Patrimoine mondial de l’Unesco: le «séga tambour» se raconte

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Le séga tambour était une expression de la résistance des esclaves.

Le séga tambour était une expression de la résistance des esclaves.

Le séga tambour a rejoint le séga tipik et le geet gawai sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. La nouvelle est tombée le jeudi 7 décembre. Toutefois, ce style de musique est peu maîtrisé à Maurice. Tendere Bernard, 20 ans, nous éclaire sur le sujet.

Selon le dossier que Maurice a soumis à l’Unesco pour l’inscription du séga tambour au registre du patrimoine mondial, cette tradition rodriguaise puise ses origines dans la résistance des esclaves. Le chant et le rythme des tambours étaient une expression de communication et de résistance. 

Tendere Bernard, originaire de Rodrigues, est un passionné de ce style de musique. Le jeune homme, âgé de 20 ans, n’a jamais coupé les ponts avec son île, même s’il est à Maurice depuis un moment déjà. «À l’époque, c’était une façon pour nos ancêtres d’oublier un peu le mauvais traitement qui leur était infligé», explique-t-il. 

Tendere Bernard, originaire de Rodrigues, est un passionné de ce style de musique.

«À l’époque, c’était une façon pour nos ancêtres d’oublier un peu le mauvais traitement qui leur était infligé.»  

Leurs instruments, poursuit le jeune homme, sont témoins de leur créativité et la misère dans laquelle ils vivaient. Ils ont usé de leur imagination pour faire de la musique à partir de rien. «Tout ce qu’ils utilisaient était disponible là où ils travaillaient. Par exemple, un bout de métal et une peau de bête étirée sur un support faisaient l’affaire», raconte Tendere Bernard. Avec le temps, ces instruments se sont transformés en triangle et en tambour. Ceux-ci ont peu à peu été adoptés par d’autres chanteurs de séga.

Ce n’est pas parce que ce genre musical n’est pas courant à Maurice qu’il est en passe de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, le séga tambour parle, certes, d’événements historiques et rappelle la souffrance des anciens. Il est également beaucoup présent dans les fêtes, comme les baptêmes ou mariages, dit le jeune homme. 

«Le séga tambour sert aussi en cas de différends», fait ressortir le jeune homme. Il n’y a pourtant rien de méchant. Il n’est pas question de «koz kontrer» ici, précise-t-il. Tendere Bernard fait comprendre que lorsqu’un petit différend surgit entre deux personnes, elles improvisent une chanson sur le champ et font rire l’assistance. Il dit, par exemple, pour se moquer d’une fille trop mince, l’on peut s’amuser à dire «al dimann diab inpé laser pou met lor twa».

«C’est une partie du monde toujours inconnue. Aujourd’hui, notre musique fait partie du patrimoine mondial. Il est clair que le monde va s’intéresser à nous.»

L’inscription du séga tambour au registre du patrimoine intangible est, pour Tendere Bernard, une fierté pour le pays et surtout pour Rodrigues. «Cela renforce notre identité comme peuple autonome. Il nous faut, maintenant, faire de notre mieux pour que l’identité de nos aïeux soit mieux connue», dit-il. 

Au-delà de l’histoire, le jeune homme est persuadé que ce classement met désormais l’île sur la carte internationale. «C’est une partie du monde toujours inconnue. Aujourd’hui, notre musique fait partie du patrimoine mondial. Il est clair que le monde va s’intéresser à nous», conclut-il.

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