Bilan: le gouvernement Lepep perd neuf députés en trois ans

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La dernière photo de famille du Conseil des ministres de l'alliance Lepep le 16 novembre 2017 avec au milieu la presidente de la Republique, Ameenah Gurib-Fakim.

La dernière photo de famille du Conseil des ministres de l'alliance Lepep le 16 novembre 2017 avec au milieu la presidente de la Republique, Ameenah Gurib-Fakim.

Neuf ! C’est le nombre de députés que le gouvernement Lepep a perdu en trois ans. Alors que le gouvernement Lepep a pris la destinée du pays en main il y a trois ans jour pour jour, soit le 11 décembre 2014, un constat de son bilan s'impose. 

En décembre 2016, le gouvernement a connu un de ses plus importants bouleversements. Il a perdu un de ses alliés, le Parti mauricien social-démocrate. Les Bleus ont claqué la porte, dénonçant la clause de rétroactivité de 36 mois que comprend le Prosecution Commission Bill. Alain Wong et Marie Claire Monty sont toutefois restés au sein de l’alliance gouvernementale.

Un mois après, nouveau remaniement. En janvier 2017, sir Anerood Jugnauth, plébiscité lors des législatives de 2014 comme Premier ministre pour cinq ans, a cédé la place à son fils, Pravind Jugnauth. Sir Anerood Jugnauth est alors devenu le n°3 du gouvernement en tant que ministre mentor. Cela ne s’est pas fait sans anicroche. Roshi Bhadain a choisi de ne pas faire partie du gouvernement le jour même de la prestation de serment du nouveau Cabinet.

L’alliance Lepep a connu son premier départ en la personne de Danielle Selvon. La députée de la circonscription n°1, Grande-Rivière-Nord-Ouest–Port-Louis Ouest, a intégré cette année le Mouvement militant mauricien (MMM).

Il n’y a pas eu que des départs, cependant. L’alliance au pouvoir a accueilli des adhérents. Zouberr Joomaye du MMM ainsi que Raffick Sorefan et Joe Lesjongard du Mouvement patriotique ont rejoint le parti majoritaire.

Aujourd’hui, l’alliance Lepep compte 45 députés contre 54 en 2014 incluant l’ancien Attorney General Ravi Yerrigadoo et les deux députés de l’Organisation du peuple de Rodrigues.

Vision 2030 : lente reprise de l’emploi

Il voulait asseoir sa réputation comme le père du développement économique de Maurice pour la postérité. Sir Anerood Jugnauth a, le 23 août 2015, détaillé les 11 pôles de développement qu’il juge nécessaires pour propulser le pays vers un second miracle économique après celui des années 80.

Le Premier ministre d’alors a fait part de son ambition de créer 100 000 emplois à l’horizon 2019 grâce à son plan baptisé Vision 2030. Sauf que la création d’emplois dans certains secteurs n’a pas décollé.

Dans le secteur de l’économie bleue, par exemple, 25 000 emplois devaient être créés dans cinq ans. Deux ans après, on est bien loin du compte. Bien que la volonté de recruter des Mauriciens pour travailler à bord de bateaux de croisière existe, dans la pratique la Mauritius Maritime Training Academy a du mal à assurer la formation. Une étape pourtant nécessaire, voire fondamentale, pour l’embauche.

Quant au secteur de la construction et du développement immobilier, il était prévu que 15 000 emplois soient créés. Cependant très peu d’emplois ont été générés. Les observateurs estiment qu’une amélioration est attendue en janvier 2018, avec la mise en chantier de grands projets, tel le Metro Express.

Manifeste électoral : peut mieux faire

Dans son manifeste électoral, l’alliance Lepep a égrené 12 mesures prioritaires qui devaient être réalisées durant les trois premiers mois de sa prise de pouvoir. Force est de constater qu’au lieu de trois mois, il aura fallu trois ans pour en réaliser certaines. Ce n’est que cette année que le gouvernement a introduit le salaire minium et autorisé les policiers à se syndiquer.

Pour l’amendement à la loi afin d’assurer la transparence et la méritocratie dans les recrutements effectués par la Public Service Commission, la Local Government Service Commission et la Disciplined Forces Service Commission, il faudra repasser.

Idem pour la Declaration of Assets Act, l’introduction de la télévision privée pour élargir l’espace médiatique, l’introduction d’une Freedom of Information Act, la mise sur pied d’une Financial Crime Commission, la réforme électorale, une loi anti-transfuge…

D’autres projets sont, eux, en cours. Par exemple, le WiFi gratuit à des endroits stratégiques de Maurice, une connexion Internet rapide à travers le pays, l’entrée en opération du Bagatelle Dam et la fourniture d’eau 24/7.

Parmi les réalisations du gouvernement, on peut citer l’augmentation de la pension de vieillesse à Rs 5 000, la révision du système de permis à points, l’élimination des doubles pénalités et l’institution d’une commission d’enquête sur la drogue.

En tout cas, la Chambre de commerce et d’industrie est optimiste. Elle prévoit un recul du taux de chômage, qui devrait passer sous la barre de 7 % en 2018. Grâce notamment à une embellie du climat des affaires.

Des mandants ne font plus confiance à leurs élus

«L’express» s’est rendu dans trois circonscriptions pour tâter le pouls des mandants sur le travail accompli par leurs élus en ces trois ans de mandat. Nous nous sommes rendus à Quartier-Militaire-Moka (n°8), circonscription du Premier ministre, Pravind Jugnauth, à Belle-Rose-Quatre-Bornes (n°18) où se tiendra l’élection partielle dimanche et à Savanne-Rivière-Noire (n°14) où sont élus trois membres de l’opposition.

Dans la circonscription en campagne électorale

Christine Labière et Chanradev Bunndhun.

À l’approche de l’élection partielle, les habitants de Belle-Rose–Quatre-Bornes ne sont pas plus enthousiastes. «Tou seki alé tou séki vini parey mem sa. Nou népli krwar dan zot», soutient Christine Labière.

Elle explique que les élus ne sont jamais sur le terrain. «Zis kan éleksion ki trouv zot, apré sa zot fonn», soutient-elle.

Idem pour Chanradev Bunndhun. Il raconte qu’il s’est rendu à plusieurs congrès dans la région et que pour lui, l’élection se joue entre Arvin Boolell et Nita Juddoo. «Arvin Boolell a un énorme potentiel.» Toutefois, soutient-il, les habitants ne sont pas convaincus qu’une fois élu, il va apporter sa contribution à la circonscription.

Même son de cloche pour un chauffeur que nous avons rencontré. «Tou bann pouritir mem sa. Nepli kapav fer zot konfians. Nek pou eleksion trouv zot, apré sa zot disparet. Mwa mo pa pou mem ale voté», confie-t-il.

Du changement dans la circonscription durant ces trois années, il n’en a pas vu. Et n’espère pas non plus en voir après l’élection partielle.

Dans le fief du Premier ministre

À Quartier-Militaire–Moka, les habitants parlent avec méfiance et ne semblent pas trop vouloir aborder le sujet. Les personnes rencontrées ont gardé l’anonymat par peur de représailles.

«Lor bann skandal ki finn ena dan gouvernma mo pa kav dir nanier, mé isi dan landrwa PM pé bien fer. So performans bon», soutient un habitant. Il ajoute que s’agissant de l’environnement et surtout de la drogue, le gouvernement travaille dur. «Métro pou osi enn grand premier pou Moris», affirme-t-il.

«Gouvernma-la mem pa stab, enn dé promes zot finn tenir, mais difisil pou dir si zot pou revini apré», explique un autre résidant.

Le bilan du parti Lepep est beaucoup plus favorable que celui du Parti travailliste, juge un troisième mandant. Toutefois, il est d’avis qu’il faut donner la chance à tout le monde.

Pour une autre, ce gouvernement a fait plus de mal que de bien. «Nou pa kapav dir ki zot finn foé partou, mé le mal-la ena plis ek zot sa.»

Dans la citadelle de l’opposition

Anousha Gamandy et Reza Jawaheer.

À Savanne–Rivière-Noire, tous les habitants rencontrés arguent qu’Alan Ganoo, du Mouvement patriotique, est «le seul» à travailler.

«Il est régulièrement sur le terrain. À chaque fois que nous l’appelons pour un problème, il est là à nous écouter et à trouver des solutions», fait ressortir Reza Jawaheer, un habitant de Bambous. Quant aux deux autres élus (Ezra Jhuboo et Joe Lesjongard), dit-il, les habitants ont oublié leur existence et «ils sont inutiles».

À Anousha Gamandy de renchérir : «Ici nou kav dir zis Ganoo ki travay ek prézan.» Pour elle, il faut avoir les mêmes développements partout. «J’habitais à Saint-Pierre et là-bas, c’est un monde de différence. Ici nous ne voyons pas un grand développement», analyse-t-elle.

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