Dev Manraj: l’homme clé de tous les gouvernements

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Le secrétaire financier,  Dev Manraj .

Le secrétaire financier,  Dev Manraj .

Le secrétaire financier n’est jamais très loin de l’actualité. Déjà, la semaine dernière, une question parlementaire d’Aadil Ameer Meea au Premier ministre portait sur lui. Le député du Mouvement militant mauricien (MMM), qui voulait obtenir le montant net du «pactole » que touche Dev Manraj, est toutefois resté sur sa faim.

Pravind Jugnauth a uniquement répondu  que le salaire du Financial Secretary est de  Rs 164 000  et que les allocations voyage perçues par ce dernier durant ces deux dernières années étaient de Rs2,9 millions. Pourquoi Dev Manraj intéresse-t-il à ce point ?

«Un mudfish (poisson de boue) par excellence qui survit et prospère à chaque gouvernement. » C'est ainsi que dépeint le secrétaire financier un commis du pouvoir, qui côtoie de près Dev Manraj depuis de nombreuses années.

Âgé de 68 ans, Dharam Dev Manraj, plus connu comme Dev Manraj ou «Manraz», est marié et est père de deux enfants. Il a travaillé avec quasiment tous les grands argentiers que Maurice a connus : de Veerasamy Ringadoo, en passant par Paul Bérenger, Vishnu Lutchmeenaraidoo, Rama Sithanen, Vasant Bunwaree, et pour finir, avec Pravind Jugnauth.

Avant sa nomination comme président du comité se penchant sur le salaire des cleaners des écoles primaires, Dev Manraj a été la «roue de secours» du gouvernement en place sur plusieurs dossiers brûlants. Allant de l’ex-CT Power à l’université de Maurice. Au gré de son expérience au sein des divers gouvernements, l’homme a ainsi pu se rendre indispensable.

Un ancien ministre des Finances qui a travaillé avec le secrétaire financier, estime qu’il y a, selon lui, deux Dev Manraj. «Le bon fonctionnaire d’avant» et «l’actuel qui est devenu une personne dangereuse, cynique, qui a su se rendre indispensable, que ce soit sous Ramgoolam ou Jugnauth.» Cet interlocuteur se dit choqué que l'homme soit toujours en poste,  surtout après l’épisode MCB-NPF notamment. (Voir plus loin)

Un haut fonctionnaire qui a travaillé avec Dev Manraj reconnaît en ce dernier un «bon professionnel qui connaît les rouages des finances et qui sait se faire entourer par des gens valables». Mais il se souvient surtout de la manière dont «il terrorise le personnel du ministère».

Pour sa part, un des proches collaborateurs de Pravind Jugnauth estime que Dev Manraj est une personne qui veut bien faire pour le pays mais avec des «défauts». «Avec ses années d’expérience, il aurait pu se faire écouter des politiciens aussi bien de l’actuel gouvernement que des précédents. Sauf que,comme il ne veut déplaire à personne, il ne fait qu’exécuter au lieu de conseiller.»

En outre, cet intervenant déplore l’absence d’une structure de relève si Dev Manraj quitte le service. Cela, dit-il, en raison du style de gestion auquel le secrétaire financier a habitué les fonctionnaires.

À savoir, «travailler en recevant des ordres et pas sur la base d'une collaboration». Quitte à «tyranniser ses subalternes, mais uniquement ceux qui osent le remettre à sa place, comme ce junior qui, une fois, devant un groupe de personnes, a retorqué, à un Manraj rouge de colère, de faire lui-même le travail que ce dernier venait de lui confier».

Quant au principal concerné, que l’express a également sollicité, il a fait savoir qu’il ne souhaite parler de sa personne.

Son parcours

Le ministère des Finances, qu’il a rejoint 44 ans il y a , Dev Manraj le connaît comme sa poche. D’un premier poste de comptable, l’ascension de ce diplômé de l’International Management de l’International Institute for Management Development, de Lausanne, et membre de l’Association des Chartered Certified Accountants du Royaume-Uni, a été fulgurante.

Il est d’abord promu Senior Accountant, Principal Accountant et Chief Accountant. Puis, en 1988, il devient directeur du Management Audit Bureau poste qu’il occupe pendant deux ans.

La première fois qu’il est nommé secrétaire financier remonte à 1990 auprès de sir Anerood Jugnauth (SAJ). Dev Manraj y reste jusqu’en 1998, côtoyant Vishnu Lutchmeenaraidoo, Rama Sithanen et Vasant Bunwaree.

En parallèle, de 1997 à 1998, il assure la suppléance comme secrétaire au cabinet et chef de la fonction publique. Des responsabilités qu’il délègue à autre fonctionnaire depuis ces deux dernières années, à chaque fois que le titulaire est absent du pays.

En 1998, Dev Manraj quitte la fonction publique pour exercer comme consultant et cela jusqu’au mois d'août 2000. En octobre, il devient conseiller du PM au sein du gouvernement de SAJ. Il occupe ce poste jusqu’en février 2003.

Il fait son come-back en mars 2012. C’est Navin Ramgoolam qui l’embauche comme Senior Adviser et chef de la Project Management & Delivery Unit, au PMO. En octobre 2013, ce même Navin Ramgoolam le nomme secrétaire financier en remplacement  d'Ali Mansoor.

Avec le changement de gouvernement, en décembre 2014, Dev Manraj est maintenu à son poste. Le gouvernement MSM-ML-PMSD le nomme aussi, le 24 avril 2015, président de la Financial Services Commission.

Dev Manraj semble détenir un record de participation au sein des boards des organismes parapublics ou des compagnies d’État. Soit en tant que président, soit, en tant que membre sur une cinquantaine d’entre eux. C’est  qu'il n'a pas manqué de détailler sur son curriculum vitae. De la State Bank of Mauritius, en passant par la State Investment Corporation, la SICOM, Business Parks of Mauritius Ltd, la State Trading Corporation (STC), Air Mauritius, la National Transport Corporation (NTC), la Mauritius Broadcasting Corporation, le Board of Investment… Avouez, la liste est bien longue.

Dev Manraj a, en outre, participé à la rédaction de la loi pour la mise en place de la Port Louis Stock Exchange, la Mauritius Freeport Authority, les Mauritius Offshore Business Activities ou encore le National Computer Board. Il a aussi participé à la création de l’ex-State Property Development Co. Ltd, de la Mauritius Leasing Company Ltd, du National Investment Trust, de la NTC et de la STC.

Les zones troubles

Dev Manraj ne compte pas uniquement des accomplissements à son palmarès. Son nom a été aussi associé à des scandales. Dont celui de la MCB-NPF qui a éclaté le 8 février 2003 et qui porte sur un trou de Rs 886 millions dans les comptes du National Pensions Fund (NPF) et du National Savings Fund (NSF). C’est d’ailleurs Dev Manraj, alors conseiller du PM SAJ, qui se rend au domicile du directeur général de la Mauritius Commercial Bank, Pierre Guy Noël, pour l’informer des irrégularités concernant les placements du NPF et du NSF.

Sauf que le «lien étroit» du secrétaire financier avec Teeren Appasamy, soupçonné d’être le principal bénéficiaire du détournement de fonds, est très vite révélé dans la presse. Dev Manraj est arrêté dans cette affaire sous deux charges provisoires de corruption et de blanchiment d’argent, avant d’être blanchi.

Plus récemment, son nom est revenu plusieurs reprises lors des auditions devant la commission d’enquête sur la vente de 23,3 % d’actions de Britam Kenya pour la somme de Rs 2,6 milliards à la compagnie kenyanne Plum Limited Liability Partnership. Une vente conclue alors qu’une offre de Rs 4,2 milliards avait été faite au préalable par le groupe sud-africain MMI Holdings. Dev Manraj a également déposé devant la commission en raison de sa participation à cette transaction en tant que secrétaire financier et président de la FSC.

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