Décideurs populistes et masses populaires

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Des repas chauds sont souvent offerts aux sympathisants venus dans les autobus assister aux meetings politiques.

Des repas chauds sont souvent offerts aux sympathisants venus dans les autobus assister aux meetings politiques.

«La culture populaire s’oppose à l’idée d’une culture élitiste, qui ne toucherait qu’une partie instruite de la population, mais ne se confond pas avec la culture de masse, produite par cette dite ‘élite’ en vue de conserver la population dans l’ignorance et la misère...»

Pacôme Thiellement, essayiste.

La rue gronde. Ils sont des centaines de sinistrés à réclamer autre chose que des biscuits et de l’eau. Ils scandent : “nous ne demandons pas des millions” – une allusion à peine voilée à ceux qui s’en mettent plein les poches. Mais ces sinistrés, purs produits de notre classe politique, veulent tous un peu plus d’argent que les Rs 175 d’allocation sociale par jour. Si nous sommes dans cette situation de surenchère et que les politiciens qui sont au pouvoir sont malmenés (verbalement) dans leur circonscription, la faute d’abord leur revient. Pas uniquement ceux qui sont aujourd’hui au gouvernement, mais tous ceux qui ont cultivé, des décennies durant, cette culture de manger-bwar-tam-tam. Sans penser aux lendemains.

Comment réconcilier les biryani et les bouteilles de rhum que l’on offre aux personnes pour les inciter à aller voter ou pour venir aux meetings avec le discours hautain de sieur Sinatambou (qui fait par ailleurs de la pub gratuite pour la maison de matelas des Kalachand) ? Reformulons : comment Pravind Jugnauth pourrait opérer une politique de rupture avec le passé, afin de nous sortir du middle income trap et devenir ce pays moderne à hauts revenus, en gardant une posture populiste, tout en voulant rester populaire ?

Il est de bon ton de faire référence aux protocoles internationaux lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables, mais qu’en est-il des per diem par dizaines de milliers de roupies qu’empochent nos ministres et nos hauts fonctionnaires lorsqu’ils voyagent ? Suivent-ils, à ce moment-là, le protocole international ou ont-ils institué leur propre taux de per diem qui serait deux à trois fois plus élevé que ce que prescrit le protocole international ? Nos hauts fonctionnaires ne trouvent-ils rien à dire puisqu’ils mangent eux-mêmes de ce pain-là ?

Le populisme, qui prend appui sur le peuple, pourrait designer ainsi le style de communication et de gouvernement propre à certains leaders politiques – comme Trump, Erdogan, Le Pen – qui cherchent à opposer le peuple aux élites (politiques ou économiques). C’est dans une telle posture que l’alliance Lepep, alors opposant du pouvoir établi, avait été élue et avait, en guise d’entrée en matière, procédé à une majoration des pensions, tout en promettant de casser les reins des trafiquants de drogue, de changer la MBC, d’introduire la télévision privée et la Freedom of Information Act.

Mais le populisme ne reste pas nécessairement populaire. Et Lepep a commencé à renier sa parole. Au gouvernement, Lepep avait tendance, lors de trois premieres années, à flatter la population, de la caresser «dans le sens du poil» pour avoir mis fin au règne ramgoolamien. Mais avec le temps qui passe et l’économie qui n’a pas connu ce miracle annoncé, les autorités qui sont devenues de plus en plus contestées, les gens ont compris que ceux qui sont venus acheter leurs votes ne leur laisseront, au final, que des miettes de biscuits…

Alors aujourd’hui, c’est un peu normal qu’ils haussent le ton. Qui sème le vent...

***

Dans l’histoire de l’humanité, le mal qu’on fait aujourd’hui est une tare dont on paie le prix plus tard. Et cela, dans les grandes comme dans les petites choses. C’est clair qu’on ne devrait pas pénaliser les générations actuelles de sinistrés pour un mal commis antérieurement (par une absence d’urbanisme ou à cause des politiciens ou fonctionnaires peureux, ou véreux).

Le sinistré d’aujourd’hui porte le fardeau de nos erreurs communes. Les conseils de district et les municipalités sont-ils seulement conscients et motivés par les tares grandissantes des agglomérations ?

Nos autorités s’abritent derrière les lois et des ministres tout puissants, mais elles, qui sont chargées d’appliquer la loi, en lettres et en esprit, ont-elles seulement la compétence, le sérieux et la sensibilité nécessaires ? Bien des paperassiers et autres fonctionnaires estiment avoir fait leur devoir quand ils ont suivi une procédure et payé pour des avis publicitaires, pendant que se détériore, aux yeux et aux oreilles de tous, l’environnement du pays et que les constructions sans drains poussent comme des champignons...

Pendant que se déroulent les assises du National Risk Reduction and Management Committee, posons-nous la question : combien de dalles sont transformées en réservoirs d’eau de pluie à chaque averse ? Combien d’inspections ont-elles été faites, disons depuis les dernières élections, de “dalles-bassins”, de “dalles-jardins”, de drains bouchés ?

C’est, avant nos sinistrés, bel et bien le mindset des gestionnaires en premier qu’il nous faut changer. Élus par les citoyens, payés par les citoyens, ils devraient se mettre plus souvent à la place des citoyens qui attendent un environnement plus sain, moins inondé. On ne peut pas s’en remettre au ciel pour tous nos manquements humains...

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