue par SmartCitizen dans cette démarche.

Vous qualifiez votre démarche de privée ou fédérale ?
C’est une initiative privée car je ne fais pas partie d’une fédération. Mon club, le Bambous Martial Arts and Sports (BMA) fait partie de l’association Undisputed Alliance.

Alors pourquoi ne pas intégrer une fédération reconnue?
J’ai travaillé avec plusieurs fédérations dans le passé mais nous n’avions pas les mêmes visions. Donc, nous avons choisi de nous dissocier de toutes les fédérations. «Nou fer nou ti zafer trankil.»

Est-ce logique de vouloir «agir seule» et en même temps bénéficier des fonds de l’État réservés aux fédérations sportives reconnues?
J’ai une vision et je veux la défendre. J’ai frappé aux portes du ministère de la Jeunesse et des Sports pour avoir son soutien mais l’instance ne fera rien pour nous. Donc, nous continuons.

Vous ne semblez pas surprise par la décision du ministère de la Jeunesse et des Sports… 
Par rapport à notre statut, nous savions que nous n’aurions pas leur soutien au même titre qu’une fédération. Mais nous espérions que l’instance fasse une exception et nous aide à trouver des sponsors.

Alors pourquoi cette campagne de dénonciation sur les réseaux sociaux?
Il n’y a pas de campagne c’est une levée de fonds. Pour avoir de nouveaux sponsors, j’ai dû informer le public sur la décision du ministère. Beaucoup de personnes croyaient que je recevais une bourse du ministère mais ce n’est pas le cas.

Pour éviter d’autres refus, envisagez-vous d’intégrer une fédération reconnue?
Non. Je suis bien où je suis. C’est dommage que le ministère n’ait pas souhaité nous donner une chance. Mais nous avons une autre option : le crowdfunding. Depuis que la campagne a été lancée, le public a répondu favorablement. D’ailleurs, je remercie tous les Mauriciens qui me soutiennent.

À Maurice, c’est la Fédération mauricienne de Kick-boxing et Disciplines assimilées (FMKBDA) qui promeut le muay-thaï. Avezvous déjà approché cette instance?
Je ne savais pas que c’est cette fédération qui est responsable de la discipline. Mais j’ai boxé pour un groupe parallèle, la Fédération muay- thaï et disciplines assimilées. Et cette association n’a pas marché.

Pourtant, vous étiez présente à plusieurs reprises à des compétitions de la FMKBDA…
Oui. J’ai déjà assisté à des compétitions. J’ai plusieurs amis qui y boxent.

L’instance reconnue mondialement pour le muay thai est l’International Federation of Muay Thai Amateur. Un titre de cette instance n’a-t-il pas plus de valeur?
C’est une organisation qui délivre des titres amateurs uniquement. Moi, je vise le circuit professionnel.

Une percée sur le circuit professionnel ne serait-il pas plus facile après un parcours chez l’IFMA, instance reconnue par le Comité international olympique et la Global Association of International Sports Federations (NdlR: anciennement connu comme le SportAccord)?
Ce ne sont que des grosses organisations qui placent l’argent avant les athlètes. Moi, je veux un traitement plus humain pour mes athlètes et moi. La considération compte plus que le prestige. J’étais dans une compétition de la WMF, les athlètes sont vraiment encadrés.

La WMF accepte des tireurs qui ne sont pas reconnus au niveau national. Cela ne nuit-elle pas à sa crédibilité?
En sports de combat, c’est souvent le cas. Un athlète n’a pas besoin d’appartenir à une fédération pour boxer. C’est aussi le cas pour la World Kickboxing Federation. Pour moi, l’important ce n’est pas la fédération mais l’athlète.

Pour vous, l’athlète doit être libre de tout engagement envers une fédération…
L’athlète doit pouvoir s’épanouir sans une fédération. Depuis que je suis dans le sport, je ne me suis jamais senti valorisée au sein des fédérations auxquelles j’ai adhéré. J’y ai toujours connu des problèmes.

Vous souhaiteriez que la Sports Act soit revue. Quelle est votre proposition?
Que les athlètes comme moi ne soient pas pénalisés.

Et comment définissez-vous les athlètes comme vous?
Des sportifs qui ne se retrouvent pas dans une fédération dite reconnue. Ces derniers ont autant de valeur que les autres.

La valeur ne devrait-elle pas être jugée selon des règles préétablies ?
La reconnaissance ne vient pas seulement de ces instances. Selon ma vision, l’humain passe avant tout. L’objectif de mon association, Undisputed Alliance, est de protéger ses adhérents et les aider à évoluer.

Vous avez exploré la boxe-française, le jujitsu, la croche et le muay-thaï. Vous semblez avoir du mal à trouver votre place?
Le muay-thaï c’est la discipline dans laquelle je me sens le plus à l’aise. Les autres disciplines m’aident à m’enrichir. Aujourd’hui, au sein d’Undisputed Alliance, on a une vision et nous irons de l’avant avec nos projets pour aider les athlètes à long terme.

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