Appel à l'aide-Sharon Milate: rêve d’un Noël décent

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Depuis une quinzaine d’années, Sharon Milate, connue à la cité La-Cure comme ‘Gro Fi’, vit dans un carré en béton sur lequel a été posée une toiture en tôle qui laisse passer la pluie. L’habitation est fréquemment inondée, si bien que les poutrelles en bois soutenant le toit et les pieds de ses meubles ont pourri. Elle se prend à rêver d’un Noël décent.

«Mo ti krwar ou pa ti pou vini», dit d’un air incrédule cette femme de 38 ans au sourire édenté. Et pourquoi donc ? «Dan lé pasé, mo ti déza plingn mo mizer lor radio mé personn pa finn ed mwa…»

Sharon Milate vit dans une cour familiale, celle de ses beaux-parents, décédés depuis longtemps. Le logement qu’elle occupe leur appartenait. Dans la cour, il y a une autre maison qui paraît un peu mieux entretenue que la sienne et sur la porte, un gros cadenas est posé. Cette maison, qui semble avoir été repeinte assez récemment, appartenait à ses deux beaux-frères, morts cette année, à quelques mois d’intervalle.

Elle a beau vivre dans ce carré en béton qui coule comme un panier percé, mais elle garde son habitation propre. Les quelques rares meubles qu’elle possède reposent sur des briques. «Monn oblizé fer sa parski lapli inn fini pouri zot lipié.»

Il n’y a pas que les pieds des meubles qui ont été rongés par l’eau. Les siens aussi, à force d’y patauger régulièrement. Elle a, certes, obtenu un traitement de l’hôpital, mais la crème appliquée n’a aucun effet. Au fond d’elle, elle sait que son diabète y est sans doute aussi pour quelque chose. Pour couronner le tout, elle souffre «d’étouffement», comprenez, d’un asthme très sévère qui l’empêche de garder un emploi longtemps. «De temps en temps, mo nek tombé ek gagn enn kriz.» Son mari Mackenzie était un bon maçon. Mais il a fini par développer une «hernie montée» et a été victime d’un accident de travail. Il a eu le pouce sectionné. Depuis, il n’est plus en mesure de travailler non plus.

Les deux vivent d’une allocation de la Sécurité sociale totalisant Rs 3 200. Un des voisins de Sharon Milate lui fournit de l’électricité et elle lui verse Rs 500 mensuellement. Elle s’estime heureuse de payer cette somme car avec d’autres, c’est Rs 1 000 qu’il faut payer. «Mé li konn mo sitiasion ek samem li fer mwa pey zis la mwatié.»

Il n’y a pas d’eau courante dans la maison. Elle doit donc marcher et aller chez des connaissances remplir des récipients qu’elle ramène ensuite chez elle. Elle n’a pas de salle de bains. C’est dans les toilettes qui se trouvent à l’extérieur du carré de béton qu’elle se lave. Comment vit-on avec Rs 2 700, une fois l’électricité payée ? «Si monn kwi lanti zordi, mo fer li dir dé zour. Mo ouver enn bwat ou mo frir dé dizef. Pouvi nou pé viv. Ler péna nanyé, nek bwar inpé dilo so ek al dormi.»

Elle savait, en épousant Mackenzie Milate, qu’il n’était pas riche. «Kouma nou finn kontan, nou pa finn get divan ni deryer ek nounn maryé.» Elle pensait que leur situation s’améliorerait, mais tel n’a pas été le cas. «Lakaz-la koumadir enn téneb.»

Elle et Mackenzie voulaient des enfants. Sharon Milate est effectivement tombée enceinte et même sept fois plutôt qu’une. Mais elle n’a jamais pu mener ses grossesses à terme. «Monn fer pert sak fwa. Mo sagrin boukou. Kapav bondié inn trouv nou sitiasion ek pa finn lé met enn zanfan ladan.»

Elle dit avoir frappé aux portes des autorités à plusieurs reprises pour obtenir de l’aide. «Enn ansien minis la fam inn déza vinn gété kot mo resté. Apré li alé é pa tann li ditou. Monn al National Empowerment Foundation kot monn ranpli papié pou kapav gagn enn alokasion Rs 1 000. Dépi dernié fwa monn alé mo papié pankor process. Komié fwa mo pou galoupé koumsa?»

Elle voit de temps à autre sa sœur qui s’occupe de leur père souffrant de la maladie d’Alzheimer. Celle-ci lui donne par moments «enn ti kari». Sa tante qui l’aidait, est décédée. Et ses autres parents ? «Lézot fami pa frékant nou. Kitfwa mo tro mizer.» Les Milates ont pour compagnon d’infortune des couleuvres, mille-pattes, cancrelats, escargots et mites. Lorsqu’il pleut trop, Sharon Milate doit trouver refuge au centre gouvernemental. Là, elle jette un drap sur le sol et s’endort dessus.

Sa belle-sœur, qui vivait dans une partie de la maison mieux entretenue, a préféré repartir vivre chez sa mère, à la mort de son mari, et loue son espace habitable à des étrangers. Sharon Milate lorgne l’autre partie habitable de la maison où vivait son autre beau-frère jusqu’à son décès. Elle a même brisé le cadenas pour inspecter les lieux. Espace comprenant une chambre, un petit salon avec linoléum et un coin cuisine avec un évier. Mais hormis les photos de ses défunts beaux-parents au mur et un matelas à terre, l’espace habitable ne comprend aucun meuble.

«Si mo ti éna inpé meb, mem si zot vié, mo ti pou rant dan lakaz-la. Laba éna enn lasam pou dormi, enn lévié, enn salon pou résévwar dimounn alors ki isi, bizin fer dimounn dibout kot pa koulé.» Sharon Milate ne cherche pas de l’argent. «Larzan pa fer lé boner madam. Mo péna meb ditou. Tou inn pourri. Si dimounn éna vié meb ki zot pa servi, sofa, bahut, latab, rido, vié linz ki zot pa servi, fer mwa gagné siouplé. Mo ti anvi fer enn nwel seryé ar mo bolom, kot mo kapav met enn ti linz, kwi enn ti manzé dan sa nouvo lakaz-la, kot mo népli pou oblizé mars dan dilo. Mo tia kontan pass enn méyer lané ar mo mari…»

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