Recrutement de personnes handicapées: 695 employeurs ne sont pas en conformité avec la loi

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Depuis en 2012, KFC emploie des sourds-muets dans ses restaurants.

Depuis en 2012, KFC emploie des sourds-muets dans ses restaurants.

Le dernier amendement apporté à la loi remonte à 2012. Il stipulait que les entreprises employant plus de 35 personnes sont obligées d’inclure des personnes en situation de handicap dans leurs équipes. Pourtant, aujourd’hui encore, la Training and Employment of Disabled Persons Act est source de controverse.

Au Parlement, mardi, Reza Uteem, député mauve, a adressé une question au ministre de tutelle, Étienne Sinatambou, sur le sujet. Ce dernier a révélé que 695 employeurs ne sont pas en conformité avec la loi, alors que 274 autres ne l’appliquent que partiellement. Qu’est-ce qui empêche les employeurs de s’y conformer ? Qu’en disent les associations de protection des droits des personnes handicapées ? L’express a fait le tour de la question.

D’emblée, un employeur qui n’est pas conforme à cette loi déclare : «Déjà, nous ne trouvons pas facilement de personnes handicapées qui soient compétentes pour les emplois disponibles dans nos entreprises.»

Un constat qui n’a pas échappé à Ali Jookhun, secrétaire de la Federation of Disabled People’s Organisations. Il conçoit qu’en effet, beaucoup de personnes en situation de handicap ne peuvent pas aller à l’école et pour ses raisons, elles ne trouvent pas d’emploi. «C’est bien beau d’avoir un pourcentage indicatif mais est-ce qu’on fait le travail qui vient derrière ? Nou sistem édikatif pa inklisif ditou. San lédikasion nu bann zanfan pa kapav gagn enn travay ki zot ti pou lé», soutient-il.

Investir dans la formation

D’ailleurs, Ali Jookhun souligne que même les écoles qui sont supposées former les personnes handicapées ne fonctionnent pas comme il se doit. «Une école qui se trouve à Rose-Belle et une autre à Calebasses ne sont plus en état de fonctionner», affirme-t-il.

Contacté à ce sujet, le ministre de la Sécurité sociale n’a pas répondu à nos appels. Toutefois, au Parlement mardi dernier, il a dit de mémoire que «there is indeed one training centre in Calebasses where there are eight employees who are providing some sort of training to disabled people».

Hormis la formation, antérieure à l’adhésion d’une personne en situation de handicap à une entreprise, il y a la formation en entreprise. En effet, le Human Resource Manager, Cedric Botte, de Pick and Eat, affirme qu’il faut beaucoup investir dans la formation des employés. Depuis l’amendement à la loi, en 2012, l’entreprise est conformité aux dispositions de la loi et emploie une quinzaine de sourds-muets dans ses restaurants.

«Pour que le système fonctionne, il faut former les anciens pour que ces derniers puissent facilement converser avec ces travailleurs qui ont un handicap», explique Cedric Botte. Mais Ali Jookhun va plus loin. Il affirme qu’il faut que les autorités investissent plus dans la technologie de formation et d’opération pour permettre une intégration complète de la personne en situation de handicap. «La technologie a certes un certain prix, mais elle est essentielle pour assister les handicapés dans leur travail», fait-il valoir.

D’aucuns s’interrogent aussi sur la raison d’être de ce pourcentage indicatif. Dans le secteur privé, on se demande s’il n’est pas discriminatoire d’avoir des quotas et que les employés ne soient pas tous évalués sur un pied d’égalité.

Une proposition que Jack Bizlall rejette. Ce dernier soutient que ce pourcentage indicatif a été mis en place justement pour éviter la discrimination, mais aussi pour éviter les licenciements injustes. «Si enn anplwayé vinn andikapé apré enn aksidan ou enn AVC, la lwa-la permet li gard so travay.»

Azad chutkai : «Mo bann amplwayer bliyé ki mo éna enn andikap»

Voilà 35 ans qu’Azad Chutkai est réceptionniste à la Mauritius Ports Authority (MPA). Mais lui n’est pas comme les autres. Azad Chutkai est aveugle. Toutefois, il affirme que cela ne l’a jamais empêché d’avancer. D’ailleurs, il était le premier aveugle à aller au collège en 1973. «Mo bann anplwayer bliyé ki mo éna enn andikap», affirme-t-il. Il soutient que c’est sa propre attitude qui fait que les autres le voient comme un employé à part entière. «Je ne me suis jamais servi de mon handicap pour alléger mon travail ou pour que les autres le fassent à ma place. Et c’est ce que je conseille aux autres handicapés qui sont en entreprise.»

Y a-t-il eu résistance quand il a postulé pour à la MPA ? «J’avais mes qualifications pour un poste de réceptionniste», lance d’emblée Azad Chutkai. Avant d’ajouter que c’est lui qui s’est adapté à l’infrastructure et pas l’inverse. Néanmoins, celui qui est aussi un membre fondateur de «Lizié dan lamé» veut rappeler que c’était il y a 35 ans. «Aujourd’hui, nous avons les moyens de mieux intégrer nos personnes en situation de handicap, alors il faut faire de notre mieux

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