Prostitution: «Personne n’est prêt à embaucher quelqu’une ayant un lourd passé»

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Les actes de violences physiques et verbales contre les prostituées font partie de leur quotidien.

Les actes de violences physiques et verbales contre les prostituées font partie de leur quotidien. 

Même si elles veulent prendre de bonnes résolutions pour cette année, elles ne pourront pas arrêter de faire le trottoir. C’est ce qu’affirment nombre de femmes prostituées. La raison étant que, selon elles, personne ne voudra employer une ancienne travailleuse du sexe.

À l’occasion de la Journée «mondial pou dimounn ki trasé», en décembre. L’express avait rencontré ces quelques personnes qui, malgré elles, ont fait du plus vieux métier du monde leur gagne-pain.

Il est 11 heures. Au jardin de la Compagnie, les activités des marchands ont commencé depuis tôt. Derrière les chapiteaux et tout près du pont, quelques femmes se sont regroupées. Les yeux cernés et les traits tirés, elles grillent une cigarette. Beaucoup d’entre elles n’ont pas plus de 50 ans. Certaines sont mères et d’autres grand-mères. Elles ont la parole facile et acceptent de nous parler de leur quotidien.

«Mo dégout momem»

Si quelques-unes de nos interlocutrices mènent cette vie, c’est qu’elles sont tombées dedans à cause de la drogue. D’autres y ont été jetées de force par la misère. «Kan péna lédikasion, ki sannla pou donn ou enn travay ki pay bien ?» lâche Adèle* (prénom modifié).

Cette habitante d’un quartier de Port-Louis est âgée de 42 ans. C’est un petit bout de femme maquillée et vêtue d’une robe fuchsia et de chaussures à talon rouges. Elle fait beaucoup plus que son âge. «J’ai commencé avant même d’avoir atteint la majorité. J’avais la volonté de quitter ce travail, mais personne n’est prêt à embaucher quelqu’une ayant un lourd passé», dit-elle. La quadragénaire confie qu’elle a déjà fait de la prison.

Adèle a perdu beaucoup d’amies, qui sont mortes des suites de maladies transmissibles. Celle qui a marqué sa vie est Marie Ange Milazar. Cette dernière était enceinte de huit mois lorsqu’elle a été violée et tuée sauvagement en novembre 2009. «Ce jour-là, je m’étais dit qu’il fallait que j’arrête

Les deux filles d’Adèle étaient alors en bas-âge et elle s’est demandé ce qu’il adviendrait de ses enfants s’il lui arrivait la même chose. C’est avec cette décision ferme qu’elle ne remet plus le pied au jardin et trouve de l’emploi chez une proche. «Mais, au bout de quelque temps, lorsque son époux a appris mon passé, il a commencé à me harceler pour faire de moi son objet sexuel.» Il aurait menacé de la mettre à la porte si elle lui disait non. Il aurait aussi insisté sur le fait que son épouse n’apprécierait pas d’apprendre qu’elle héberge une prostituée.

Touchant un salaire de misère, elle a préféré se plier aux volontés de cet homme. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’il n’y avait aucune différence entre l’Adèle du passé et celle d’aujourd’hui. Elle quitte donc son emploi pour faire du nettoyage. Nouvelle épreuve : son précédent patron a ébruité sa vie d’avant et a mis la pression pour qu’on ne l’embauche pas. Sur un coup de tête, elle retourne faire le trottoir. Et, à aujourd’hui, elle y est toujours.

Le quotidien est difficile. «Mo dégout momem pou séki mo été.» La nuit, la Portlouisienne se demande parfois si elle pourra rentrer chez elle. «Gagn bann maniak. Zot fer tou kalité kitsoz ek nou.» D’autres ne veulent pas payer. «Éna swar bann lotorité ki vinn rod nou servis apré zot fer ferm nou

Les actes de violences physiques et verbales contre elles, ainsi que les regards font partie du quotidien d’Adèle et de ses collègues. «Les gens nous crachent même dessus… Mé zot pa pansé, ki si pa ti éna bann fam kouma mwa, ti pu éna buku viol.» Mais ce mode de vie, Adèle ne l’a pas cherché ni ne le souhaite à personne, encore moins à ses enfants.

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