Achats: les commerçants font grise mine

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Les marchands ambulants ont toujours fait concurrence aux commerçants. Mais désormais, de simples boutiques se sont mises à vendre des vêtements, les licences n’étant plus obligatoires.

Les marchands ambulants ont toujours fait concurrence aux commerçants. Mais désormais, de simples boutiques se sont mises à vendre des vêtements, les licences n’étant plus obligatoires.  

Les ventes auraient baissé de moitié durant les fêtes, clame le président du Front commun des commerçants de Maurice. en cause : pas que les marchands ambulants.

Les fêtes terminées, dans les principales villes, les commerçants comptabilisent leurs chiffres d’affaires. Et en ce début d’année, l’humeur est loin d’être festive. Selon Raj Appadu, président du Front commun des commerçants de Maurice (FCCM), les ventes auraient chuté par plus de 50 % cette année. 

«En parlant aux commerçants de diverses villes, j’ai appris que le chiffre d’affaires a baissé drastiquement. C’est un constat général», fait-il valoir. Et d’ajouter que, dans certains cas, des commerçants n’ont réalisé que 35 % de leurs recettes habituelles. «Cette année-ci, les gens étaient très prudents avec leur argent. Ils ont choi- si d’acheter les choses essentielles, notamment les fournitures scolaires. Les augmentations des frais pour les bus scolaires, garderies et écoles maternelles n’ont certainement pas aidé», dit-il. Certains commerçants interrogés laissent même entendre que leurs recettes auraient connu une baisse de Rs 10 000 par jour, comparées aux années précédentes. 

Ismet Abdoolah, secrétaire de l’Association des commerçants de Beau-Bassin–Rose-Hill, abonde dans le même sens. Il avance que la situation est encore plus pénible avec la présence des marchands ambulants. «La concurrence déloyale continue», déplore-t-il. Selon lui, un nouveau phénomène est venu s’ajouter à la situation déjà pré- caire des commerçants : l’abolition du paiement des Trade Fees pour des licences qui coûtent moins de Rs 5 000 par année jusqu’à fin 2019. 

Les Trade Fees pour commercialiser des vêtements, par exemple, coûtent moins de Rs 5 000. Cette mesure a été instituée afin de «soulager» les commerçants. Mais, au final, ce sont d’autres opérateurs non autorisés qui en auraient profité. À titre d’exemple, des boutiques, ayant une licence de General Retailer, ont commercialisé vêtements et autres produits pendant les fêtes. 

Selon Ismet Abdoolah, des «opportunistes» ont choisi d’occu- per des emplacements vides pour vendre des produits sans aucune autorisation. En effet, avec uniquement un Business Registration Number de la Mauritius Revenue Authority (MRA), l’importation de produits autorisés sur le sol mauricien est possible. Du coup, des personnes qui voyagent en Inde ou en Chine peuvent rapporter des vêtements et chaussures, entre autres, dans leurs bagages. 

«Cette pratique constitue une concurrence encore plus déloyale envers les commerçants enregistrés», laisse-t-il entendre. Et d’ajouter que ces opérateurs non autorisés ne détiennent pas de permis ou de certificat d’exemption des mairies, comme c’est le cas pour ceux qui sont en règle. «Ils échappent à tout contrôle, y compris le fisc», souligne-t-il. 

Ismet Abdoolah poursuit qu’une autre catégorie d’opérateurs illégaux vend des produits «sur consignation», c’est-à-dire, ils peuvent les rapporter aux distributeurs s’ils n’ont pas été vendus. Alors que les commerçants établis n’ont pas recours à ces pratiques.

Raj Appadu indique, quant à lui, que dans la capitale, certains ont choisi de louer des espaces «par mètre»«Parce qu’il n’y a pas eu suffisamment de contrôle des mairies, ces personnes ont pu travailler librement dans l’illégalité», martèle-t-il. 

Ismet Abdoolah va plus loin dans l’analyse. «Le centre de Rose-Hill, par exemple, n’attire plus une certaine catégorie d’acheteurs car ils préfèrent se rendre dans les centres commerciaux où il y a plus de sécurité, d’espaces parking et de divertissements qui correspondent à la famille. Les mairies n’ont aucun projet de développement pour les villes, les commerces sont laissés à eux-mêmes, contrairement à d’autres pays tels que Dubayy, Singapour ou encore La Malaisie». 

Son avis est partagé par Raj Appadu, qui souligne qu’aucune étude sérieuse n’a été entreprise à Maurice par rapport à la relance des petits commerces. «Heureusement que l’augmentation des frais de location a pu être repoussée. Sinon, cela aurait été un drame. Énormément de commerces auraient alors mis la clé sous le paillasson.» 

Sollicité, Daniel Laurent, lord- maire, explique que l’annulation des Trade Fees inférieurs à Rs 5 000, a, avant tout, servi à permettre aux commerces de respirer. Il précise toutefois que des permis sont quand même nécessaires pour opérer. Quid du phénomène de location d’emplacements et de la commercialisation de produits sans détenir de licence adéquate ? À cela, le lord-maire indique ne pas être au courant. «Je vais me renseigner.» 

Interrogée, Soolekha Jepaul Raddhoa, maire de Quatre-Bornes et présidente de l’Association of Urban Authorities, soutient, elle, que les mairies ont tout fait pour éradiquer le nombre de marchands ambulants. «À Quatre-Bornes, nous avons saisi un nombre important d’articles», fait-elle ressortir.

Elle ajoute toutefois qu’une demande a été faite pour obtenir la collaboration de la police. Mais le «response n’était pas positif». «Nous avons fait de notre mieux. Malheureusement, nous ne pouvons pas empêcher la démagog  et les commerçants de critiquer.» 

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