Keshwantee Lofar: une propriétaire de maison bien mal lotie

Avec le soutien de

Selon le Housing Census de 2011, 88,9 % des Mauriciens sont propriétaires de leur maison. Mais de quel genre de logements parlons-nous ? En tout cas, celui de Keshwantee Lofar, à Bambous, sent la misère à plein nez et semble vouloir prendre le large.

Ce logement de deux pièces est situé sur un terrain familial que Keshwantee Lofar partage avec son frère d’un côté et sa sœur à l’arrière. La maison de cette quadragénaire donne sur la route et ressemble à un bloc de béton posé à même le sol. Ses fondations sont si usées que les perrons à l’entrée ont commencé à se séparer du reste de la maison. La porte d’entrée est en métal si léger qu’il ne faudrait pas être l’Incroyable Hulk pour la défoncer.

À l’intérieur, une des pièces leur sert de chambre à coucher. Dans un coin se trouve un lit superposé vétuste à l’étage duquel des vêtements ont été jetés en vrac, de même qu’un vieux matelas éventré. Keshwantee et son fils de 11 ans, Swayam, dorment en bas. En face de ce lit se trouve un autre, un peu plus grand, sur lequel dorment ses deux filles, Tina et Shabna, 20 et 13 ans respectivement. Les battants de la seule armoire existante sont tombés et ce meuble n’abrite plus que de vieux chiffons. Dans un autre coin de la pièce, des icônes de divinités trônent sur une table. Une vague odeur d’urine et de renfermé flotte dans l’air. Çà et là, le plafond a commencé à se fissurer et laisse passer l’eau de pluie.

L’autre pièce de la maison est la cuisine. Le téléviseur et le réfrigérateur, visiblement d’un autre temps, ne fonctionnent plus. Tout ce qui est cuisiné doit être consommé le jour même. Le buffet en bois, une ‘antiquité’ lui aussi, est branlant. La cuisinière à gaz est peut-être le seul élément qui est encore utilisable.

À l’extérieur, ce qui tient lieu de vécés et de salle d’eau n’est, en fait, que quelques feuilles de tôles assemblées autour de toilettes asiatiques. L’ensemble penche comme la Tour de Pise. L’eau courante y est acheminée par un robinet mobile récemment installé. Point de porte en ce lieu, si ce n’est que Keshwantee et les siens s’abritent derrière un rideau lorsqu’ils doivent se laver et faire leurs besoins. Il est impensable qu’en 2017 des gens puissent continuer à vivre dans de telles conditions déplorables d’insalubrité.

Ce logement est celui qu’occupaient autrefois les parents de Keshwantee. Il faut dire que cette dernière a joué de malchance dans la vie. Mariée à 19 ans par ses parents, elle perd son mari deux ans plus tard. Elle regagne alors le domicile familial. Selon ses dires, elle devient alors le souffre-douleur de sa fratrie. Ses parents arrangent une autre union pour elle où elle doit vivre avec sa belle-famille. Celle-ci ne la porte pas dans son cœur. «Fami pa ti kontan mwa. Mo bolom ti pé bwar. Mo ti pé gagn baté»

Elle croit que sa situation s’améliorera à la naissance des enfants, mais c’est peine perdue. Elle supporte autant qu’elle le peut, pour ses enfants. Son mari finit par l’abandonner. Elle décide alors de venir vivre dans la maison de ses parents à Bambous. Ils sont entre-temps décédés. La maison est vide et vieille. La fourniture d’eau y a été coupée. Keshwantee Lofar se fait reconnecter à l’électricité. Mais pour l’eau, c’est chez une tante qui habite plus loin qu’elle va en chercher pour leur usage domestique. Keshwantee Lofar réussit à trouver un emploi de garde-malade.

Pour arrondir les fins de mois, elle fait des ménages chez l’habitant mais n’est payée qu’à la journée, soit Rs 200. Et cette tâche n’est pas régulière. Elle a du mal à trouver du travail dans la localité. C’est étrange, mais il paraît que lorsqu’on habite Bambous, il en est ainsi. Elle ne reçoit pas d’aide de sa famille car «sakenn get pou li». Son mari rendait visite aux enfants et il ne venait jamais les mains vides. Mais depuis un an, il ne vient plus. Tina, qui a suivi des cours de Prévoc, avait obtenu un emploi de serveuse dans un restaurant à Flic-en-Flac. Travail qu’elle aimait bien et qui permettait d’améliorer leur quotidien.

Mais cette frêle jeune fille, sujette à des migraines régulières, n’a pas supporté le rythme effréné de la restauration et sa santé en a pâti. Tina était tellement malade que Keshwantee Lofar a dû arrêter son travail de garde-malade pour s’occuper d’elle. Maintenant qu’elle va mieux, Tina aimerait bien trouver un emploi moins contraignant au niveau des horaires et qui lui permettrait aussi de se former. «Mo agasé res dan lakaz», soupire la jeune fille. De ce fait, la famille ne survit que sur les allocations sociales des enfants mineurs qui totalisent Rs 3 000 et sur l’allocation de subsistance de la National Empowerment Foundation (NEF) se montant à Rs 2 323. Cet argent fond comme neige au soleil dès que Keshwantee Lofar effectue les courses du mois. Éreintée d’avoir à aller chercher de l’eau chez sa tante et de la transporter dans des récipients jusqu’à chez elle, la quadragénaire s’est renseignée auprès du Citizens Advice Bureau (CAB) pour savoir quelles démarches effectuer pour obtenir un compteur.

C’est grâce à Bilkiss Moodin, CAB Organiser et au Senior Meter Reader Phoolchand de la Central Water Authority (CWA)de St Paul qu’un compteur a pu être installé chez Keshwantee Lofar. M. Phoolchand s’est déplacé en personne pour inspecter les lieux. Keshwantee Lofar a dû se saigner et trouver Rs 3 600 pour cette installation. Le député de la circonscription, Joe Lesjongard, a aussi contribué. C’est chose faite depuis juin. Là-dessus, les préposés de la CWA lui ont dit d’acheter trois robinets mobiles. Ce qui a occasionné des dépenses supplémentaires. Mais depuis, les Lofar ont de l’eau courante dans leur cour, du moins lorsque les robinets ne sont pas à sec en raison des coupures.

Conditions invivables

Keshwantee Lofar trouve, toutefois, la facture d’eau un peu lourde, car pour le premier mois, le montant à payer est de Rs 545. Elle frise l’apoplexie à la deuxième facture, qui affiche Rs 1 556, et ne sait plus à quel saint se vouer à la réception de la dernière, qui totalise Rs 1 780. Elle ne comprend pas comment il en est ainsi. «Nou pa servi sa kantité dilo la. Toulézour dilo arété dan gramatin. Bizin éna enn problem lor main.»

Elle est consciente qu’il lui faut apporter des améliorations à sa maison. Il y a quelques années, des travaux similaires avaient été effectués dans la salle d’eau et les toilettes par SOS Village. Mais le temps a passé et la dégradation a fait son œuvre. Sur les conseils des préposés du CAB, elle a fait une demande auprès de la NEF pour un upgrading de la maison. Mais sa demande n’a pas été entretenue car elle n’a pas de site plan et de location plan à présenter. Et elle n’a pas de quoi retenir les services d’un arpenteur. De ce fait, elle et les siens sont obligés de vivre dans ces conditions invivables.

Tina a reçu une demande en mariage. Et de par son excitation, on sent que la jeune fille est intéressée. Sauf que le garçon en question vit avec sa mère et que Tina aura à cohabiter avec sa belle-mère. Chose que Keshwantee Lofar refuse pour son enfant. «Boukou mizer monn pasé. Mo pa lé mo de tifi pas parey.»

La pauvreté n’est pas une fatalité. Mais dans son cas, elle semble l’être…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires