Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, est mort à 91 ans

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Le fondateur d'Ikea Ingvar Kamprad à Lausanne le 3 décembre 2012

Le fondateur d'Ikea Ingvar Kamprad à Lausanne le 3 décembre 2012

Fils de paysans, Ingvar Kamprad était devenu l’un des hommes les plus riches du monde en proposant des meubles en kit. Malgré des scandales à répétition et un passé nazi, bénéficiait d'une image intacte.

Il était devenu l’un des hommes les plus riches du monde en proposant des meubles originaux prêts à monter et pas chers. Ingvar Kamprad, le fondateur d'Ikea, est mort à 91 ans, a annoncé ce dimanche la branche suédoise du numéro un mondial de l’ameublement sur son compte Twitter. «C’était un entrepreneur unique qui a eu une grande importance pour l’économie suédoise», a réagi le Premier ministre suédois Stefan Löfvén.

Fils de paysans du Småland, une province pauvre et pieuse du sud de la Suède, Ingvar Kamprad crée Ikea en 1943, à 17 ans. L’acronyme est tiré de son nom, Ingvar Kamprad, de la ferme familiale, Elmtaryd, et du nom de son village natal, Agunnaryd. L’entreprise vend tout d’abord en porte à porte des stylos, de la petite maroquinerie, des cadres, des nappes, des bijoux et des bas en nylon. En 1945, elle se diversifie dans la vente par correspondance. En 1947, il propose ses premiers meubles, fabriqués par des artisans locaux et, quatre ans plus tard, diffuse son premier catalogue, aujourd’hui imprimé à 200 millions d’exemplaires.

En 1956, un employé a l’idée de démonter les pieds d’une table pour la faire entrer dans un coffre de voiture. Le concept du meuble en kit, plus facile et moins cher à stocker et transporter, va le travailler jusqu’à devenir un art. Pour contrer l’idée que des meubles aussi bon marché et à assembler soi-même sont de mauvaise qualité, il ouvre un premier magasin dans la petite ville d'Älmhult en 1958 pour les exposer. Cinq ans plus tard, il lance une expansion internationale effrénée. Ingvar Kamprad est persuadé que la recette peut fonctionner partout: prix bas, chasse aux coûts, standardisation, autofinancement et design scandinave. À partir des années 1970 il conquiert la Suisse, l’Australie, le Canada, la France, les États-Unis, la Russie après la chute du Rideau de fer, l’Asie, le Moyen-Orient.

Plus de 40 ans d’exil fiscal


Entrepreneur novateur, Ingvar Kamprad est aussi pionnier de l’optimisation fiscale. En 1973, il quitte la Suède pour le Danemark, puis s’installe en Suisse en 1977 où il vivra jusqu’en 2014 avant de venir finir ses jours dans sa région natale. L’organisation nébuleuse de son entreprise interpelle. Les fonctions exécutives, la stratégie, la conception des produits sont en Suède, mais d’un point de vue juridique et comptable, Ikea se répartit entre fondations et sociétés aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suisse et au Liechtenstein. La commission européenne a ouvert en décembre 2017 une enquête contre Ikea. Bruxelles entend procéder à un examen minutieux du traitement fiscal que les Pays-Bas applique au groupe, lequel affirme se conformer aux règles européennes.

Un passé de sympathisant nazi


L’entrepreneur n’en était pas à son premier scandale. En 1994, un journal révèle les liens du jeune Kamprad avec un groupuscule nazi suédois pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il aurait gardé des contacts avec des pro-nazi jusque dans les années 1950, finançant leur parti même avec l’argent d’Ikea. En 1994, il assume publiquement dans une lettre ce passé qu’il met sur le compte d’une «erreur de jeunesse» et fait des excuses à ses salariés - des révélations qui n'avaient pas affectées sa popularité.

Le groupe Ikea compte aujourd’hui 403 magasins sur tous les continents, emploie 190 000 personnes dans le monde et génère un chiffre d’affaires annuel de 38 milliards d’euros. En 2017, sa fortune était estimée à 43,3 milliards CHF (37,3 milliards d’euros), le plaçant au troisième rang des milliardaires européens, selon le magazine économique suisse Bilan. Mais l’homme vivait chichement, s’habillait dans les friperies et fuyait les médias qui se moquaient de sa Volvo hors d’âge et des points sur sa carte de fidélité au supermarché. «C’est dans la nature du Småland, je crois, d’être économe», justifiait-il dans un rare entretien en 2016 à la chaîne suédoise TV4. «Si vous me regardez, je pense ne rien porter qui n’ait été acheté à un marché aux puces. Je veux montrer un bon exemple».

L’héritage de l’empire Ikea a fait l’objet d’une âpre bataille entre son fondateur et ses enfants. En 2013, un livre intitulé Ikea en route vers l’avenir affirme que ces derniers lui ont contesté les droits de la marque et un pourcentage sur les ventes, réclamant qu’entre 20 et 30 milliards de couronnes (2,1 à 3,2 milliards d’euros) aillent à la fondation familiale. Selon les auteurs de l’enquête, Kamprad aurait cédé, de guerre lasse.
 

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