Yahya Paraouty: «La réforme éducative est un fiasco»

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Yahya Paraouty, président de l’UPSEE

Yahya Paraouty, président de l’UPSEE

«PSAC enn fiasco ! Minis lédikasion bizin démisioné!» Voici ce que disent les affiches que le président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) compte placarder un peu partout en ce début de mois. Bien qu’étant membre du Mouvement socialiste militant (MSM) et conseiller municipal de Port-Louis, Yahya Paraouty a décidé de s’attaquer au ministère de l’Éducation. Nous avons voulu savoir pourquoi.

Vous êtes membre du comité central du parti soleil. Malgré cela, vous avez déclaré la guerre à Leela Devi Dookun-Luchoomun. Pourquoi ? 
Mon combat est contre le ministère de l’Éducation. Ne personnalisons pas le débat.

Vos affiches disent quand même qu’elle doit démissionner… 
Oui, il est écrit : «PSAC enn fiasco ! Minis lédikasion bizin démisioné». Je n’ai rien contre la ministre personnellement mais il est grand temps que quelqu’un lui dise que sa réforme est un véritable échec. On va tout droit vers une catastrophe ! 

Nous avons eu un avant-goût déjà avec le Primary School Achievement Certificate (PSAC). Jamais n’y a-t-il eu autant de parents frustrés et, encore moins, ce nombre de demandes de transfert ! Nous avons fait 300 affiches dans un premier temps. Elles seront collées dans les principales villes.

Que reprochez-vous au ministère de l’Éducation ? 
Avant d’établir toute réforme, il faut discuter avec les stakeholders, qui doivent être consultés et «taken on board». Or, cela fait des mois, voire des années, que la communication entre l’UPSEE et les autorités ont été rompues. Par les autorités, je veux dire le ministère et la Private Secondary Education Authority (PSEA). 

Nous avons demandé d’obtenir des rencontres à plusieurs reprises mais sans succès. Nous ne comprenons pas pourquoi nous avons été mis à l’écart alors que nous sommes le syndicat le plus représentatif de l’éducation privée à Maurice.

Donc, est-ce vraiment la réforme qui vous pose problème ou est-ce parce que vous n’avez plus aucune ligne de communication avec «les autorités» ? 
Les deux ! Nous n’avons pas eu notre mot à dire par rapport à l’élaboration du plan de la réforme alors que nous sommes un «major stakeholder». Déjà là, il y a un problème. 

Je constate qu’il existe une grande hypocrisie, surtout en ce qui concerne les élèves qui obtiennent le minimum requis. À présent, ils seront envoyés en «extended stream». Encore une fois, on ne sait pas vraiment ce que cela veut dire. Et ce n’est pas cet atelier de travail de trois jours qui permettra aux enseignants d’être bien formés. 

Les collèges privés affichent des places vacantes pour cette rentrée scolaire et cela va empirer avec l’introduction d’un minimum de 5 crédits pour monter en Grade 12 (Lower VI). C’est cette année qu’on ressentira les effets de cette décision. 

Malgré tout, nous constatons que le stress et la compétition sont toujours bien présents, mais ont été repoussés cette fois au Grade 9. Car les élèves devront participer à un examen national pour pouvoir décrocher une place dans les académies. 

Ne nous voilons pas la face, les élèves du privé ont très peu de chances de pouvoir y accéder. Outre le Nine- Year Schooling, nous condamnons la façon de faire du ministère par rapport à d’autres dossiers, tels que la rétention des School Certificates et Higher School Certificates des collégiens qui n’ont pas payé les frais d’examens.

Et le PSAC, pourquoi est-ce un échec selon vous ? 
Le PSAC permet la promotion automatique en Grade 7 mais moi je continue à dire que ces élèves-là ont échoué. Je remets également en question le niveau des questionnaires. Il a baissé ! Personne ne communique, nous ne savons même pas si le «pass mark» a baissé. Il faudrait que les enseignants du secondaire soient mis au courant car ce sont eux qui travailleront avec ces collégiens. 

Il faut qu’on sache à quoi s’attendre. Sans compter la frustration occasionnée par l’attribution des collèges cette année. J’ai vu des parents stressés, des élèves qui pleurent car ils n’ont pas eu le collège de leur choix alors qu’ils ont eu 4 unités.

Est-ce un peu excessif de coller des affiches ? 
Pas du tout ! La ministre a refusé de nous rencontrer alors que l’UPSEE représente 4 000 membres. Mais des rencontres ont bien eu lieu avec d’autres syndicats. C’est inacceptable ! Elle continue à faire la sourde oreille. Si elle a choisi de faire les choses ainsi, nous n’y pouvons rien…

Étant toujours membre du MSM, craignez-vous une révocation ? 
Je fais la démarcation entre mon appartenance politique et mon combat syndical. Je crois dans le leadership du MSM, dans sa vision et dans celle du Premier ministre Pravind Jugnauth. Il y a des personnes totalement louables dans le parti, à l’instar des ministres Ashit Gungah ou encore Roubina Jadoo-Jaunbocus, avec qui j’ai de très bonnes relations. 

Mais il n’y a qu’à consulter les «stakeholders» de l’éducation, tous diront que la réforme est un fiasco. Je reste un membre actif du MSM tout en continuant mon combat. 

Cette réforme que vous critiquez est tout de même une des réalisations phares du gouvernement. Le Premier ministre en parle dès qu’il en a l’occasion… 
La réalité est tout autre ! J’invite les personnalités politiques, dont le Premier ministre, à sortir dans la rue et à parler aux gens. Il n’y a qu’à voir la frustration du petit peuple pour comprendre que ce plan est voué à l’échec. C’est ce que pense l’ensemble de l’enseignement privé. Peut-être que Pravind Jugnauth n’est pas au courant qu’il n’y a aucune communication. Les ministres ne connaissent pas les points faibles de ce projet.

Vos affiches serviront à les informer ? 
Les affiches, ce n’est pas moi qui les ai voulues. Pour la première fois, un ministre de l’Éducation choisit de rompre toute communication. Ce n’est pas notre décision.

Pensez-vous que l’enseignement à Maurice devait être repensé et qu’il n’existe aucun système parfait ? 
Nous avons toujours lutté pour une réforme éducative. Mais il aurait fallu discuter autour d’une table et ne pas imposer les décisions sur les enseignants, élèves et parents. Nous avons présenté nos recommandations. Bien sûr, elles n’ont pas été prises en considération.

Pensez-vous que les affiches changeront la donne ? 
Non, nous ne pensons pas qu’elles débloqueront la situation. Mais, c’est notre façon à nous de faire entendre notre voix.

Que comptez-vous faire par la suite ? 
Nous tiendrons notre assemblée générale en février. Il faudra écouter tous les membres avant de connaître notre prochaine démarche.

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