Pascal Lamy: «Maurice a régressé en termes de sécurité intérieure…»

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Pascal Lamy, membre du board de la fondation Mo Ibrahim.

Pascal Lamy, membre du board de la fondation Mo Ibrahim.

Dans un entretien exclusif, Pascal Lamy, membre du board de la fondation Mo Ibrahim, confie que même si le pays est une référence en matière de bonne gouvernance, une dégradation de certains critères liés à celle-ci a été notée, dont l’État de droit.

Quelle est la pertinence de la fondation Mo Ibrahim d’utiliser les réseaux sociaux pour rendre publics les résultats de son 11e indice ?

Il est vrai que c’est la première fois que nous donnons autant d’importance aux réseaux sociaux par rapport aux médias plus classiques, comme la presse écrite et la radio, pour communiquer les résultats de l’édition 2017 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG).

La raison étant que la problématique de la bonne gouvernance en Afrique est d’un intérêt capital pour sa population, dont 50 % sont constitués de jeunes de 26 ans. Ainsi, il va de soi que si nous voulons intéresser les jeunes à ces sujets, il n’y a pas de meilleures plateformes que les réseaux sociaux auxquels s’adonnent massivement les jeunes d’aujourd’hui.

«Après une forte progression, la trajectoire de bonne gouvernance en Afrique a connu un net ralentissement au cours de la seconde partie de la décennie.»

Dans quelle mesure l’IIAG 2017 diffère-t-il d’autres indices ?

L’IIAG se démarque d’autres institutions comme Transparency International ou Ease of Doing of Business de la Banque mondiale dans la mesure où Mo Ibrahim est un indice composite comptant une centaine d’indicateurs issus de 36 institutions recueillant des données indépendantes d’Afrique et du monde entier. L’indice couvre des indicateurs liés à l’organisation des élections, à l’accès à la justice et à l’emploi ainsi qu’au système de l’éducation en général.

À bien des égards, l’indice Mo Ibrahim demeure un outil d’analyse très riche, publié à partir de sources d’informations publiques vérifiées. L’édition de 2017 attire particulièrement l’attention vu qu’elle démontre l’évolution de la gouvernance globale sur le long terme en Afrique, soit la période couvrant 2007 à 2016. Après une forte progression, la trajectoire de bonne gouvernance a connu un net ralentissement au cours de la seconde partie de la décennie.

Est-ce le cas pour Maurice ?

Tout à fait. Maurice reste une référence en Afrique en matière de bonne gouvernance, avec sa démocratie vivante et son système politique. Ce qui fait qu’elle est classée en tête de liste dans le continent.

Néanmoins, l’indice Mo Ibrahim note que sur d’autres critères, il y a eu une dégradation, notamment la sécurité intérieure, l’État de droit ou encore l’égalité économique.

Pourquoi doit-on se fier aux analyses de la fondation pour analyser les tendances de la bonne gouvernance en Afrique ?

Parce qu’elles sont complètes, transparentes et que toutes ses sources sont publiques et vérifiables.

Dans quelle mesure l’indice de la Mo Ibrahim Foundation reste-t-il un indicateur de référence pour un investisseur souhaitant investir en Afrique ?

Il ne fait pas de doute que l’indice Mo Ibrahim reste une référence pour un investisseur souhaitant investir sur le long terme en Afrique. Contrairement aux critères de Transparency International et ceux d’Ease of Doing Business de la Banque mondiale, ceux de l’Indice Mo Ibrahim sont exhaustifs et donnent un meilleur éclairage à ceux qui veulent faire du business en Afrique.

Quel regard portez-vous sur Maurice comme un modèle de bonne gouvernance ?

Le pays demeure définitivement un modèle de bonne gouvernance. Pour maintenir cette position, il a dû faire des progrès. Ce qu’il continuera de faire s’il veut garder sa première place en matière de bonne gouvernance. Toutefois, Maurice a enregistré une régression dans certains critères, comme j’ai expliqué plus haut, ce qui indique que le pays doit se mettre au travail pour améliorer sa performance.

«Si le monde est confronté à un risque, celui-ci ne relève certainement pas des finances ou de l’économie. Il est carrément politique.»

Terminons cet entretien sur une question économique. Vous avez été directeur de l’Organisation mondiale du commerce de 2005 à 2013 et depuis, vous parcourez le monde pour partager vos réflexions sur l’économie mondiale. Quel est votre constat actuellement ? Partagez-vous le pessimisme de certains économistes qui annoncent une nouvelle crise économique prochainement ?

L’économie mondiale va bien. La crise de 2008 a entraîné dans son sillage davantage de régulation du secteur financier. Des risques financiers subsistent, mais ils ne sont pas aussi forts qu’avant.

Je constate que si le monde est confronté à un risque, celui-ci ne relève certainement pas des finances ou de l’économie. Il est carrément politique.

L’élection de Donald Trump aux États-Unis, à laquelle personne ne s’attendait, a favorisé des tensions géopolitiques à l’échelle mondiale. Je dirai donc qu’aujourd’hui, l’incertitude économique et financière a cédé la place devant celle de la politique. Ce que je considère comme étant plus préoccupant.

Un Européen engagé

Énarque, Pascal Lamy a servi en tant que directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pendant 8 ans. Par la suite, en 2013, il a entamé une carrière de consultant auprès de nombreuses institutions internationales. Il est connu à Maurice comme étant celui qui a fait tomber Jayen Cuttaree. Les deux avaient fait du lobbying international pour briguer le poste de directeur de l’OMC, en 2005. Âgé de 70 ans, l’ex-commissaire européen a été conseiller de l’ancien ministre de l’Économie et des finances, Jacques Delors, après l’avènement de la gauche en 1981.

Indice: au 1er rang en gouvernance globale

La fondation Mo Ibrahim, basée à Dakar, a publié, lundi, l’indice 2017 Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique. Celui-ci indique que Maurice, avec un score de 81,4 sur 100, se classe au 1er rang en Afrique en gouvernance globale. Le pays devance ainsi 54 pays. Son meilleur score est dans le développement humain (86,1) et son score le plus faible est en participation et droits humains (77,5). Selon le rapport, Maurice a atteint un score supérieur à la moyenne africaine (50,8) et à la moyenne régionale pour l’Afrique australe (58,6). Cependant, Maurice reste mauvais élève dans d’autres catégories, dont la corruption dans les services gouvernementaux et la création d’emplois.

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