Ned Charles: « S’inspirer de l’Ajax Amsterdam pour relancer le football mauricien»

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Aujourd’hui âgé de 60 ans, le Mahébourgeois, de passage au pays pour les fêtes de fin d’année, constate avec tristesse que le sport roi est en crise chez nous.

Aujourd’hui âgé de 60 ans, le Mahébourgeois, de passage au pays pour les fêtes de fin d’année, constate avec tristesse que le sport roi est en crise chez nous.

Champion avec le Racing Club de Maurice en 1978, l’ailier Ned Charles met ensuite le cap sur la Belgique et signe un contrat pro de trois ans au Cercle de Bruges. A 23 ans, il devient alors le premier Mauricien a évoluer au plus haut niveau mondial (Ndlr : Willy Vincent brillera plus tard au club d’Anvers). Aujourd’hui âgé de 60 ans, le Mahébourgeois, de passage au pays pour les fêtes de fin d’année, constate avec tristesse que le sport roi est en crise chez nous. Nous l’avons rencontré à deux jours du Nouvel An.

Ned Charles, vous êtes de retour au pays, vos racines vous manquent en Belgique ?
Ma dernière visite à Maurice remonte à 2008. Cette fois je suis accompagné d’amis belges à qui je fais découvrir l’île, on revient justement de Crocodile Park. Vendredi soir j’ai été invité à Trianon pour prendre un pot de l’amitié au Racing Club. Je ne m’ennuie pas ! J’aime toujours revenir à Maurice, avec plaisir, c’est pour ça que j’y amène mes amis. Ils sont très contents.

Que devenez-vous ?
Je suis divorcé, j’ai trois enfants. J’ai fêté mes 60 ans en mai de l’année dernière. C’est le plus bel âge ! Je travaille chez Mazda Europe et je m’occupe aussi à côté d’un club de foot local, Emelgem Kachtem, qui réunit 200 enfants de 9 à 15 ans. Je suis chargé de leur formation technique.

Quelles sont vos qualifications en tant qu’entraîneur ?
Je suis devenu entraîneur depuis mes 29 ans, j’étudiais en même temps que je jouais. Je me suis occupé des jeunes du Cercle de Bruges pendant 10 ans et c’était une riche expérience. Mais cette année j’ai refusé de les entraîner, car c’est très fatigant pour moi. J’ai un diplôme UEFA A, qui me permet d’entraîner en D2 professionnelle et aussi d’être entraîneur adjoint d’une D1. J’aimerais passer mon diplôme UEFA pro pour pouvoir entraîner en D1. C’est facile, ça ne prend que 6 mois en continu, mais pour le passer je devrais prendre un congé sans soldes…

Pot de l’amitié organisé par le Racing Club en l’honneur de son ancien joueur Ned Charles.

Vous suivez le football mauricien ?
Bien sûr. Je suis triste de voir l’état de notre football aujourd’hui. Il y a pas mal de travail à faire ici. Je trouve qu’il y a pas mal d’entraîneurs qui font très bien. On prend des entraîneurs en sélection, après un an on les licencie pour absence de résultats, mais ce n’est pas leur faute !

En tant qu’éducateur quels conseils vous donneriez pour relancer le foot chez nous ?
Je pense qu’il faut oublier la sélection nationale et commencer un travail à partir des jeunes. Il faut changer la mentalité mauricienne, être plus professionnel et avoir de bonnes infrastructures. J’ai entendu dire qu’on travaille avec des jeunes et qu’il y a plusieurs académies de football maintenant. Je ne les ai pas vus, mais c’est très bien. Il y a un gros travail à faire avec la sélection. Je l’avais dit dans un article de presse ici quand j’étais venu en 2008 (Ndlr : dans l’express), mais rien n’a changé.

C’est-à-dire ?
On ne peut pas lancer le football professionnel d’un seul coup sans une bonne préparation des joueurs. Les joueurs doivent être plus professionnels, c’est-à-dire avoir de la discipline, de l’organisation et la bonne mentalité. Tenez, en France, en Allemagne, en Espagne, ils ont une attitude pro dès 10 ans. Ca passe par une bonne hygiène de vie, ce qu’on mange, à quelle heure on se couche. Rien n’est laissé au hasard. Il faut passer par là pour que le football mauricien atteigne un niveau supérieur. En football il n’y a pas de miracle : il faut s’entraîner.

C’est quoi la référence à suivre pour vous ?
J’aime bien l’Ajax Amsterdam, c’est mon modèle. Je travaille d’ailleurs avec leur système TIPS : Technical, Intelligence, Personality and Speed. Pourquoi pas s’en inspirer pour aider le football mauricien ?

A votre époque, les stades étaient pleins mais aujourd’hui, les tribunes sont vides et les jeunes préfèrent regarder la Premier League. Vous avez une idée pour faire revenir les Mauriciens aux matchs de foot ?
La Premier League c’est bien, mais il faut penser aussi à son pays ! Il faudrait faire revivre le foot d’antan, qui marchait bien. A l’époque du football communaliste les clubs étaient adorés des Mauriciens. Peut-être qu’on pourrait garder ces équipes mais on ne peut plus jouer en ethnie, il faudrait un mélange dans chaque club. Changer les mentalités, comme je l’ai déjà dit. Il faut aussi des dirigeants qui connaissent un peu le football pour faire ce qu’il faut pour progresser.

A part Ned Charles, Willy Vincent et quelques autres, très peu de Mauriciens ont percé au plus haut niveau. Est-ce qu’on verra un jour un footballeur mauricien de classe mondiale selon vous ?
Je suis convaincu que les Mauriciens peuvent faire carrière en Europe. J’entraîne tous les jours, je sais que les Mauriciens sont bien plus forts au niveau technique que les Belges mais ils n’ont pas le physique. Il faut aussi changer les entraînements à Maurice. 

C’est-à-dire ?
Il faut s’adapter au plus haut niveau physique, par exemple en travaillant plus sur l’agilité. Dans le football moderne il y a de tout : il faut pouvoir courir, sauter, revenir derrière… Il faut travailler les qualités athlétiques.

Quel club vous fait rêver en Europe ?
Je suis fan du beau jeu, j’aime l’Ajax. Mais le PSG et Manchester City sont les équipes que j’adore en ce moment, même si mon favori pour remporter la Ligue des champions c’est le FC Barcelone.

Et vous, comment vous êtes-vous ouvert les portes d’un grand club en Belgique en 1979 ?
J’étais avant-centre, ailier gauche, on m’appelait affectueusement ‘pédalé’, j’aimais bien dribbler, surtout faire le ‘high wave’ comme on dit en anglais. J’étais très fort en dribble, je pouvais passer 3 à 4 joueurs en même temps. J’ai d’abord fait un test à Anderlecht, un moment fabuleux. Mais je n’ai pas été retenu, car je n’étais pas au point physiquement, je m’entraînais deux fois par semaine au Racing et eux six fois. Ensuite, j’étais trop petit (Ndlr : 1m76) donc pas assez bon de la tête. Mais ma technique m’a permis d’être pris au Cercle.

Quelles étaient les qualités de votre belle équipe du Racing ?
On a été champion de Maurice avec le Racing en 1977-78, on avait une très belle équipe, avec Quéland Tombé, Dany Imbert et tous les autres. On était vraiment camarades, on s’amusait sur le terrain. Quand quelqu’un faisait une faute, l’autre la réparait. Il y avait une très grande solidarité. Mon meilleur souvenir restera ma talonnade contre les Muslim Scouts et le pire notre défaite contre la Fire au dernier match…

Vous avez prévu quoi pour le réveillon ?
Chez mon frère Guito à Beau Vallon, avec les 14 amis venus de Belgique, autour d’un bon civet de cerf. Je souhaite une bonne année à toutes et à tous !

Profil

Ned Charles
Né le…………………28 mai 1957 (60 ans)
A… …………………Mahébourg
Poste…………………attaquant

Carrière de footballeur

Clubs :
- Racing Club de Maurice (Maurice),
- Cercle de Bruges (Belgique),
- USF Le Puy (D2, France),
- UR Namur (Belgique),
- Walhain (Belgique).
- Sélections, Club M : 9

Carrière d’entraîneur :
- SV Oostkamp (youth coach)
- Cercle de Bruges (youth coach)
- Emelgem Kachtem (youth coach)

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