Michel Gérard Nina: «Les élus municipaux ne pensent plus au bien-être des citadins»

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Michel Gérard Nina, ex-lord maire MMM et ancien syndicaliste.

Michel Gérard Nina, ex-lord maire MMM et ancien syndicaliste.

Les médias parlent peu de Michel Gérard Nina, en ce moment. Pour cause, l’ancien lord-maire, qui fêtera ses 70 ans le 2 février, limite son action aux activités régionales de son parti, le Mouvement militant mauricien (MMM).

Dites «Ti-Moignac» à un militant du MMM et tout de suite on saura à qui vous faites référence. Michel Gérard Nina, Ti-Moignac pour les intimes, est un de ces vétérans mauves qui demeurent fidèles à leur parti. Il a consacré sa vie au syndicalisme et à l’action politique au sein du «parti des travailleurs militants», comme il le dit. Lord-maire en 2003, il n’a pas pris de retraite politique, restant à la disposition du MMM pour des activités régionales. Cependant, il n’hésite pas à répondre présent quand il est appelé à donner un coup de main ailleurs. 

C’est le cas, en décembre dernier, quand il est sollicité pour apporter un soutien à Nita Juddoo, la candidate mauve à l’élection partielle au no18. Ti-Moignac est actif à Résidence Saint-Jean mais la candidate est battue. Le vieux militant ne semble pas affecté par la défaite. «La lutte continue», dit-il, avant d’ajouter «bizin sinser ek fer sakrifis pou kapav fer travayer progrésé.» 

Mais le vétéran de la politique se désole devant l’absence de mobilisation qu’il a constatée sur le terrain. Il se souvient avec émotion des pratiques militantes dans les années 70. «Avec des amis comme Rajen Dyalah, Jean-Claude Augustave, Raffick Choonee, Siven Chinien et Nabé Fortuno, entre autres, on arpentait des villages pour y intriduire des cellules du MMM.» 

Gérard Nina se souvient également des séminaires de formation animés par Kader Bhayat, Hervé Masson, Louis Boullé, Jacques de Commarmond, Suresh Moorba, Jean-Claude de l’Estrac et Paul Bérenger. Il se rappelle également le temps où il était vice-président du MMM, à la fin des années 70. Anerood Jugnauth était président du parti à cette période. Le vieux militant garde toujours un agréable souvenir de ces personnes venues d’horizons différents pour se mettre ensemble au service d’un idéal : celui de la justice sociale. 

C’est justement ce désir d’oeuvrer pour la justice sociale et l’avancement de la classe ouvrière qui conduit Gérard Nina vers le syndicalisme. Il est encore mineur quand il est embauché comme ouvrier du port. À cette époque, le député-syndicaliste Augustin Moignac anime le syndicat des travailleurs de ce secteur. Comme il a des liens de parenté avec Gérard Nina, ce dernier se retrouve souvent au bureau du syndicaliste. Il devient plus tard un de ses principaux collaborateurs, d’où le surnom de «Ti-Moignac»

Une vie mouvementée 

Et c’est tout naturellement, qu’un jour, Jean-Claude Augustave l’invite à se rendre au Port-Louis High School pour rencontrer un jeune enseignant qui veut militer pour le progrès des travailleurs. Ce jeune instituteur s’appelle Paul Raymond Bérenger. Le courant passe entre eux et Gérard Nina se retrouve parmi les membres fondateurs de la Port-Louis Harbour and DocksWorkers Union. 

À partir de là s’ensuit une vie mouvementée de militant syndical, marquée par la perte d’emploi et des périodes d’emprisonnement. Gérard Nina est licencié au moment des grandes grèves en 1971. Il ne retrouvera son emploi qu’en 1997. Que pense-t-il de la revendication des jeunes qui habitent non loin du port et qui veulent y être embauchés ? «Je suis sensible à leur revendication. Dans le temps, quand le travail était dur et mal payé, c’était surtout des habitants de Cassis, Roche-Bois et des environs qui travaillaient dans le port. Des accords avec le patronat prônaient une préférence pour les enfants des employés ou pour des résidents des quartiers avoisinant le port. Ces accords ont hélas été résiliés.» 

L’engagement de Gérard Nina l’a surtout conduit à l’administration régionale. Le militant a été élu au conseil municipal de Port-Louis, sans interruption, pendant 28 ans, de 1977 à 2005. Le travailleur du port, qui a pu devenir premier magistrat de la capitale, est fier de ce qu’il a pu accomplir pour améliorer le quotidien des populations des quartiers défavorisés. 

L’ancien lord-maire est très sévère dans son jugement sur l’action des administrateurs locaux actuels. «Aujourd’hui, les élus municipaux ne pensent plus au bien-être des citadins», affirmet- il. Gérard Nina garde l’espoir de pouvoir transmettre à de jeunes militants cette volonté d’oeuvrer pour le progrès des plus démunis. C’est la tâche qu’il s’est assignée.

Son parcours

Activiste d’Augustin Moignac dans le port
1971 – Un des fondateurs de la PLHDWU
1975 – Délégué permanent du MMM à Rodrigues
1976 à 1978 – Vice-président du MMM
1977 à 2005 – Élu municipal à Port-Louis
2003 – Lord-maire de Port-Louis
2005 – Battu aux élections municipales

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