Démission: Soodhun annule son voyage à Dubaï

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Pravind Jugnauth a animé une conférence de presse, vendredi 10 novembre, pour dire que son vice-Premier ministre démissionnerait.

Pravind Jugnauth a animé une conférence de presse, vendredi 10 novembre, pour dire que son vice-Premier ministre démissionnerait.

Sage décision de l’ancien ministre du Logement et des terres ? Ou le cœur n’y est-il pas pour se rendre à l’étranger ? Après s’être résigné à donner sa démission suite à un «commun accord» avec le Premier ministre Pravind Jugnauth, vendredi 10 novembre, Showkutally Soodhun ne quittera pas le pays. Alors qu’il devait mettre le cap sur Dubaï, il a annulé son voyage. 

Quel est l’élément déclencheur de toute cette affaire ? C’est la rencontre de deux journalistes de l’express avec le Premier ministre, mardi, qui a débouché sur l’annonce de la démission du vice-Premier ministre. La publication d’autres articles de presse en ligne et sur papier, les débats d’internautes et leur prise de position, la manifestation de femmes devant le bâtiment du Trésor, l’indignation du cardinal Piat et sa rencontre avec le Premier ministre, les plaintes déposées, bref la pression de la société civile aura été la plus forte.

Désormais, Showkutally Soodhun ne sera qu’un backbencher. «D’un accord commun, Showkutally Soodhun va step down. Sur un sujet pareil, je ne fais pas de politique. La décision a été prise dans l’intérêt général du pays», a expliqué Pravind Jugnauth, vendredi soir, lors d’une conférence de presse.

«Mo ti envi saisi lokasion pou rasir tou bann Mauriciens ki mo gouverneman, au dela de sa ka-la, finn touzour plas lintérêt pei, ek li finn touzour veiller à ce que l’unité nationale et l’harmonie sociale, non seulement soit préservée mais aussi consolidée. Pena nanyé ki pli important ki la paix et stabilité dans le pays», a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a ajouté : «La population dans son ensemble ki primé. Li pa concerne seulement institution publique. Avec concours lezot, mone donne responsabilité certain dimoune, au niveau de la présidence de certaines insitutions. Mo message ine toujours clair, zot pa kav fer bane zafer ki al à l’encontre du bien-etre du pays.»

Cette décision intervient après que le n° 4 du gouvernement a tenu des propos à relent communal lors d’une rencontre avec des habitants de Bassin par rapport à un projet de logements sociaux dans la région. Une vidéo sur cette affaire a été remise au Premier ministre mardi par les deux journalistes de l’express.

Explications

Pourtant, lors d’une cérémonie au Caudan Waterfront à Port-Louis mercredi soir, Pravind Jugnauth tenait un tout autre discours. «Une enquête est en cours. À la lumière des conclusions, je prendrai les décisions appropriées», a-t-il dit aux journalistes. Que s’est-il passé entre-temps ? Qu’est-ce qui a fait que le leader du Mouvement socialiste militant (MSM) ait demandé à son lieutenant de longue date, qui est plus est le président de son parti, de prendre la porte de sortie ?

D’abord, à l’hôtel du gouvernement, on souligne que l’incident Soodhun a «été vivement discuté» lors du Conseil des ministres. Selon nos informations, outre Pravind Jugnauth, de nombreux ministres auraient fait part de leur agacement devant «l’énième frasque» de leur confrère.

Showkutally Soodhun a été sommé de s’expliquer. Il nous revient qu’il aurait déclaré que l’extrait filmé aurait été tiré hors contexte. Il aurait également soutenu qu’il n’a fait que donner «la garantie qu’il n’y aura pas de fléaux» dans la localité, afin de rassurer les habitants qui étaient venus le voir. Des explications qui ont laissé sceptiques les personnes présentes.

La visite du cardinal Maurice Piat au bâtiment du Trésor vendredi dans la journée a aussi fait pencher la balance. Il s’y est rendu juste après le Conseil des ministres. Mais il n’a pas voulu donner de détails à la presse. Toutefois, plus tôt, le cardinal Piat a émis un communiqué dans lequel il a exprimé son indignation face aux propos tenus par Showkutally Soodhun. «Ces propos mettent à mal tout le travail et l’engagement des générations d’hommes et de femmes qui ont eu à cœur de construire une société authentiquement mauricienne», peut-on y lire.

L’initiative de Shakeel Mohammed, chef de file du PTr à l’Assemblée nationale, n’a pas laissé insensibles les membres de la majorité. Le député de l’opposition a envoyé une lettre au clerc de l’Assemblée nationale hier après-midi pour qu’une motion of no confidence soit débattue lors de la prochaine séance.

Dans les milieux concernés, l’on fait ressortir que la majorité devrait alors se retrouver devant un dilemme. Voter contre cette motion voudrait dire qu’ils cautionnent les propos de Showkutally Soodhun.

«D’un autre côté, voter contre leur confrère serait très mal vu», indiquent des sources bien renseignées. Mais le plus grave, selon des sources concordantes, seraient les informations qui auraient été communiquées au chef du gouvernement par les services de renseignement.

Les officiers du National Security Service auraient averti le Premier ministre de la grogne grandissante de la population.

«Pravind Jugnauth est au courant que ce dérapage de Soodhun pouvait menacer la paix sociale. Il avait des informations précises», avance-t-on à l’hôtel du gouvernement. D’ailleurs, rien que vendredi, il y a eu cinq dépositions contre Showkutally Soodhun, dont une par un ancien membre du MSM.

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On le croyait invincible et intouchable après que ses nombreuses frasques qui ont défrayé la chronique depuis le début de son mandat et qui sont passées sans qu’on le sanctionne. Mais Showkutally Soodhun s’est résigné à donner sa démission d’un «commun accord» avec le Premier ministre Pravind Jugnauth, après qu’une vidéo dans laquelle il tient des propos à relent communal a été publiée. Retour sur le scandale qui a fait tomber le n°4 du gouvernement.

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