Avinash Venkama: «Nous visons à initier l’application d’un label éco-hôtel à Maurice»

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Avinash Venkama est le chef de projet du programme «Switch Africa Green», financé par l’Union européenne. (Photo: Aurelio Prudence)

Avinash Venkama est le chef de projet du programme «Switch Africa Green», financé par l’Union européenne. (Photo: Aurélio Prudence)

Vous êtes au cœur de plusieurs projets bénéficiant de financements internationaux et axés sur le développement durable du secteur touristique. Que vous a inspiré le passage du cyclone Berguitta ?

Berguitta a ouvert les yeux de tous les Mauriciens. On parle de Rs 235 millions de pertes pour le secteur de l’exportation, Rs 100 000 par entreprise du Business Process Outsourcing – Technologies de l’information et de la communication (BPO-TIC) ou encore les trois quarts de la culture vivrière affectés. Si nous ne réalisons pas dès maintenant quelles répercussions le changement climatique peut avoir sur notre pays, nous nous mettons en position d’extrême vulnérabilité. Les saisons sont déséquilibrées et il y a toujours plus de pollution. Ces éléments combinés menacent chacun des piliers de notre économie, y compris, évidemment, le tourisme.

En vérité, vous touchez là une de mes convictions profondes. Pour arriver à assurer la pérennité du secteur touristique, une île verte à l’horizon 2040, il faudrait fusionner les ministères du Tourisme et de l’Environnement. Pour arriver à travailler de manière cohérente ensemble pour la sauvegarde de notre patrimoine environnemental, il faut combiner les forces de toutes les autorités et organisations, y compris la Beach Authority et l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice.

L’association des hôtels de charme est partie prenante du projet «Switch Africa Green». Où en est le projet, alors qu’on entame la troisième et dernière année du financement ?

Grâce à une équipe dédiée, nous avons pu respecter les grandes étapes fixées dès le départ. À terme, nous visons à initier l’application d’un label éco-hôtel à Maurice. Il est bon de rappeler que ce programme est surtout destiné aux hôtels de petite ou moyenne taille. Les grands établissements hôteliers, eux, ont une plus grande marge de manœuvre que les établissements de type trois-étoiles que nous accompagnons. Le projet s’est décliné à Maurice et à Rodrigues et nous avons ciblé une trentaine d’établissements.

Il y a d’abord eu un gap analysis qui a permis de cibler tous les points d’amélioration en termes de bonnes pratiques environnementales. Cela a été suivi par la rédaction d’un rap- port par établissement, avec des recommandations très précises, avec un estimatif des gains potentiels en énergie et en impact environnemental. Je tiens à remercier le National Productivity and Competitiveness Council, qui a apporté un soutien précieux lors de cette étape riche en enseignements.

Accompagnez-vous les établissements dans la mise en oeuvre de ces recommandations ?

Pour notre part, nous avons œuvré pour établir un bilan complet. Toutefois, la partie investissement reste à la charge des hôteliers. Ils ne se retrouvent pas seuls avec une feuille de route à suivre. Nous avons déjà conduit des formations. Chaque hôtel que nous avons suivi a un ou plusieurs green champions dans son effectif. Ils ont été dûment formés par nos soins sur les points de faiblesse des établissements hôteliers en général, mais aussi sur les points spécifiques qui concernent les établissements où ils évoluent.

Les établissements qui veulent apporter des changements bénéficient-ils d’un support technique sur la durée ?

À Maurice comme à Rodrigues, un dispositif de consultants socio-projets est en place depuis octobre 2017. J’en profite pour remercier l’université de Maurice, qui est un de nos principaux partenaires. Par le biais du programme Switch Africa Green, huit jeunes diplômés, dont des ingénieurs, ont eu une première immersion professionnelle dans le secteur hôtelier. Ils visitent les établissements et apportent leur savoir-faire in situ.

Est-ce suffisant d’appliquer des actions vertes dans l’hôtel ? Quid de l’environnement immédiat, des fournisseurs et autres partenaires ?

Pour qu’il y ait un impact écologique durable, effectivement, c’est la chaîne de valeur complète qui doit être visée, de bout en bout. Ce sera aussi le but du Sustainable Tourism Value Chain Project, financé partiellement par le gouvernement allemand. L’écosystème gravitant autour de l’hôtel sera complètement inclus, allant du chauffeur de taxi au fournisseur de légumes.

Comme l’île Maurice fait partie des Small Island Development States, elle bénéficie de multiples sources de financement. Nous devons être reconnaissants envers tous ces États membres qui versent des cotisations avec la vision d’améliorer le monde dans lequel nous vivons. Ces financements ne doivent pas être pris pour argent comptant.

Et il faut une véritable cohérence. Les projets doivent achever un processus, prendre là où le précédent s’est achevé, non pas répéter le même dispositif avec des variations mineures. Pour progresser sur l’axe de la durabilité de manière responsable, les projets financés doivent s’inscrire dans un plan de développement plus structuré au niveau national.

Nous sommes très fiers que le projet Switch Africa Green ait été reconduit pour trois années. Cela nous permettra de consolider l’effort auprès des établissements hôteliers et paver la voie vers la certification éco-hôtel.

D’autres établissements de même taille pourraient-ils s’inspirer de ces hôtels pilotes ?

Oui, c’est l’objectif. D’ailleurs, la phase finale du projet Switch Africa Green comprend le lancement d’un éco-manuel à destination des hôteliers qui souhaiteraient adopter ces bonnes pratiques. Le lancement de ce manuel est prévu pour la mi-mars.

In fine, nous souhaitons qu’un maximum d’établissements hôteliers de Maurice puissent obtenir des labels verts, type Green Globe. Ce sera un signe fort que nous sommes entrés de plain-pied dans la logique de préservation de l’environnement.

Avec le salaire minimum, les hôteliers d’établissements de petite et moyenne taille ne seront-ils pas tentés de laisser tomber les investissements verts ?

À mon avis, les responsables d’établissements feront l’effort d’investir si nous arrivons à bien leur démontrer l’économie qu’ils dégageront, et l’avantage concurrentiel qu’ils obtiendront en attirant une clientèle respectueuse de l’environnement. C’est tout à leur bénéfice de faire l’investissement dès maintenant. Ils peuvent commencer par investir dans des produits verts homologués. Et à Maurice, les prestataires comme Duraco et SFER sont méconnus alors qu’ils proposent des équipements, des lampes solaires ou autres, à des prix abordables.

D’autre part, j’encourage les entrepreneurs à chercher des financements verts pour ces investissements. Business Mauritius mène des actions pour l’efficience énergétique. L’agence française de développement a développé une ligne de financement vert baptisée Sunref. Certaines banques proposent des prêts verts, qui ne sont pourtant pas sollicités par méconnaissance.

Bio express

Avinash Venkama est chef de projet du programme «Switch Africa Green», financé par l’Union européenne. Il est aussi membre de l’«Advisory Board» du projet «Sustainable Value Chain Project», financé par le gouvernement allemand, la Travel Foundation (U.K.), les Nations unies et le ministère du Tourisme, entre autres. Entre deux projets axés sur le développement durable du secteur touristique, nous rencontrons surtout un citoyen responsable, actif et terre à terre.

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