Cassam Uteem: appel à consolider l’unité nationale

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Cassam Uteem, ancien président de la République.

Cassam Uteem, ancien président de la République.

L’ancien président de la République est indigné par les propos du ministre Étienne Sinatambou sur les provisions destinées aux sinistrés. Toutefois, il refuse de répondre aux commentaires du Premier ministre à son égard.

Pourquoi la déclaration faite par Étienne Sinatambou sur les réfugiés du cyclone Berguitta vous dérange ?

Je n’ai apprécié ni le fond ni la forme de sa déclaration. Des sinistrés qui ont dû chercher refuge, certains dans des centres sociaux et d’autres dans des salles de sport, laissant leurs maigres effets derrière eux à la merci des intempéries, méritent beaucoup plus de considération, pour ne pas dire d’empathie, de la part d’un ministre de la République. Ses propos sentaient la condescendance et le ton utilisé était péremptoire.

L’offre généreuse d’une bouteille d’eau et de quatre petits paquets de biscuits le matin et d’une autre bouteille d’eau et de quatre autres petits paquets de biscuits le soir était en l’occurrence très mal accueillie, même si le ministre peut se prévaloir d’un texte de loi voté par le Parlement il n’y a pas longtemps pour la justifier. Ce «don» est inadéquat, insultant et inacceptable. Cela nous rappelle le traitement infligé autrefois aux prisonniers qui devaient se contenter de pain rassis et d’eau. Le dire n’est pas de la démagogie comme semble le croire notre Premier ministre, mais exprimer de l’indignation face à un traitement exécrable aux plus vulnérables de notre société.

Justement, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, souligne que vous faites des commentaires à partir de votre salon. Que lui répondez- vous ?

Je ne souhaite pas répondre aux commentaires du Premier ministre Pravind Jugnauth à mon égard. Ce que je retiens est, qu’à la suite de mon intervention, le protocole pour les réfugiés sera révisé.

Pensez-vous que l’État devrait offrir autre chose que de l’eau et des biscuits aux sinistrés ?

C’est évident qu’on pourrait et devrait faire mieux, sans être extravagant. Les sinistrés ne s’attendent pas à du farata et curry de poulet ou de poisson – le repas de prédilection de nombreux Mauriciens, par temps cyclonique – ni même du briyani gracieusement offert par les bénévoles au nom de la solidarité agissante des Mauriciens. Ils ont le droit quand même de s’attendre, de la part d’un caring government, à un repas chaud et complet destiné surtout aux enfants et aux femmes enceintes. Ce qui est tout à fait possible et réalisable et même préconisé par les agences concernées des Nations unies.

L’allocation de Rs 175 offerte à chaque sinistré par jour durant la période cyclonique n’est-elle pas suffisante ?

J’avoue ignorer les critères utilisés pour déterminer le montant des Rs 175. Cependant, si cette somme s’applique à chacun des membres d’une famille sinistrée, je la trouve raisonnable.

Pensez–vous qu’au lieu de cette allocation, un repas chaud aurait pû être offert lors d’un avertissement de classe 3 ?

C’est logique, car les lieux de restauration sont tous fermés. Le gouvernement aurait pu s’adresser à des restaurants et hôtels et échanger ladite somme pour la fourniture d’un repas chaud à chaque sinistré.

Passons à autre chose. Maurice s’apprête à célébrer ses 50 ans d’Indépendance cette année. Quel regard jetez-vous sur le progrès qu’a fait le pays jusqu’ici ?

Maurice a parcouru un long chemin depuis son accession à l’Indépendance. Contrairement aux prévisions pessimistes et sombres d’experts internationaux, nous avons pu sortir le pays du marasme en créant un climat propice à l’investissement, à la diversification de notre économie et à la création d’emplois tout en maintenant, contre vents et marées, le Welfare State, en particulier l’éducation et le service de santé public gratuits et la pension de vieillesse non contributive.

Depuis quelque temps déjà, Maurice est cité en exemple par les institutions financières internationales et jouit d’un prestige certain en raison de sa performance socioéconomique. Il lui reste encore du chemin à parcourir pour atteindre les objectifs d’un pays à revenus élevés. Sur le plan sociétal et intercommunautaire, nous devons faire davantage pour créer et consolider notre unité en tant que nation, tout en célébrant notre diversité culturelle, ethnique et religieuse.

Avec le Nine-Year Schooling et les changements de critères au niveau du secondaire, le secteur de l’éducation change complètement. Est-ce une bonne chose ?

La réforme de l’Éducation est bien enclenchée et avec l’abolition du CPE, un pas important a été franchi. Cependant, il faut engager le dialogue avec les syndicats afin de parvenir à un accord consensuel sur tous les autres aspects de la réforme.

Sans être élitiste, je suis en faveur du rehaussement du niveau de l’éducation et j’accueille donc favorablement la décision d’exiger cinq credits pour passer du SC à l’HSC. Dans un souci de démocratisation de l’éducation et pour accorder la considération nécessaire aux late developers, ceux détenant trois credits en SC devraient être autorisés à passer en première année de HSC, avec possibilité au bout d’un an d’obtenir les deux autres credits.

Comment expliquez-vous la victoire d’Arvin Boolell au n°18, Belle-Rose-Quatre-Bornes ? L’électorat ne souhaite-t-il pas renouveler la classe politique ?

Il y a, à mon avis, plusieurs facteurs qui ont joué en faveur du candidat Boolell mais il a remporté la partielle avant tout parce qu’il était perçu comme le meilleur candidat du lot et donc plus à même à défendre les intérêts des habitants de la circonscription. Sa personnalité consensuelle lui a permis de bénéficier d’un bon nombre de votes des sympathisants d’autres partis politiques que le sien.

Son élection s’explique aussi par l’effondrement du Mouvement militant mauricien (MMM) dans cette circonscription et la dispersion des voix dites de gauche. Je ne crois pas que l’enjeu de cette partielle était le renouvellement de la classe politique.

Un retour de Cassam Uteem dans l’arène politique. Est-ce que c’est possible ?

Cela fera 26 ans cette année que je ne fais plus de politique active et 16 ans depuis que j’ai démissionné comme président de la République. Votre question, certains de vos confrères me la posent périodiquement, et je réponds que c’est toujours possible mais peu probable.

Vous avez sérieusement critiqué Paul Bérenger dans une interview accordée au magazine «Weekly». Pourquoi ?

Dans l’interview à laquelle vous faites référence, j’ai dit tout le bien que je pense de Paul Bérenger, leader charismatique, incontesté et adulé hier et demain, le wise old man pour ne pas dire le mentor de son parti, s’il le voulait.

Je n’ai pu m’empêcher, en même temps, de situer les responsabilités des défaites électorales successives du MMM en soulignant le type de leadership qu’il a toujours favorisé au sein de son parti, son emprise sur ses différentes instances, l’image de béni-oui-oui de ses proches collaborateurs, les stratégies d’alliances électorales récentes qui ont toutes été des échecs retentissants, la baisse de popularité constante dans les sondages confirmée de manière cinglante par les résultats sans précédent et invraisemblables de la partielle du nº 18.

Il faut donc, si le MMM veut être de nouveau un acteur majeur sur la scène politique, une remise en question fondamentale, une refonte même du fonctionnement du parti et de sa stratégie en même temps qu’une révision de son programme, applicable au pouvoir, qui démontrera la pertinence d’un MMM renouvelé. Ces critiques à l’adresse de Paul Bérenger sont des souhaits pour un sursaut qui redonnera au MMM son éclat d’antan et l’espérance des lendemains meilleurs.

Ne craignez-vous pas que votre fils fasse l’objet de représailles au sein des Mauves en raison de vos propos ?

Je n’ai aucune raison de croire que le fils puisse être condamné pour les délits dont son père serait coupable ! De toute manière, ces considérations ne m’ont jamais empêché de m’exprimer ouvertement sur les questions d’ordre social, culturel ou politique. Que cela plaise ou non !

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