Berguitta: dix idées pour un système d’aide alimentaire digne de Maurice

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Distribution de boissons au centre social de Baie-du-Tombeau le jeudi 18 janvier.

Distribution de boissons au centre social de Baie-du-Tombeau le jeudi 18 janvier.

Les propos du ministre Etienne Sinatambou qui trouvait normal que les sinistrés aient des biscuits et de l’eau à consommer ont indigné nombre de Mauriciens. Que peut-on faire à l’avenir pour une meilleure prise en charge de ces personnes vulnérables ?

Une des leçons que le cyclone Berguitta a laissées dans son sillage, c’est le fait qu’il y a la possibilité pour le gouvernement et dans une moindre mesure la population, d’améliorer le système actuel d’aide alimentaire aux sinistrés qui se sont dirigés dans des centres de refuge. Ce système est basé sur un protocole international qui préconise des aliments secs de base qui ne constituent aucun risque de contamination. Voici dix idées susceptibles de permettre au pays de disposer d’un système de préparation et de distribution d’un repas chaud à des sinistrés.

1. La mise en place d’une structure chargée de gérer toute la préparation et la distribution d’un repas chaud à des sinistrés selon les strictes normes de sécurité alimentaire. Cette structure devrait disposer de son propre budget financé en partie par les sociétés du secteur privé par le biais de leur Corporate Social Responsibility (CSR).

2. L’établissement d’une liste de bienfaiteurs (établissements hôteliers, restaurants, boulangeries, hôpitaux, prisons, traiteurs, traiteurs spécialisés dans la préparation des mets pour les compagnies d’aviation) ayant pris l’engagement d’apporter leur contribution aux initiatives de cette structure. Des organisations qui disposent des facilités de préparation des repas selon les normes d’hygiène requises. «Il s’agirait d’arriver à un arrangement avec les hôtels individuels», souligne Jocelyn Kwok, directeur de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice. «Mais cela pourrait poser problème pour beaucoup parce que ce n’est pas vraiment ce que nous sommes habitués à faire.»

3. La création au sein de l’Ecole hôtelière Sir Gaëtan Duval d’une antenne chargée de la formation du personnel chargé d’œuvrer dans la filière de préparation de nourriture de la structure d’aide alimentaire.

4. En attendant que le pays dispose de centres de refuge dignes de ce nom, mettre à la disposition des véritables sinistrés les facilités infrastructurelles existantes telles que celles des centres récréatifs destinés aux pensionnaires qui se trouvent à Pointe-aux-Sables et à Pointe-aux-Piments. La cuisine de ces centres peut être utilisée dans le cadre de la stratégie de préparation et de distribution de repas chauds.

5. L’établissement, avec l’aide des organisations non gouvernementales, d’une liste de personnes dont la situation de précarité peut en faire des sinistrés potentiels lors du passage d’un cyclone. Une mesure qui permettra aux autorités de faire la distinction entre les vrais sinistrés et les éternels resquilleurs qui ne pensent qu’à utiliser tous les moyens rien que pour bénéficier de l’aide alimentaire prévue par les autorités.

6. La mise en place d’une structure d’encadrement qui va sensibiliser les sinistrés potentiels à la nécessité d’une contribution de leur part. Une contribution qui, selon Patricia Adèle- Félicité, secrétaire générale de Caritas Ile Maurice, pourrait prendre la forme de vêtements chauds capables d’être transportés avec soi dans des sacs en plastique, des produits alimentaires que les sinistrés disposent déjà en termes de lait, de sucre, de boîtes de conserve, de biscuits qu’ils peuvent éventuellement utiliser dans les centres de refuge.

7. L’organisation sur une base régionale de la structure chargée de la préparation et de la distribution d’une aide alimentaire.

8. La création d’une unité spéciale composée d’éléments de la Special Mobile Force pour la récupération de repas chauds que les bienfaiteurs sauront proposés de préparer afin de les distribuer dans les centres de refuge.

9. L’achat de véhicules spécialisés dans le transport de produits alimentaires qu’ils proviennent de la chaîne du froid ou de la chaîne du chaud. L’objectif étant d’assurer une bonne conservation et de garantir la sécurité des produits alimentaires afin de se prémunir contre tout risque de contamination.

10. Faire de la nécessité d’offrir un repas digne de ce nom à des réfugiés une obligation de toute la nation et qui dépasse tous les clivages politiques. «Il faut à tout prix éviter de politiser toute la question d’aide alimentaire aux personnes des centres de refuge», insiste Siven Tirvassen, président de la Croix-Rouge de Maurice.

D’autres aliments que les biscuits

Les céréales sont une option pour les sinistrés.

«Biskwi ek delo.» La phrase a indigné toute une population. Pourtant, l’auteur, Étienne Sinatambou, porte-parole du gouvernement, et le Premier ministre, Pravind Jugnauth ne semblent pas mesurer la portée de ces propos. Pour se dédouaner, ils montrent du doigt les normes internationales qui prévoient de la nourriture sèche et de l’eau. Mais est-ce que sec pourrait dire quelque chose autre que quatre paquets de biscuits le matin et quatre autres le soir ? Nous avons demandé à des experts et voici les 10 autres possibilités.

Pain, céréales, biscottes ou encore du riz… Ce sont tous des aliments secs. «La chose la plus simple et la plus nutritive pourrait être du pain avec du beurre de pistache», explique Diane Desmarais, nutritionniste. Cependant, elle souligne le risque qu’il y ait des sinistrés qui soient allergiques aux pistaches… «Pour éviter les risques d’allergie, du pain, du beurre et du fromage seraient appropriés», explique Diane Desmarais.

Navin Mahadoo, responsable de gestion de catastrophes et réduction des risques de la Croix- Rouge de Maurice, explique que ce simple repas nutritif comporte surtout peu de risques. «C’est le transport du lieu de préparation au lieu de consommation qui est crucial. Il ne faut pas que la nourriture puisse se détériorer pendant ce transport. Le pain avec beurre et fromage comporte peu de risques», soutient-il.

Autre potentiel problème, selon Navin Mahadoo, le pain peut moisir. «Dans ce cas, des biscottes – donc du pain sec – avec du beurre  et du fromage par exemple.» Diane Desmarais fait aussi remarquer que le pain de mie prend du temps à moisir. «Des sandwichs pourraient être une bonne idée.»

Diane Desmarais suggère également des céréales. «Bien sûr, les sinistrés ne pourront pas les consommer avec du lait mais le Weetabix par exemple est plus nutritif », indique la nutritionniste.

Puisque les cyclones ne durent pas très longtemps à Maurice, des fruits pourraient constituer un moyen nutritif de se nourrir. «Je pense surtout aux bananes. Je pense que l’on pourrait servir des bananes par exemple. Elles ne mûrissent pas vite et sont nutritives», note Diane Desmarais.

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