Bashir Khodabux: «La délinquance n’est pas liée aux maisons de la NHDC»

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Bashir Khodabux, ancien directeur de la National Housing Development Company.

Bashir Khodabux, ancien directeur de la National Housing Development Company.

Showkutally Soodhun aurait proféré des propos sectaires lors d’une discussion sur le projet de logement de la National Housing Development Company (NHDC) à Bassin, Quatre-Bornes. Un ancien directeur jette la lumière sur ce projet controversé.

Ce projet tant controversé de la NHDC à Bassin est-il une initiative de l’actuel gouvernement ou de l’ancien ?
Il a démarré sous l’ancien gouvernement. Nous avions un consultant pour l’étude des solset le rapport avait été soumis pour que le consultant prépare le design. Mais il y a eu les élections générales. Le travail préliminaire avait déjà été effectué. L’actuel gouvernement a fait le suivi.

Est-ce qu’il y avait une demande pour des maisons NHDC dans cette région ?
Il y avait eu, en effet, une demande dans la région des Plaines-Wilhems. Le profil de cette région fait qu’il y a plus de gens au bas de l’échelle là-bas. La demande pour les maisons est là. Le problème, c’est le manque de site.

La plupart des sites utilisés actuellement proviennent d’un accord, en 2005, entre le gouvernement et l’industrie sucrière. Il s’agit de 2 000 arpents de terre agricole et non agricole acquis pour la construction de maisons. Mille arpents étaient destinés au Social Housing Programme et le reste aux petites et moyennes entreprises.

Un comité de la NHDC avait siégé pour savoir si le site etait approprié. Nous avons pris en compte des critères ayant trait aux infrastructures : y avait-il un arrêt d’autobus tout près ? Une école à proximité ? Entre autres.

Qu’est-ce que le Social Housing Programme ?
Cela date de l’époque du cyclone Firinga. Il était question de construire des maisons dans l’urgence. De petites maisons pouvant être agrandies plus tard ont été bâties. Il y a ensuite eu cette affaire de bwat zalimet. Le modèle de la maison a ensuite changé. Celle-ci est passée à deux chambres pour plus de confort, mais le prix est resté abordable.

Quels sont les critères pour bénéficier d’une maison de la NHDC ?
Quand j’étais directeur, le salaire d’un foyer devait être entre Rs 6 700 et Rs 12 000. S’il s’élevait à moins de Rs 6 700, c’était à la National Empowerment Foundation de s’en occuper. Au cas où la paye dépassait Rs 12 000, c’était à la Mauritius Housing Company de s’en charger.

Les critères de salaire ne sont plus les mêmes. Les demandeurs ne doivent pas être propriétaires d’un terrain résidentiel et nous prenions aussi en compte la capacité de paiement.

Y a-t-il des régions sensibles et réfractaires aux projets de la NHDC ?
Il n’y avait pas de plainte sur des critères de classe sociale. Par exemple, à Pointe-aux-Piments, à environ 200 mètres des maisons de la NHDC, il y a un gros projet de gated community et des VRS.

Je me rappelle qu’il y a eu des protestations contre le site de Baie-du-Tombeau. L’entrepreneur avait déjà commencé les travaux. Je suis allé sur place pour discuter avec les protestataires. Et avec le dialogue, le problème avait été réglé.

Pourtant, à Bassin, les habitants semblent être contre ce projet…
Une discussion avec les habitants est nécessaire pour qu’ils comprennent. Des milliers de maisons de la NHDC ont été construites avant.

Pourquoi cette mauvai se perception concernant les maisons de la NHDC et leur association à la délinquance ?
La délinquance n’est pas liée aux maisons de la NHDC. Cela dépend des quartiers. Il y a des quartiers où il n’y a pas de maisons de la NHDC mais où règne la délinquance. Ces familles sont débrouillardes. Pour ce qui est du bruit, le règlement est le même partout.

Y a-t-il déjà eu des abandons de projets après des protestations ?
Pas lorsque j’étais à la direction. Il y a eu un projet qui a été abandonné à La Gaulette mais à cause d’un problème d’eaux usées. Tout dépend du site. Nous ne pouvons pas faire de petits projets comprenant une dizaine de maisons sur un nouveau site car ce n’est pas économiquement viable.

Comment procède-t-on à l’allocation des maisons ?
L’allocation se fait aussitôt la construction complétée. Nous faisons la liste des bénéficiaires avant que l’entrepreneur ne nous rende le site. Le ministère du Logement contre-vérifie la liste pour s’assurer que tous ceux qui y figurent sont bel et bien éligibles à cette offre.

Nous contactons ensuite la Chambre des notaires pour la rédaction des contrats. Je tiens à préciser que, pour la NHDC, les frais de notaire s’élevaient à Rs 15 000 par contrat et par notaire. Nous prenions plusieurs notaires pour s’occuper de différents sites.

Y a -t- il des maisons qui ne trouvent pas preneurs ?
Il arrive que certains sites attirent moins de clients, comme à Camp-Diable. Mais il faut faire un bon exercice de marketing. Nous construisons des maisons par rapport à la demande. Toutefois, certaines qui ont été complétées en 2016 sont toujours vides. Je pense qu’il y a des tentatives pour favoriser certains.

Faut-il respecter un quota ethnique pour l’allocation des maisons ?
Absolument pas. Entendre ce genre de discours me donne la nausée. Des études sociologiques ont été faites. Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’ethnicité dans la misère.

Le ministre de tutelle peut-il intervenir pour l’allocation des maisons ?
Non. Le ministre peut discuter avec les habitants, mais c’est le comité de la NHDC qui décide et sélectionne ceux qui bénéficieront de ces maisons. Le directeur doit suivre et maîtriser ses dossiers pour s’assurer qu’il n’y a pas de magouille.

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On le croyait invincible et intouchable après que ses nombreuses frasques qui ont défrayé la chronique depuis le début de son mandat et qui sont passées sans qu’on le sanctionne. Mais Showkutally Soodhun s’est résigné à donner sa démission d’un «commun accord» avec le Premier ministre Pravind Jugnauth, après qu’une vidéo dans laquelle il tient des propos à relent communal a été publiée. Retour sur le scandale qui a fait tomber le n°4 du gouvernement.

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