Girish Gopaul: «Le métier de bibliothécaire reste méconnu»

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Selon Girish Gopaul, le bibliothécaire est appelé à aller «au-delà du livre».

Selon Girish Gopaul, le bibliothécaire est appelé à aller «au-delà du livre».

Estampiller des dates dans des livres et rappeler aux élèves de garder le silence... C’est l’image que beaucoup se font du rôle des bibliothécaires d’écoles, à tort selon le président de la Mauritius Library Association.’

Ming Chen, administrateur de la librairie Le Cygne, a vivement critiqué les bibliothécaires des institutions scolaires. Dans le supplément Culture, de l’édition du lundi 22 janvier, nous avons publié l’échange suivant : «Le bibliothécaire ne fait qu’estampiller des dates dans des livres ? C’est ce que j’ai vu. Ce n’est pas une caricature ? Quand j’étais au Collège du Saint- Esprit, jamais un bibliothécaire ne m’a dit : ‘Ming, tu dois lire ce livre’.» 

Ces propos n’ont pas laissé indifférent Girish Gopaul, président de la Mauritius Library Association (MLA). L’association compte environ 150 membres, en poste dans les collèges publics, ceux régis par la Private Secondary Education Authority, des bibliothèques municipales, des universités, le Mauritius Institute of Education, etc. 

«Le public a une mauvaise perception du métier de bibliothécaire, surtout de ceux qui travaillent dans les écoles. Le métier a changé, mais il reste méconnu», affirme Girish Gopaul. Selon lui, le bibliothécaire est appelé à aller, «au-delà du livre». Durant la «library period» - une fois par semaine, pour chaque élève - le bibliothécaire doit vérifier le «library notebook». Un cahier où l’élève doit noter les mots qui lui sont inconnus et qu’il a rencontrés au cours de ses lectures. «Nous ne corrigeons pas le cahier, mais nous le vérifions.» Une manière de s’assurer que l’élève a bien lu le livre qu’il emprunte une fois la semaine. 

Bibliothèque égal silence ? Pas tout le temps, indique le responsable de la MLA. En collaboration avec les enseignants de français et d’anglais, le bibliothécaire encourage la lecture à voix haute et l’échange autour du livre. «En racontant ce qu’on a aimé ou pas dans un livre, en expliquant qu’on n’est pas d’accord avec un personnage, c’est l’esprit critique que l’on suscite chez l’élève.» Sans compter que les «bons exemples» que l’on trouve dans les livres servent à montrer, «comment se conduire à l’école, à la maison, dans la rue»

La «library period» c’est aussi une série d’activités, à l’occasion de quelques journées internationales. Le choix est à la discrétion du bibliothécaire : Journée mondiale du livre, de l’alphabétisation, Journée internationale de l’environnement, de la jeunesse, de lutte contre le tabagisme, contre l’abus des drogues sont des prétextes pour «du travail de recherche en groupe» ou encore des quiz. 

Il ajoute que la bibliothèque scolaire ce n’est pas que la lecture pour le plaisir, c’est aussi les livres de référence dans les diverses matières étudiées. «Si l’élève cherche des informations sur l’Égypte ancienne, j’ai un dossier déjà prêt. Pareil s’il cherche des informations sur l’eau.» 

Qu’en est-il des journaux disponibles dans les écoles ? «Le choix est fait en consultation avec le recteur et un groupe de profs.» Le responsable ne cache pas que c’est un sujet à polémique. Une seule copie des journaux choisis est consultable sur place pendant la «library period», la récréation et les breaks. Pour les magazines, les collèges sont abonnés à The Economist, Readers’ Digest, Time, National Geographic, entre autres.

Rs 50 000 par an pour acheter du matériel

Selon Girish Gopaul, les bibliothèques scolaires ont un budget d’acquisition de Rs 50 000 par an. Cela inclut l’achat de matériel : des CD, des cartes, les livres de référence et les livres pour la lecture. «Avec Rs 25 000, on peut avoir environ 200 à 250 livres.» Facteur déterminant : le prix. 

Qu’en est-il des auteurs mauriciens ? 

Souvent «plus cher que d’autres publications», Girish Gopaul explique qu’il «accorde un budget pour trois à quatre livres d’auteurs mauriciens par an». 

La procédure pour acheter des livres pour la bibliothèque scolaire d’un collège public : déterminer la liste avec le recteur, l’envoyer au ministère de l’Éducation pour le feu vert, celui-ci décaisse la somme et la verse dans les fonds de la Parents-Teachers’ Association.

Des formations en pédagogie demandées

Pas de formation spécialisée en pédagogie pour les bibliothécaires. C’est sur le tas qu’ils apprennent à gérer une classe et les rudiments de psychologie de l’élève. «Nous avons demandé des formations plusieurs fois au Mauritius Institute of Education, mais on nous a répondu que pour l’heure ce n’est pas une priorité», affirme Girish Gopaul. Il existe deux grades pour ce poste : Library clerk et Library officer. «Il a 30 ans, pour être ‘Library officer’, il fallait un diploma. C’est toujours le cas.» Pourtant des diplômes (degree) sont octroyés par l’Open University. «Le ministère de l’Éducation n’encourage pas la formation.»

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