Dr Sateeanund Peerthum :«Le manque d’intérêt pour l’Histoire est une menace à notre patrimoine commun»

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Le Dr Sateeanund Peerthum, 76 ans est connu à Maurice comme un historien très respecté.

Le Dr Sateeanund Peerthum, 76 ans est connu à Maurice comme un historien très respecté.

Même à la retraite, le Dr Sateeanund Peerthum continue à observer l’évolution du pays. Après avoir servi la nation comme député, ministre et ambassadeur, il est satisfait d’avoir contribué au développement de Maurice.

«Pour moi, l’Histoire, c’est celle de la lutte des peuples pour la justice sociale», dit le Dr Sateeanund Peerthum. L’homme de 76 ans est connu à Maurice comme un historien très respecté. Son travail en tant que chercheur a d’ailleurs marqué les esprits en raison de la perspective non traditionnelle qu’il a adoptée. «Je suis de formation marxiste et j’ai initié ici une nouvelle manière d’appréhender l’histoire de Maurice», affirme-t-il. «La première lutte sociale est celle menée par nos ancêtres esclaves pour mettre fin à leur asservissement.»

Toutefois, le détenteur d’un doctorat en diplomatie et relations internationales s’inquiète du peu de considération accordée à l’Histoire aujourd’hui. «Ce manque d’intérêt est une menace à notre patrimoine commun», dit-il. Il trouve futile la polémique autour du choix de l’hôpital militaire pour en faire un musée de l’esclavage. «Les esclaves avaient travaillé à la construction de cet édifice. Ils ont aussi participé à la construction des routes. C’est cela l’urbanisation. Le musée de l’esclavage devrait être à PortLouis et non ailleurs.»

Le Dr Sateeanund Peerthum, originaire de Lallmatie, a fait ses études à Moscou et y est resté pendant une décennie. Durant ses années universitaires, il a fait la connaissance de feu Cheddi Jagan, politicien guyanais, plus tard Premier ministre et président de son pays, pour lequel il a une grande amitié. Le Mauricien est rentré au pays en 1974. Il commence alors à effectuer des recherches et a publié plusieurs livres et articles sur l’Histoire de Maurice.

Il a découvert l’activisme politique très jeune. Le village de Lallmatie où le Dr Sateeanund Peerthum a grandi est le lieu choisi par les frères Bissoondoyal pour le travail de sensibilisation dans le cadre de l’action du mouvement Jan Andolan. Très vite, il est devenu un délégué de l’Independent Forward Block (IFB) à Lallmatie. L’historien est fier d’avoir été parmi ceux qui, en 1963, ont pu convaincre Sookdeo Bissoondoyal d’accorder l’investiture de l’IFB à Abdool Wahab Foondun, à BonAccueil. Ce dernier s’est fait élire dans la circonscription. Peu après, le Dr Sateeanund Peerthum a quitté Maurice pour la capitale russe.

«Tartufferies»

 À son retour au pays, l’universitaire se joint au Mouvement militant mauricien (MMM). Ses articles sur l’Histoire du pays dans le journal Le Militant, sous un nom de plume, sont très lus. En 1976, le militant du MMM est candidat à Flacq–Bon Accueil. Il lui manque 160 voix pour se faire élire.

L’historien explique qu’il a décidé d’approfondir ses recherches sur l’histoire de Maurice quand il a adhéré au MMM. «On disait que la source d’inspiration du MMM, c’est l’histoire de Maurice. Mais de quelle histoire parlions-nous ? me suis-je demandé.» C’est ainsi que le militant s’attelle à écrire l’Histoire différemment des historiens partageant la vision de l’oligarchie.

Après la défaite à Flacq–BonAccueil, le Dr Sateeanund Peerthum connaît le succès lorsqu’il se présente à nouveau à l’électorat en 1982, dans la circonscription no 15 (La Caverne-Phoenix). À la scission du MMM en mars 1983, il se range aux côtés de sir Anerood Jugnauth et se retrouve parmi les fondateurs du Mouvement socialiste militant. Le député devient également ministre du Travail. Toutefois, aux élections d’août 1983, il connaît la défaite et se retire de la politique active.

Après les élections de 1987, le Dr Sateeanund Peerthum est nommé ambassadeur de Maurice auprès de l’Organisation des Nations unies. Il y restera jusqu’en 1995. Il garde de très bons souvenirs de son passage à New York. Sa formation en relations internationales l’aide à se faire remarquer comme un diplomate très compétent. Le Mauricien devient président des ambassadeurs du groupe AfriqueAsie. Il se souvient d’avoir accueilli Nelson Mandela quand ce dernier, juste après sa libération, s’est rendu dans les grandes enceintes internationales pour préparer la fin du régime de l’apartheid.

À son âge, il n’envisage pas de retour en politique active, mais demeure un observateur attentif «de ce monde plein de tartufferies».

Son parcours

  • 1959 – Soutien au mouvement Jan Andolan
  • 1963 – Membre de l’Independent Forward Block
  • 1965-1974 – Études universitaires à Moscou
  •  1974 – Adhésion au MMM
  •  1976 – Candidat battu à Flacq– Bon-Accueil
  •  1982 – Élu à La Caverne-Phoenix
  •  1983 – Devient ministre du Travail
  •  1987-1995–Ambassadeur à l’ONU
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