Sans-abri sous la pluie: «Bizin dormi dibout wadir hibou…»

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(De g. à dr.) Azad Martin, Clevio, Clency Froid et Pascal Pierre.

(De g. à dr.) Azad Martin, Clevio, Clency Froid et Pascal Pierre.

Nombre d’entre eux ont élu domicile dans les rues de la capitale. À l’origine de leurs maux : des conflits familiaux, un mauvais coup du sort, une addiction. La plupart ont été rejetés par leurs proches, certains par leurs propres enfants. Alors, en temps normal, ils dorment à la belle étoile. Mais où vont les sans-abri quand le temps se gâte, que les grosses pluies s’abattent sur toute l’île, comme c’est le cas depuis quelques jours ?

«Bizin dormi dibout wadir hibou», lâche un sans-abri, qui visiblement, n’a pas perdu son sens de l’humour. Impossible de fermer l’oeil, de trouver un endroit sec. Pascal Pierre, 54 ans, dort dans les rues de Port-Louis depuis cinq ans. Divorcé et père de deux enfants, il s’est retrouvé sans rien après «enn déboulman dan fami».

Son métier de cleaner lui permet de ne pas dormir le ventre vide. Mais pas de trouver un toit. A-t-il essayé les abris de nuit ? «Ayo pa kozé, vo mié ress lor simé.» Visiblement, les expériences passées ne lui ont pas laissé de bons souvenirs, loin de là. «O mwin, dan lari, pa bizin sipliyé personn pou kapav rantré…» Depuis que les grosses averses s’abattent sur le pays, Pascal et ses amis, «dormi lizié ouver. Péna plas sek. Parfwa dilo ariv ziska nou molé».

Clency Froid, 55 ans, travaille lui comme vigile au Jardin de la Compagnie. Il erre jour et nuit en ce lieu, et y gagne de quoi «déroulé». Cela fait sept ans que ce père de cinq enfants a trouvé refuge là, entre les vieux arbres. «Mo Madam ti kasyet Rhum anba lili, ler mo sorti travay mo trouv sa monn fatigé. Monn alé…»

De l’argent, il devrait pourtant en avoir sur son compte en banque, après qu’il a vendu des terres qui lui appartenaient… Mais il n’arrive plus à mettre la main sur la nièce qui s’est occupée des démarches à sa place. «Mo kart identité oussi avek limem.» Pendant les averses, Clency tente de tuer le temps comme il peut, avec des potes, qui sont dans la même situation que lui. Pour contrer le malheur, rien de tel que le rire et les amis. «Nou ress ansam, nou bat enn ti zafer, met enn dialog, kozé-riyé…»

Lui est un ancien marin pêcheur. C’est après la mort de ses proches et un mariage qui a mal tourné qu’Azad Marta s’est retrouvé sans le sou et à la rue. Son ex-conjointe est partie en emportant tout ce qu’ils avaient. Par temps de pluie, il essaie de chercher un petit coin, à l’abri d’un bâtiment, d’un lieu de culte, pour se protéger des intempéries. Le reste du temps, le gardien de nuit se balade dans la rue, «bwar-bwar» de temps à autre. Histoire d’oublier la misère humaine. Et la solitude.

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