Réinsertion: Patrick, ancien prisonnier nouvel homme

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Cela fait maintenant sept ans que Patrick, 51 ans, a recouvré la liberté après quatre ans de détention, dont six semaines à la prison de Beau-Bassin et le reste à celle de Petit-Verger.

Cela fait maintenant sept ans que Patrick, 51 ans, a recouvré la liberté après quatre ans de détention, dont six semaines à la prison de Beau-Bassin et le reste à celle de Petit-Verger.

Cela fait maintenant sept ans que Patrick, 51 ans, a recouvré la liberté après quatre ans de détention, dont six semaines à la prison de Beau-Bassin et le reste à celle de Petit-Verger. Avant ça, ce père de famille, qui est un mécanicien qualifié en moteur diesel et qui a géré un garage pendant 33 ans, n’avait jamais eu des démêlées avec la police.

Sa vie a basculé lorsqu’il a aveuglément fait confiance à un collègue de travail qui l’a piégé avec un sac contenant du gandia. Arrêté, Patrick est traduit en cour. L’accusation retenue contre lui : possession de gandia. Il écope de quatre ans de prison et de Rs 75 000 d’amende.

«Ou koup mwa péna disan ler mazistra anons santans.» Le couple, qui ne vit que sur le salaire de Patrick – Katie a arrêté de travailler à sa demande pour élever leur fils – doit racler les fonds de tiroirs pour s’acquitter du montant de l’amende. Katie ne s’attendait pas à une peine aussi lourde, d’autant plus qu’elle sait son mari innocent. «Mo’nn soké. Avoka ti dir tou pou oké. Prizon pa ti dan mo latet ditou.»

Méchanceté

Le mécanicien est envoyé à la prison de Beau-Bassin. «Bondié inn fer mwa gras sa déroulman Beau-Bassin-la. Pa kapav res laba sa.» Il y reste six semaines, travaillant comme charpentier, «viré, tourné», avant d’être transféré à la prison de Petit-Verger. Là, il intègre la chorale de la prison, s’occupe de l’église, aide à préparer les messes et s’active en cuisine.

Katie, qui a retrouvé le domicile de ses parents à la demande de ces derniers, se renseigne pour connaître les horaires de visite à la prison et comment s’y rendre. Elle ne rate aucune visite à Patrick. Sa patience est sans limite, car si elle arrive au pénitencier à 8 heures, ce n’est que vers 17 heures qu’elle peut parler à son mari au téléphone. Et pour que Patrick n’oublie pas le visage de leur fils, elle l’emmène régulièrement avec elle.

Elle dit avoir fait les frais de la méchanceté d’un gardien de prison. «Le petit étant avec moi et sachant que l’attente serait longue avant de voir son papa, j’emmenais de la bouillie pour lui. Lors de la fouille, au lieu de me demander une cuiller pour touiller la bouillie et vérifier qu’il n’y a rien dedans, le vigile y a carrément mis la main. Je l’ai regardé et je lui ai dit : ou ti pou donn sa ou zanfan ou? Et j’ai jeté la bouillie sous ses yeux.»

Pour ne pas devenir folle, elle s’occupe. Elle se remet à travailler dans une école maternelle le matin et l’après-midi et grâce au Lions Club, elle aide un Enhancement Officer à donner des cours dans une école publique. «Mo ti koné ki si mo tonbé, Patrick ti pou tonbé ousi. Li ti bizin mwa ek ler li trouv mwa bien, li bien. Et même quand j’étais mal, je le lui cachais, quitte à pleurer une fois rentrée chez moi.»

«Bliyé déor»

Elle se remet aux études de puériculture auprès du Mauritius Institute of Education dans le but d’obtenir un diplôme. C’est fait au bout de quatre ans. Étant une jolie femme et qui plus est avec un mari absent, les propositions d’autres hommes ne manquent pas. «Boukou zom inn apros mwa é mo finn mem gagn propozision pou kit péi. Mé par respé pou mo mari ki mo kontan ek par respé pou mo garson, monn ko’nn tini mwa. É mo’nn dir momem Patrick ek mwa nou’nn rant dan sa koup-la ansam é nou pou sorti dan sa problem-la ansam.»

Pour maintenir la flamme entre eux, elle lui écrit toutes les semaines et il en fait autant. «Kouma dir nou ti rékomans frékanté», raconte-t-elle, en précisant avoir gardé la totalité de son courrier.

Pour tenir le coup, Patrick écoute le conseil d’un vieux codétenu. «Enn vié kondané inn dir mwa ler to vinn-la, bliyé déor. Mazinn zis andan.» Il n’empêche qu’il attend les visites et le soutien de Katie, qui même fiévreuse, se rend à Petit-Verger pour le voir. Les moments les plus durs pour eux sont les dates d’anniversaire de leur mariage, la date anniversaire du petit et les fêtes de fin d’année. Pour que son mari se souvienne de leurs vœux, elle lui envoie souvent des photos de leur mariage.

À la libération de Patrick, Katie et son fils, qui a grandi, sont là à l’attendre. Le couple doit alors réapprendre à vivre ensemble. «Kan li’nn rétourné, ti bizin réadapté. Ti éna enn ti écar ant nou. Nou finn bizin réabitié ar nou manier, nou mani ek réapran bouz a dé. Ler li ti laba, mo ti désid par mwa. Ler li’nn révini, li normal ki li répran so rol de mari comme il faut. Et notre fils réclamait tellement un autre enfant que nous lui avons donné une petite sœur, aujourd’hui âgée de quatre ans.»

Quatre années d’absence

Patrick stresse au cours de sa première semaine de libération, car son téléphone reste mort. La deuxième semaine, ses clients habituels le rappellent pour qu’il retape leur voiture. «L’année où je suis sorti, j’ai bien travaillé. Le premier mois, j’ai eu des revenus de Rs 60 000. J’aurais pu aller prendre un emploi dans un autre garage, mais bien que je sois mécanicien de grade I, j’aurais gagné à peine plus de Rs 15 000. En étant à mon compte, je gagne le double. Et ça, c’est le minimum. Les bons mois, ça peut aller jusqu’à Rs 75 000.»

Il lui est arrivé de croiser son ancien collègue qui l’a mis dans le trou. «Li sanz simin ler li trouv nou. Katie get li fran dan son figir mé li li inkapab get nou dan lizié.» Quoi que lui ou Katie fasse, ces quatre années d’incarcération et d’absence ne s’effacent pas d’un trait de plume. «Mon fils, qui a aujourd’hui 11 ans et qui n’avait que dix mois lorsque son père a été emprisonné, demande régulièrement pourquoi son père a été incarcéré. Il veut connaître la raison.»

Lorsque Patrick travaille jusqu’à tard, l’enfant n’arrête pas de demander à sa mère quand son père va rentrer. «La première chose qu’il demande lorsqu’il rentre à la maison et qu’il ne voit pas le van de son papa garé dans la cour, c’est où est papa et à quelle heure revient-il. Il craint vraiment que son père retourne en prison. C’est ancré dans sa tête alors qu’il a bénéficié d’un suivi psychologique. Cette interruption de quatre ans dans notre vie de famille est constamment là, qu’on le veuille ou non.»

Bien qu’ils aient repris le cours de leur vie, ils veulent tourner la page et offrir un meilleur avenir à leurs enfants. C’est ainsi que Patrick a décidé de tenter sa chance sous le programme de migration circulaire avec le Canada où il a des proches. Or, sa demande butait sur la soumission d’un certificat de moralité vierge. Comme Katie a toujours un plan B en tête, elle a décidé que c’est elle qui ferait la demande de migration et qu’en parallèle, Patrick écrirait à la Commission de pourvoi en grâce et préparerait son dossier pour demander et obtenir son pardon.

Nouveau départ

Les démarches de Katie ont été longues. Elle a été interviewée à plusieurs reprises avant d’être acceptée. Elle partira donc en éclaireur au Québec où elle travaillera dans une usine d’emballage sous contrat d’une durée de deux ans renouvelable. Patrick a patienté sept à huit mois mais a finalement obtenu le pardon de la commission et son certificat de moralité est à nouveau vierge.

Katie doit quitter le pays en mars et dès son arrivée au Québec, elle cherchera un emploi pour Patrick. «Ce métier de mécanicien de poids lourd est bien prisé au Canada. Si je lui trouve un emploi, lui et les enfants m’y rejoindront plus rapidement.» Elle ne craint pas cette nouvelle séparation. «Séki nou finn pasé ler Patrick al dan prizon pa pou kapav pli dir ki liver canadien. Nou motivé. Nou pa pou kapav konn enn zafer pir ki séki nounn viv Moris. Nou vréman anvi pran enn nouvo dépar ek fer lavénir bann zanfan, sirtou ki nou garson kontan aprann.»

La recette du bonheur

Fort de son expérience de travailleur social, Michel Vieillesse, le directeur de Kinouete, a identifié trois facteurs permettant une réinsertion sociale réussie pour les détenus qui sortent de prison.

Il cite le soutien constant de la famille comme numéro 1. «Enn dimounn kinn fer prizon, so lavi tini a séki pe arivé déor ar so fami. Ler li trouv ki son fami bien déor, li pou bien li osi ek li pou persévéré. Sa visit ki so fami fer li la enn gran soutien sa.»

Le deuxième élément durant cette période de solitude, précise Michel Vieillesse, devrait être «un travail d’introspection et de réhabilitation sur soi alors que d’autres, comme Patrick, se plongent dans la spiritualité».

Le troisième facteur est le soutien de la communauté. «Dès sa sortie de prison, les clients de Patrick ont refait appel à lui. Ils lui ont refait confiance. Personne ne l’a montré du doigt ou ne l’a jugé. La communauté l’a accepté à nouveau. Sans compter qu’il n’est pas un poids lourd pour la société et qu’il est autonome.»

Pour qu’un détenu se réinsère correctement et ne récidive pas, estime Michel Vieillesse, il faut la combinaison de ces trois éléments. «Tout le plaidoyer de Kinoueté repose dessus. Pour réduire la récidive, il n’y a pas de recette miracle. Il faut qu’il y ait ces trois éléments réunis. Cela paraît simple mais cela demande la collaboration de tous.»

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