Commission drogue: le maulana Haroon traîne plusieurs casseroles

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Le maulana avait été impliqué dans une affaire de moeurs en 2013.

Le maulana avait été impliqué dans une affaire de moeurs en 2013.

Un mystère a été résolu depuis que son nom a été dévoilé devant la commission d’enquête sur la drogue la semaine dernière. Le maulana Haroon a bel et bien rencontré l’avocat Raouf Gulbul un soir de novembre en 2014 à Saint-Pierre. Mais ce n’est pas la première fois que ce personnage religieux fait parler de lui. Connu comme un fédérateur, il traîne des casseroles qui ne seront pas oubliées de sitôt.

Le maulana Haroon a été l’un des premiers imams à se rendre à l’étranger pour des études de religion. Il se rend au Pakistan dans les années 70 et revient quelques années plus tard. Dès ses débuts, il officie à la mosquée située à la rue Large à Plaine-Verte, où il prêche toujours.

Il ne lui a pas fallu longtemps pour se constituer une base de disciples car son discours était différent des autres prêcheurs à l’époque. Selon un de ceux qui l’ont suivi depuis ses débuts, le maulana Haroon était le seul à tenir un discours «innovant». Il aurait toujours prôné l’unité nationale alors que d’autres de la région critiquaient ouvertement la Constitution et le système électoral.

«Avant lui, les imams avaient un discours assez classique. Le maulana Haroon est venu parler d’autres aspects de l’islam et de la jurisprudence islamique», explique notre interlocuteur. De plus, le fait qu’il soit un bon orateur, qui arrive à captiver son public, a beaucoup joué en sa faveur.

Très vite, l’homme religieux devient un leader de la communauté musulmane et les politiciens commencent à s’intéresser à lui. Mais ce n’est qu’en 1993, lorsque Cassam Uteem démissionne comme député pour assumer le poste de président, que le maulana Haroon se fait remarquer au grand nombre.

Lors de la partielle pour élire un remplaçant au député démissionnaire, il critique ouvertement le candidat Cehl Meeah qui, avec le Hizbullah, prônait un «islam extrême» à l’opposé de son discours innovant. Selon une personne qui a côtoyé le chef religieux, «c’est grâce à lui qu’Amanoullah Essoof a pu gagner malgré la popularité croissante du leader du Hizbullah».

Pour notre interlocuteur, le maulana Haroon n’a pas pris position pour des avantages politiques mais pour le bien de la communauté. Mais ce n’est pas pour autant que celui-ci est resté loin de la politique. Il a toujours été très proche des élus de la circonscription no3 (Port-Louis Maritime–Port-Louis Est), peu importe le parti au pouvoir.

C’est d’ailleurs cette proximité qui lui a valu la polémique actuelle. Le maulana Haroon aurait rencontré Raouf Gulbul lors de la campagne électorale de 2014 pour parler des difficultés et des attentes d’une partie de la population, le même soir où le candidat battu aurait récupéré un sac à Saint-Pierre. «Certes, il a toujours alerté les politiciens sur les discriminations religieuses dans la fonction publique, ce qui explique sa proximité avec la classe politique. Mais je ne trouve pas cela bien que des hommes religieux se mêlent à la politique», affirme un autre de ceux qui fréquentent la mosquée où le maulana officie.

Cette source évoque aussi le lien avec l’ancien Chairman de la Gambling Regulatory Authority, Raouf Gulbul, qui, selon lui, a entamé sa crédibilité qu’il a mis des décennies à construire. Quant aux fidèles de cet homme religieux, ils affirment que celui-ci a simplement rencontré un candidat et qu’il n’y a rien de mal à cela.

Une autre casserole que le maulana traîne est une affaire de mœurs. En 2013, une femme était venue de l’avant, messages à l’appui, pour dire que l’homme religieux lui avait fait des avances et avait évoqué certaines pratiques sexuelles. Suivant cette polémique, il avait abandonné ses fonctions d’imam et de prêcheur. Toutefois, deux ans après, il est revenu et a présenté ses excuses.

L’année dernière, en pleine crise de fièvre aphteuse, il a été celui qui s’est battu contre le gouvernement pour que le ministère de l’Agro-industrie accepte de mettre des bovins en vente pour la fête Eid-ul-Adha. Si une partie de la population a salué son geste, d’autres leaders religieux avaient condamné son acte, affirmant que la sécurité nationale aurait dû primer.

«Je n’ai jamais eu d’attaches à un parti»

Que dit le principal concerné sur ses liens à la politique ? Sollicité, le maulana Haroon se défend. «Je n’ai jamais eu d’attaches à un parti en particulier», affirme-t-il. Concédant qu’il existe des lignes de communication, il soutient que ce sont les partis qui le sollicitent pour avoir son avis sur différents sujets. Quant à son implication dans une histoire de moeurs, il explique que c’est à la demande de ses fidèles qu’il a repris ses fonctions d’imam et de prêcheur. «De toute façon, cette affaire est derrière moi», avance-t-il.

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