N°18: Quatre-Bornes divisé entre quartiers chics et cités chocs

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La différence entre les quartiers huppés et la Cité Bassin, par exemple, est frappante. Il s’agit, pourtant, de la même ville.

La différence entre les quartiers huppés et la Cité Bassin, par exemple, est frappante. Il s’agit, pourtant, de la même ville.

Tous les habitants de la ville des fleurs ont-ils droit aux mêmes chances dans la vie ? Celui qui réside dans un des quartiers huppés de Quatre-Bornes est-il plus favorisé qu’une personne qui vit dans une cité ouvrière, par exemple ? Les avis des citadins divergent là-dessus. L’express fait une incursion dans ces deux univers qui, malgré leur proximité, sont aux antipodes du spectre social…

«Nou éna lespwar arivé, nou. Mais personne ne nous file un coup de main ni ne nous soutient. Il y a des gens de la cité qui sont éduqués, mais ils ne peuvent compter sur personne pour les aider

Cri du coeur de Michael Coomarasamy, 25 ans, habitant de Cité Bassin. Pourtant, résidant à seulement deux kilomètres de là, Raouf Bundhun, ex-député, ancien vice-président de la République et, surtout, ex-maire de Quatre-Bornes, persiste et signe : tout le monde est «plus ou moins» logé à la même enseigne dans la ville.

Raouf Bundhun s’est installé au coeur d’un quartier chic de Quatre-Bornes. Sa longue carrière politique, dont une bonne partie s’est déroulée à la ville des fleurs, lui donne un certain recul pour jauger la situation.

«Les cités ont été créées à un moment où les cyclones avaient détruit les maisons qui n’étaient pas en dur», se rappelle-t-il. Pourtant, il est persuadé que le quotidien des habitants de Quatre-Bornes évolue dans la même direction. «Aujourd’hui, tout le monde ou presque a une voiture et il n’y a presque plus de locataires.»

Pour un constat de visu, accompagné de Nicolas Manbode, Outreach Worker pour le Collectif Urgence Toxida, nous nous sommes rendus à Cité Bassin. Ordures empilées à chaque coin de rue, terrain de basket-ball dépourvu de lumière, espaces verts inexistants, des jeunes désoeuvrés, assis à même le sol, en bordure de route. La liste des «problèmes» est longue.

Les habitants de ce quartier sont-ils moins disciplinés que ceux d’autres quartiers ? Nicolas Manbode, qui connaît Quatre-Bornes comme sa poche, soupire : «La différence entre un jeune qui est né ici et un autre qui a vu le jour dans un quartier huppé ? Vous êtes dévalorisé en vivant ici.»

Le travailleur social déplore le manque de loisirs. Ce qui fait que les jeunes plongent facilement dans des fléaux. «Même si vous êtes allés à l’école, lorsque vous cherchez un travail et que vous dites que vous habitez dans la cité, priorité sera donnée à une autre personne»

Ghettoïsation

En apprenant la raison de notre visite dans ce quartier ouvrier, Michael Coomarasamy ne peut se taire. «Get lékol isi. Ou trouv éna zardin zanfan dan lékol isi ou ? Allez voir l’école primaire de Sodnac…» lâche-t-il, faisant référence à la sir Veerasamy Ringadoo Government School. Celleci est en effet équipée d’un jardin d’enfants.

Michael Coomarasamy maintient que s’en sortir n’est pas à la portée de tous. Le jeune homme se dit inquiet pour les «zanfan sité». «Mwa mo korek. Éna bann zanfan dan kartié ki kapav pli vilnérab. Ils peuvent facilement tomber dans la drogue. Vous voyez cela arriver dans un quartier chic, vous ?»

Qu’est-ce qui cause cet écart ? «Nos gouvernements ont toujours pratiqué une politique de ghettoïsation. Les pauvres avec les pauvres», soutient Reeaz Chuttoo, syndicaliste.

En se référant à son passé d’ancien agent immobilier, il précise : «Je travaillais pour une boîte qui vendait des terrains à Sodnac. Et j’avais pour mission de véhiculer de fausses informations aux gens de la classe moyenne, qui s’intéressaient aux terres des quartiers chics. Je leur disais qu’il y avait des accumulations d’eau quand il pleuvait…»

Cercle vicieux

Selon lui, c’est un cercle vicieux, où la personne pauvre n’aura pas les mêmes ambitions pour grimper l’échelle sociale. Mais ce n’est pas tout. «Kouma kapav éna Sodnac Wellness Park dan Sodnac ? Un parc financé par l’argent du petit contribuable. Qu’a fait l’Employees Welfare Fund pour les pauvres ?»

Pour Raouf Bundhun, le Sodnac Wellness Park se trouve peut-être à Sodnac, mais tout le monde peut y aller. L’express s’y est rendu pour jauger sur place. Les habitants admettent qu’il faut résider à Sodnac ou avoir une voiture pour vraiment profiter du parc.

Hans Dalloo, un habitant de Bassin et cadre dans une banque, est, pourtant, celui qui va plus loin dans son analyse : «Je n’habite pas Cité Bassin, mais j’ai fréquenté le terrain de foot là-bas. Il est dans un piteux état. Pourtant, il y a de très bons sportifs de niveau national que j’ai côtoyés.»

Sollicitée, la maire de Quatre-Bornes, Soolekha Jepaul-Raddhoa, affirme qu’il y a des développements en vue, tels que des complexes multisports. Elle ajoute que le problème date de longtemps et qu’elle n’est en poste que depuis peu.

«Mais il faut faire ressortir qu’avant, les gens ne respectaient pas les limites foncières. Donc, les chemins à Bassin, par exemple, sont étroits et il n’y a pas de place pour plus de développements», explique-t-elle.

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