Philippe la Hausse de Lalouvière: «On a peur que le privé ne vole ce qui appartient à l’État»

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Philippe la Hausse de Lalouvière dit connaître les coins et recoins du parc national de Rivière-Noire.

Philippe la Hausse de Lalouvière dit connaître les coins et recoins du parc national de Rivière-Noire.

Pendant la première semaine de 2018, une personnalité dans chaque région nous raconte ce qu’elle fait pour commencer l’année du bon pied. Fervent du trail, Philippe la Hausse de Lalouvière croit aux vertus de l’effort. Grimper le Piton de la Petite-Rivière-Noire, c’est sa façon de se préparer à escalader les obstacles de la vie.

Souffle court, le corps en nage, il respire à grosses bouffées l’air en altitude. Le matin du 1er janvier est encore neuf. Philippe la Hausse de Lalouvière a déjà une quarantaine de kilomètres dans les jambes. C’est sa discipline du premier jour de l’an. Se ressourcer à la montagne. Pas n’importe laquelle. La plus haute de Maurice.

«Je crois dans l’effort.» Mesuré et continu. Pour traverser le parc national, arriver au sommet du Piton de la Petite-Rivière-Noire. Les vertus de l’effort pour surmonter les obstacles de l’existence. Porter plusieurs casquettes sans s’essouffler. Assurer ses responsabilités de directeur général des Moulins de la Concorde. Avoir plusieurs engagements citoyens : responsable de l’ONG Friends of the Environment, défenseur du patrimoine, ancien président du National Heritage Trust Fund, membre en vue de la Société de l’Histoire. Mais aussi organisateur et coureur de trail…

Une fois au sommet du Piton, le panorama de l’ouest de l’île étendu sous ses yeux lui permet de faire le point. «Je vois toute cette nature qui est encore préservée. Mais je vois aussi le développement qui avance. Il est encore temps de préserver l’équilibre.» Au loin : les plages minées par l’érosion ou celles morcelées par les projets hôteliers. Plus près : la préservation du parc national de Rivière-Noire. Un patrimoine «dégradé».

En 2017, à la faveur de consultations autour d’un Master Plan de gestion du parc, les autorités ont à nouveau fait part de leur intention de demander l’inscription du site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Philippe la Hausse de Lalouvière est parmi ceux à avoir fait des suggestions pour la réhabilitation du parc. Toutes vont dans un sens: «Favoriser l’utilisation par le plus grand nombre de Mauriciens, pas seulement les touristes.»

Ce n’est pas la première fois qu’il s’intéresse au sort du parc national. Ou au devenir d’un patrimoine géré par l’État. Son expérience lui a surtout enseigné la prudence. Car au fil du temps, malgré les bonnes volontés, «il y a une méfiance des autorités vis-à-vis du grand capital. On a peur que le privé ne vole ce qui appartient à l’État. Pourtant, il y a des public-private partnerships qui ont déjà bien marché». Comme pour les travaux archéologiques et la rénovation de la Tour Martello de La Preneuse et celle de la Citadelle.

Le parc national de Rivière-Noire, c’est avec fierté que Philippe la Hausse de Lalouvière dit en connaître les coins et recoins, dont les vestiges historiques méconnus cachés par la végétation. Comme l’établissement où s’étaient installés des travailleurs venus du Maharastra. «Tout cela demande à être mis en relief.»

Il y croit. Le patrimoine, c’est une affaire de partage. De connaissance de l’autre. «C’est vrai, il y a quelques années, le mot patrimoine ne disait pas grand-chose à beaucoup de monde, mais du chemin a été fait depuis.» Pour réconcilier le citoyen ordinaire avec des vestiges d’une histoire guerrière. Comme ces restes de fortifications qui subsistent encore dans certaines zones côtières. Victimes sans défenses des voleurs des pierres taillées.

Pour Philippe la Hausse de Lalouvière, tout est lié. L’enseignement de l’histoire à l’école. Une meilleure connaissance de la culture et des croyances de l’autre. «Environ 10 % du patrimoine national est constitué de cimetières et de tombes, notamment le cimetière de l’Ouest. Mais une grande partie de la population n’enterre pas ses morts.»

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